01 mars 2009
Rencontres amoureuses avec des mots...
LU POUR VOUS
Par François LÉGER
"Au-delà du dernier horizon" de Nicole CASTALDI-MARIN: un auteur à la recherche de lui-même dans ses luttes intérieures...
En découvrant "Au-delà du dernier horizon", le dernier roman de Nicole CASTALDI-MARIN, je viens d'avoir la surprise de rencontrer - pour la seconde fois en quelques mois - un ouvrage se présentant non seulement en deux parties, mais pratiquement en deux livres distincts car le seul lien romanesque véritable existant entre la première petite centaine de pages et la seconde est le fait que l'héroïne du second volet soit la fille de celle du premier! Oui, vraiment, à la pages 95, c'est dans un travail différent de l'auteur que l'on plonge!
Mais, bien évidemment, tout au long de cette recherche de l'écrivain dans ses luttes intérieures, on trouve et retrouve un certain nombre d'éléments qui lui sont propres et qui donnent à l'ensemble une tonalité assez curieuse qui pourra même sembler quelque peu rébarbative à certains lecteurs car partir à une rencontre amoureuse avec les mots comme le fait Nicole CASTALDI-MARIN est une chose, tomber dans des erreurs linguistiques et de syntaxe en est une autre.
De fait, lorsque l'on veut faire partager au lecteur quelques rencontres amoureuses avec des mots ou de belles sonorités de la langue de Voltaire, ce qui est d'évidence l'une des recherches de Nicole CASTALDI-MARIN dans ce travail qu'elle a visiblement peaufiné, léché, lu, relu et modifié, il faut être, comme la blanche colombe, vierge de toute erreur pour que le lecteur ne doute pas de votre plume... Or, par exemple, comment faire admettre au lecteur une phrase, parfaitement correcte comme celle-ci malgré les apparences dues aux sonorités auxquelles nous sommes habitués: "J'eusse voulu m'exprimer en toute franchise sur ma condition de femme seule" alors qu'on lui sert dans la même page un "pallier aux tristesses" qui est un affreux barbarisme puisque tout le monde sait parfaitement que le verbe "pallier" est un verbe transitif direct! En vérité, je ne me serais pas arrêté si longtemps sur cette page 67 du livre où figure cette erreur de syntaxe si l'auteur n'avait pas en même temps voulu faire des effets de manche.
Car, si ce n'est pour faire arrêter le lecteur, quel est véritablement l'intérêt d'utiliser ce passé 2ème forme du conditionnel alors que le passé première forme serait passé comme une lettre à La Poste... Qui se serait arrêté sur cette formulation : "J'aurais voulu m'exprimer en toute franchise sur ma condition de femme seule"? Personne et pratiquement personne n'aurait relevé la grossière erreur qui la côtoie!
Un travail quelque peu hors norme...
On l'aura compris derechef, la manière dont est écrit cet ouvrage nous mène à nous préoccuper bien plus particulièrement de la forme que du fond et ce d'autant plus que les deux histoires - même si la seconde est générée par la première - avancent à pas lents, presque à pas comptés, de par la plume qui préside à leurs destinées...
Car, bien évidemment, la tournure grammaticale ci-dessus évoquée n'est pas isolée et revient à plusieurs reprises accompagnée d'un vocabulaire peu courant qui oblige le lecteur à avoir à ses côtés à la fois le "Petit Robert" et le "Petit Larousse" qui, la plupart du temps, ne suffisent pas à expliquer ce mot inconnu du lecteur, mot inconnu qui lui arrive brutalement en pleine face, mot inconnu que l'auteur emploiera à plusieurs reprises avec une certaine délectation... Ainsi, tout au long du "premier livre", le lecteur doit-il se plonger dans le Larousse en dix volumes qu'il abandonne bientôt pour ne pas y trouver le fruit de sa recherche...
D'ailleurs, quand ce fruit est présent, on s'aperçoit que l'état de maturation est souvent dépassé car l'auteur aime employer des mots peu courants qu'il sert et ressert lorsqu'il en est tombé amoureux... Mots de la littérature classique, mots quelque peu ampoulés, mots d'une bourgeoisie qui n'en fait pas partie, mots savants, mots surannés et désuets, mais aussi de vrais néologismes dont le sens apparaît comme collé à une ambiance, à un état d'esprit. Cette forme d'écriture qui n'apparaît absolument pas naturelle nous fait quelque peu penser à un certain style des années 50...
Écrire pour être lu!
