26 avril 2009
Ultime frontière entre Nordistes et Sudistes...
Le coin des poètes
Avec Maurice DUSSOL
CYPRES
Les cyprès ne sont pas "l'arbre des cimetières"
Fantômes bienveillants, sans chaînes ni remords,
Elevant dans le ciel leurs statures altières
Dans l'enceinte paisible où reposent nos morts.
Parfois, en rangs serrés, ils dressent des murailles
Protégeant du Mistral les jardins provencaux;
Partout, dans la garrigue, ils jalonnent les drailles
Mieux que ne le feraient de mornes panonceaux.
Tels les humbles fuseaux de gentilles fileuses
Qu'une marraine fée a métamorphosés,
Grandis et sublimés ils dressent, orgueilleuses,
Leurs cîmes vers l'azur aux cirrus explosés.
Du chêne et du roseau connaissant bien l'histoire,
Ils savent se courber en ondoyants arceaux
Pour résister aux vents qui n'ont plus que la gloire
De les faire plier, en vain, sous leurs assauts.
Du mas abandonné, la dernière défense,
Ils flanquent le portail où passaient les moutons
Et, les ruines, par eux, pures de toute offense
S'effacent en douceur dans les ronciers gloutons.
Après la Grèce antique et la race romaine
Ils sont restés debouts, solides comme roc,
Magnifiant l'aspect du plus humble domaine,
Portiques du pays où vit le peuple d'Oc.
Les cyprès sont, au sud, cette ultime frontière
Entre les "gens du Nord" et les "Purs du Mdi",
Cônes lancéolés, ils sont la flamme fière
Brûlant à Montségur depuis le Roi Maudit.
21 avril 2009
Le temps ne compte pas toujours pareil...
Par Pierre VIRMES
l'heureux Papet
LE PRINTEMPS DE MON AUTOMNE
A Alexandre
De frêles feuilles d'or tombaient sur le gazon.
L'automne au pas feutré s'avançait en décembre;
Le jardin, somnolent sous la fraîche saison,
Revêtait son manteau brodé de pourpre et d'ambre.
Le ciel tissait déjà le grand voile hivernal
Qu'un vol de passereaux déroulait sur la vigne.
Séléné, ponctuelle, alluma son fanal:
Timide oeil de la nuit que l'horizon souligne.
Toi, petit oisillon dans le nid maternel,
Ressentant les bienfaits promis par la nature,
Tu voulus t'envoler de ton écrin charnel
Pour vivre avec entrain ton humaine aventure.
Et c'est ce trois décembre, à dix heures du soir,
Que tu vins agrandir le cercle de famille.
Dans le parc assoupi, des vapeurs d'encensoir
Elevaient l'oraison de l'allée de charmille.
Tout vibrait d'un amour subtil et souverain.
Tout se taisait. Là-bas, aux murs de Clémentville
Monta ton cri puissant, faisant vibrer l'airain
Qui tinte tout le jour au clocher de la ville.
De chaque heure, attentif, je suivais au cadran
Le tic tac régulier de l'aiguille trotteuse.
"Ce tempo trop poussif, dis-je, est exapérant;
Cette horloge me nargue et fait la tourmenteuse!"
Car le temps, tu verras, ne compte pas pareil
La minute de joie et celle de souffrance;
Il se plaît, semble-t-il, à freiner le soleil
Dès qu'il nous voit songeur, en quête d'espérance!
Te voici maintenant parmi nous, Alexandre,
Tu porteras ce nom antique, conquérant,
De celui qui soumit Darius dont la cendre
Couvre encore aujourd'hui la terre de l'Iran.
Hier, je suis entré dans mon auguste automne
Et soixante cinq ans nous séparent; pourtant,
Je me sens rajeuni, plus actif, moins atone;
Aurais-tu le pouvoir de raviver le temps?
Qu'importe! J'ai vécu; et mon expérience
Versera sur tes jours le nectar de mon coeur.
Toi, vis avec ardeur ta douce insouciance;
Savoure ta jeunesse et sois toujours vainqueur!
Depuis son arrivée, Elsa m'a fait connaître
Tous les petits bonheurs égayant la maison.
Etre encore grand-père exalte tout mon être;
Je peins ton cher prénom sur mon petit blason.
Bientôt, je le sais bien, sous ma tête chenue,
Les pages de ma vie auront un peu jauni.
Les feuilles en tombant laissent la branche nue.
Avec toi, l'arbre va revivre à l'infini.
J'ai gravé dans mes yeux les traits de ton visage,
Afin qu'au fil des jours rien n'y puisse ternir
- Comme fait une brume au charmant paysage -
Et que je garde intact ce tendre souvenir.
Alexandre! J'ai mis dans ces feuilles d'automne
Tout mon amour posé sur de petits écrins;
Où les heures, égrenant l'attente monotone,
Firent naître, pour toi, ces doux alexandrins.
19 avril 2009
Amour au bout de la plume...