Honnêtement, combien de lecteurs vibreront-ils en lisant la fin de la page 71: "Si Adrien était poète, il eût répandu sur le papier sa verve lyrique en vers vibrants pour célébrer sa vénusté délectable, au-dessus de toute comparaison, pareille à celle d'une fleur qui répand sa fragrance capiteuse en ouvrant ses pétales. S'il était peintre ou sculpteur, il eût créé un chef-d'oeuvre empreint des blandices exquises d'une grâce inamissible" ? Tout en restant partisan d'un style relativement rigide et en ne me laissant pas aller à transcrire des expressions très "In" dans certains quartiers de banlieues, je pense que l'auteur gagnerait énormément à parler de nouveau comme tout un chacun en ce début de XXIème siècle.
La citation ci-dessus me fait penser à l'un de mes professeurs de l'École Supérieure de Journalisme de Paris qui aurait dit et répété à propos d'un tel texte: "Dépoussiérez, Messieurs, on n'écrit plus comme avant la guerre!"
De même, Alfred SAUVY, l'un des plus grands économistes français du XXème siècle, Professeur au Collège de France, dont j'ai eu l'honneur d'être l'élève, n'aurait pas manqué de dire en substance: "Tout informateur, qu'il soit commercial ou non, écrit pour être lu et entendu. Aussi, même s'il ne doit jamais perdre l'idée qu'il doit choisir l'information qui enrichit et élève notre esprit, il devra tenir compte du but à atteindre".
Un art consommé de la description
Mais, il semble que Nicole CASTALDI-MARIN se contente de cette merveilleuse rencontre qu'elle fait avec les mots même si cette rencontre la mène à se fâcher par moments avec les règles de conjugaison et à prendre la (très mauvaise) habitude de séparer le verbe de son sujet par une virgule. Or, si tout cela fâchera bien évidemment l'auteur, il faut lui reconnaître un art consommé de la description...
Dans la description de certains paysages, elle nous fait penser à un Maurice GENEVOIX tandis qu'elle excelle également dans la description des gens et des lieux, mais aussi des situations: elle sait faire vivre une atmosphère, en use et n'en abuse aucunement.
On peut même affirmer, sans risque d'erreur, que ses descriptions, présentations de gens et d'événements comblent le manque de vigueur d'un texte sans véritable suspens et faisant avancer les personnages à pas lents, à pas très lents.
Ce n'est que dans les tout derniers chapitres que l'auteur - que d'aucuns assimileront à l'héroïne qui nourrit une création littéraire mystérieuse... - montrera l'impossibilité qui est la sienne de répondre à la question "Qui suis-je?" qui est en fait la ligne de fond de ces quelques deux cents pages...
"Au-delà du dernier horizon"
Nicole CASTALDI-MARIN
211 pages - 17 euros
Éditions Les Presses du Midi.
Commentaires
critiques injustifiées sur rencontres amoureuses avec les mots
Le verbe Pallier est certes transitif. Mais à son sens, proche de remédier à, parer à, entraîne souvent la construction indirecte par analogie avec ces verbes.(Difficultés du français, Le Robert). Et E. Kant n'écrit-il pas :"Pour pallier à sa crainte de l'absolu, l'homme a inventé des dieux, des entités supérieures, creusets de leur crainte, substitut à un infini impréhensible". Et "Albert Camus n'écrit-il pas dans La Peste : "On pallie au manque de matériel par des hommes". Et d'ailleurs on peut se demander si Monsieur Lucien Léger, l'auteur de cet article, a demandé le consentement de l'auteur pour publier les textes de son roman sur ce blog (publication des textes formellement interdite par le code de la Propriété Intellectuelle sans le consentement de l'auteur).Il est facile de prendre des parties de textes d'un roman pour les dénigrer. Comment juger l'art bon ou mauvais ? Qui peut se permettre de juger une oeuvre et donc son auteur ? Un livre n'est pas bon en soi, c'est son lecteur qui le rend bon ou mauvais. Cet auteur a écrit plusieurs romans, unanimement plébiscités par la presse sur la qualité de son écriture. Je n'ai rien relevé des défauts décrits dans cet article. Livre publié chez l'excellent éditeur des Presses du Midi dont le comité de lecture a retenu ce livre pour publication.
On peut lire sur ce site de nombreux écrits avec (de nombreuses fautes d'orthographe) qui fustigent les oeuvres d'autres auteurs...Alors point n'est besoin de trop s'étonner ici.
Critiques très justifiées!!!
Monsieur,
En réponse à votre commentaire intitulé "Critiques injustifiées sur rencontres amoureuses avec les mots", je me dois de vous donner les explications qui suivent car, si vous en aviez eu connaissance, vous vous seriez abstenu de ces remarques acides et infondées.
Dans le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française par Paul ROBERT, pour le verbe pallier, on trouve les éléments suivants:
Verbe transitif dont l'explication est claire et nette:
1°) "Couvrir comme d'un manteau, dissimuler (une faute, une affaire fâcheuse), chercher à atténuer" etc. Et, de conclure avec des citations de Rousseau, Balzac et André Gide qui emploient correctement ce verbe.
2°) "Atténuer, diminuer" avec une citation de Hatzfed.
Enfin, voilà son sens figuré (XX° siècle). Dans le sens d'atténuer, le Robert fait alors une remarque: "Dans ce sens, ON RENCONTRE SOUVENT LE TOUR ABUSIF PALLIER A par analogie avec obvier à, parer à, remédier à". Et, de citer alors deux exemples de ce TOUR ABUSIF : l'un de Gide et l'autre de Camus.
Donc "PALLIER A" NE PEUT PAS ETRE ADMIS!
Enfin, vous m'appelez "Monsieur LUCIEN LEGER", ce qui prouve, s'il était nécessaire de le souligner, que vous avez survolé mon article.
Il est assez malséant par ailleurs d'écrire que "l'on peut se demander", comme vous le faîtes, "si j'ai demandé le consentement de l'auteur pour publier les textes de son roman sur ce blog" car tel n'est point le cas. Vous savez comme moi que toute recension engendre, la plupart du temps, la citation d'un paragraphe de cet ouvrage pour étayer la critique et n'a rien à voir avec la publication d'un texte de l'auteur. De plus,comme vous l'expliquez fort bien: "Il est facile de prendre des parties d'un roman pour le dénigrer". Or, nous sommes ici DANS UNE SITUATION INVERSE puisque Madame Castaldi m'écrivait, dans un courrier en date du 4 octobre 2008 : "EFFECTIVEMENT, JE SERAIS TRES HONOREE QUE MON LIVRE SOIT REPERTORIE DANS LA RUBRIQUE SUR VOTRE SITE, ET PAR UN ARTICLE ECRIT PAR VOUS-MEME". Madame Castaldi a alors alerté son éditeur qui m'a adressé son ouvrage accompagné d'un courrier m'en demandant la recension sur mon site et un accusé de réception par mail. C'est donc Madame CASTALDI QUI A SOUHAITE CETTE RECENSION dans une rubrique qu'elle connaissait et cela vous interdit donc de dénigrer cette rubrique de mon site.
Enfin, en lisant votre très curieuse affirmation : "Un livre n'est pas bon en soi, c'est son lecteur qui le rend bon ou mauvais", j'en déduis que le paragraphe cité dans mon article n'est pas mauvais en soi, c'est le lecteur qui le rendra bon ou mauvais. Laissons donc dans ce cas le lecteur décider.
Quant, enfin, à "la publication des textes formellement interdite par le code de la propriété intellectuelle sans le consentement de l'auteur", vous conviendrez avec moi que ceci n'est pas applicable en l'état.
Enfin, votre intégrité intellectuelle aurait dû vous empêcher d'écrire "On peut lire sur ce site de nombreux écrits avec (de nombreuses fautes d'orthographe) qui fustigent les oeuvres d'autres auteurs... Alors point n'est besoin de trop s'étonner ici": ceci est une affirmation de quelqu'un qui ne connaît pas ce site puisque j'y loue d'autres ouvrages comme, parmi les derniers, "A fond la caisse" ou "Où on va papa?".
J'espère avoir répondu à toutes vos interrogations et que vous en serez satisfait.
François LEGER
A propos du conflit avec Madame CASTALDI
La première vertu de l’écrivain
Par Bernard Tettelin
J’ai l’honneur de communiquer avec Monsieur François LEGER depuis deux ou trois ans, un peu par hasard, parce qu’une amie du Nord m’avait parlé de ce journaliste littéraire avisé dont les critiques méritaient qu’on proposât ses créations à son jugement.
J’aimerais d’abord rappeler à ceux qui daigneront me lire que le nom « critique » s’entend négativement et positivement, qu’une « critique » est censée peser les réussites et les erreurs de celui qui s’y soumet.
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »… On aura reconnu cette citation qui résume parfaitement la mission de celui qui émet un jugement sur l’œuvre qu’on lui a présentée volontairement. Dès lors, l’écrivain accepte la règle du jeu : qu’on lui dise son fait, qu’on lui signale ses réussites comme ses échecs.
Sinon, comment « grandirait-il » ? !