Quand La Poste souhaite faire "partager l'émotion du courrier" et invite à se "Déclarer en toutes lettres"!
On ne peut que saluer la volonté de La Poste de redonner goût à l'écrit papier, à l'échange épistolaire, voire à la réalisation de l'écriture de véritables témoignages d'affection ou déclarations d'amour! Car c'était là le principal but poursuivi par l'opération "Déclarez vous en toutes lettres" organisée dans le cadre du programme de La Poste "Partageons l'émotion du courrier".
Troisième édition, déjà, cette année, d'un concours organisé, en cet An de Grâce 2009, en partenariat avec Télérama.
Quand on saura que ce concours a été ouvert du 16 février au 16 mars, période de la Saint Valentin et du Printemps des Poètes, on comprendra qu'il se soit agi d'écrire la plus belle lettre d'amour... sans excéder vingt-cinq lignes et l'on se réjouira de savoir que, cette année, la participation a été en forte hausse.
C'est dans ce contexte que, dès le vendredi 20 mars, à la médiathèque de Saint-Raphaël (VAR), se sont réunis Mmes Isabelle RIPERT, directrice de la médiathèque de Saint-Raphaël; Marie-Dominique CHARLET, libraire à Saint-Raphaël; MM. Émeric CHARPENTIER, directeur adjoint de l'agence Var-Matin de Fréjus Saint-Raphaël; François LÉGER, écrivain nouvelliste, membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres de France; et Nicolas PELISSIER, de la Direction de la Communication de La Poste Côte d'Azur, diplômé de Lettres... Ces personnes ont en effet constitué le jury de La Poste Côte d'Azur du concours "Déclarez-vous en toutes lettres" dont la tâche était de nominer les plus belles lettres reçues dans les Alpes-Maritimes et le Var.
Sur les critères du respect du thème (la lettre d'amour), de la qualité littéraire, de l'originalité de la rédaction et de l'émotion suscitée chez le lecteur, ce jury avait la lourde responsabilité de choisir trois gagnants pour le concours réservé au grand public et trois autres gagnants pour celui proposé aux postiers eux-mêmes.
Lourde tâche d'éliminer certains textes ayant fait l'objet d'une longue discussion, mais satisfaction de voir les textes retenus dans la plus grande sérénité et de leur donner une chance d'être retenus au niveau national.
Sans pouvoir préjuger des résultats nationaux, les membres du jury savaient déjà qu'ils avaient tout de même désigné six gagnants des Alpes-Maritimes ou du Var dont il ferait la connaissance à l'occasion de la remise des prix. Une remise des prix qui a eu lieu, le vendredi 17 avril, à la médiathèque de Saint-Raphaël dans une ambiance sympathique et conviviale.
Moment de célébrité ou de notoriété pour ces six gagnants qui ont vu leurs lettres affichées dans un grand format et un moment d'émotion supplémentaire pour les auteurs arrivés premiers dans chaque catégorie puisque leurs textes ont été lus à voix haute.
Les lauréats ont évidemment été félicités, mais également les membres du jury car La Poste a eu l'agréable surprise d'apprendre que la première lettre catégorie postiers de notre région avait obtenu le premier prix de la finale nationale... Ce qui veut notamment dire que cette lettre paraîtra dans Télérama, un numéro à ne pas manquer et à garder en souvenir de ce premier pas dans l'écriture destinée à des lecteurs inconnus.
Lors de cette remise de prix raphaëloise, M. Dominique NICOLAS, directeur de la Communication Courrier Côte d'Azur, après avoir excusé l'absence de deux membres du jury: M. François LÉGER - en précisant que celui-ci était à ce moment là en train de donner une conférence sur le fonctionnement de la "Presse People" à Fréjus - et M. Émeric CHARPENTIER, s'est réjoui de la hausse de participation à ce concours et précisé qu'il avait eu le plaisir de découvrir "Des lettres souvent inspirées, parfois cocasses, mais toujours avec un lien affectif fort".
M. Dominique NICOLAS a également pris soin de remercier la ville de Saint-Raphaël pour son accueil et a ainsi salué Mme Isabelle RIPERT, directrice de la médiathèque, tout en remerciant vivement chaque membre du jury pour "avoir participé et avoir considéré avec attention toutes les lettres".
M. Dominique NICOLAS a également salué la présence de M. Jean-Michel ROLLAND, directeur du Groupement postal Baies d'Estérel; ainsi que tous les lauréats à l'exception de Léah TOUITOU qui a fait parvenir une illustration pour s'excuser de son absence! Léah Touitou, la plus jeune des lauréates (23 ans) poursuit ses études à Lyon (école de dessin) et montre un joli coup de crayon comme on peut en juger par cette illustration que nous avons eu le plaisir de mettre en ligne avec cet article.
Puis, le moment tant attendu est arrivé avec la remise des prix aux lauréats dont les noms suivent.