L’écrivain se veut séduire, convaincre, intéresser ses lecteurs potentiels. Soit. Objectif bien naturel. Comment refuserait-il alors que ces mêmes lecteurs assurent « le retour » ? Par vanité, par nombrilisme ?
Pour ma part, moi qui ne suis qu’un « amateur », j’ai eu cette chance d’être lu par François LEGER. Il ne m’a jamais caché que ses critiques éviteraient toute complaisance, qu’elles sauraient valoriser les qualités de mes ouvrages sans masquer d’aucune façon leurs faiblesses.
Et cela est bon : comment progresser sans un regard extérieur compétent ? Accepter d’être remis en cause sur des faits concrets sans que jamais la personne ne soit attaquée en elle-même, quelle cure de jouvence littéraire ! François LEGER m’a permis de savoir ce que je valais, d’une part, et ce que je devais m’efforcer de reconsidérer dans ma façon d’écrire.
Je lui sais gré de cette honnêteté intellectuelle foncière qui m’a apporté beaucoup et grâce à laquelle j’ai pu porter un autre regard sur moi-même. Excellent pour éviter la tentation de copier la grenouille de Monsieur de La Fontaine, excellent pour entretenir en soi la première qualité de tout homme créateur : l’humilité.
Humilité qui manque cruellement à nombre de nos contemporains.
Celui qu’une critique vexe réfute cette humilité salutaire pour progresser. Qu’on puisse vouloir débattre, qu’on cherche à dialoguer, qu’on désire évoquer un désaccord, soit. Mais si le débat devient malsain, si l’on s’offusque d’une règle du jeu qu’on a préalablement acceptée, alors autant rester dans son coin à cultiver la médiocrité.
En ce qui me concerne, je ne serai jamais un « national », et je n’aurai jamais pignon sur rue dans toutes « les bonnes librairies ». Cela m’indiffère.
J’ai gagné bien davantage : le bonheur de savoir ce que je vaux comme celui de me dire que j’ai encore bien du chemin à faire pour mériter un strapontin dans le monde de l’Ecriture.
Surtout, j’y ai gagné un ami de qualité.
François LEGER.
________________
Suppression de "Rencontres amoureuses avec les mots"
Nice, le 4 mai 2009
Monsieur,
Comme suite à nos échanges de courriels, je vous avais demandé de supprimer de votre blog, l’article que vous avez consacré à mon dernier roman "Au-delà du dernier horizon" publié aux Presses du Midi. Vous m’aviez répondu que vous ne pourriez envisager cette suppression que dans le cas où elle serait formulée par mon éditeur.
Monsieur Antony Descours, chargé des relations aux Presses du Midi, et également journaliste à Var-Matin, vous a donc écrit pour que vous accédiez à notre demande.
Mon éditeur, M. Gérard Chevassut et M. Descours m’ont informée de votre réponse et de votre refus de supprimer cet article de CanalBlog.
Je prends donc moi-même la liberté, par la présente, de vous redemander de supprimer cet article du site Canal Blog, Rencontres amoureuses avec les mots, qui se trouve publié par les flux RSS sur de nombreux sites que je n’apprécie pas, y compris sur des sites de rencontres et porte préjudice à ma vie privée et à mon roman.
Je compte sur votre amabilité et votre compréhension et je vous remercie par avance de la suite que vous voudrez bien réserver à ma demande. J’informerai immédiatement les Presses du Midi de votre accord pour une suite favorable.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l’expression de ma considération très distinguée.
Nicole Castaldi
Réponse à Mme Castaldi
Madame,
Je viens de découvrir votre commentaire de ce jour (1er août) - curieusement daté de Nice le 04 mai 2009 - par lequel vous me demandez de suppprimer de ce site la recension littéraire de votre ouvrage que vous aviez expressément sollicitée de ma part en son temps et fait demander ensuite à votre éditeur de me faire parvenir votre livre dans ce but.
Je dois dire que je regrette que vous ayez cru bon d'envoyer ce courrier dans la rubrique "Commentaires", un courrier que je me garderai bien de commenter ici dans la mesure où nous ne sommes pas sur une place publique.
Je vous confirme cependant mon refus définitif à votre demande pour toutes les raisons que vous connaissez parfaitement et dont les lecteurs de ce site n'ont que faire.
Il serait intéressant que vous lisiez la critique que je viens de mettre en ligne et qui insiste une fois de plus sur la façon dont je réalise mes recensions.
Ayant tous ces éléments en main, vous devriez avoir la courtoisie de cesser de m'importuner.
François LEGER
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