- Léah TOUITOU (troisième prix catégorie grand public) dont l'illustration a été présentée à l'auditoire et plusieurs impressions ont été réalisées pour les distribuer aux lauréats et aux membres du jury.
- Georges MONTANELLA (deuxième prix catégorie grand public) a gagné un séjour pour deux personnes (nuit et petit déjeuner).
- Cécile CARNET (premier prix catégorie grand public) , dont la lettre a été lue à voix haute, a gagné un séjour pour deux personnes (nuit, petit-déjeuner et dîner).
- Liliane CESARI (troisième prix catégorie postiers) a gagné le livre "Lettres intimes" recueil en fac-similé de cinquante lettres inédites du XVI° siècle à nos jours. Ce fut le coup de coeur de Marie-Dominique CHARLET (libraire à Saint-Raphaël et membre du jury) qui a souhaité lui offrir également un très bel ouvrage de citations et de calligraphie.
- Frédéric DALMASSO (deuxième catégorie postiers) a gagné un séjour pour deux personnes (nuit et petit-déjeuner). Celui-ci a pris la parole pour souhaiter qu'un des lauréats obtienne un prix au niveau national. Sans le savoir, il a réalisé une excellente transition pour annoncer le premier lauréat...
- Michel NICOLLE (premier prix catégorie postiers) a gagné un séjour pour deux personnes (nuit, petit-déjeuner et dîner) et a eu le plaisir d'entendre M. Dominique NICOLAS, sourire aux lèvres, lui annoncer l'excellente nouvelle: "Nous l'avons appris hier soir, M. NICOLLE a remporté le premier prix de la finale nationale". Après une salve d'applaudissements, sa lettre a été lue à voix haute et elle paraîtra, comme indiqué précédemment, dans Télérama.
Les lauréats ont alors pu parler de leurs passions: Mme CARNET est professeur agrégé de Lettres, M. NICOLLE écrit des chansons, Mme CESARI est férue de mythologie grecque... Une discussion porta également sur l'importance et la sensibilité autour de l'écrit papier à l'heure du tout numérique.
PHOTO: De gauche à droite: Mmes et MM. Isabelle RIPERT, Marie-Dominique CHARLET, Cécile CARNET, Dominique NICOLAS, Liliane CESARI, Georges MONTANELLA, Frédéric DALMASSO et Michel NICOLLE.
Crédit photo: Nicolas PELISSIER, Communication La Poste Côte d'Azur.
17 avril 2009
Jardinier-magicien sans mesure !
Contes d'un jardin extraordinaire
Par Daniel PAGNIEZ
XVII) L'égoïsme d'Elliott
... Il était une fois, dans mon "jardin extraordinaire", une leçon de moralité donnée à l'égoïsme d'Elliott à la suite d'une tourmente des forces de la nature.
Au lendemain de violentes tornades qui avaient ravagé le jardin, Rackam avait réuni tous ses petits amis à l'auditorium qui, par chance, était demeuré intact et avait échappé aux effets de ces terribles vents. Affligé, il s'était adressé, d'un ton monocorde, à l'ensemble de son auditoire en ces termes:
"Mes amis, mes chers petits amis... Vous êtes tous tristes et très malheureux, comme je le suis moi-même, après cette épouvantable nuit au cours de laquelle nous avons tout perdu.... Les caprices du vent vous ont laissés sans toits, sans refuges, et ont détruit notre jardin, notre bonheur de vivre...
"Nous n'avons plus de nourriture... Le fournil de Pain-Son s'est envolé avec toutes ses réserves! Aucune possibilité pour lui de confectionner une baguette magique... Fort heureusement, personne n'a été blessé grâce à votre vigilance, avertis par notre ami Kesdep à l'écoute de l'alerte donnée par les météorologistes... Je reconnais là votre bon sens du devoir... Nous avons eu très peur et tremblé pour nos familles. Cependant, si je vous ai réunis, ce matin, c'est pour vous redonner du courage et surtout pour trouver une solution rapide à votre malheureuse situation. Vous êtes sans abris et le nettoyage du jardin va demander des journées de travail...
"Je suis confiant en l'avenir, mais il y a des dispositions urgentes à prendre... Kolibri est monté, très tôt ce matin, du Paradis de l'île, dépêché par le grand Sage Ibis, très au courant de cette tempête, pour constater les dégâts... Ibis l'Egyptien va nous accueillir tous pour la durée des remises en ordre. Vous serez logés, nourris et choyés sur cette île que vous ne connaissez pas. C'est un grand geste de sa part... Nous ne le remercierons jamais assez... Aussi je vous demande de rassembler le peu d'affaires qui vous restent et, si vous êtes d'accord, nous descendrons sur l'île par l'arbre magique.
"Pickup restera ici pour surveiller d'éventuels pilleurs venus de l'extérieur, de même que Trottemenue, Trottinou, les Ventraterre et Ramona qui ont bénéficié de la protection de leurs appartements souterrains... Je vous laisse maintenant vous préparer à rejoindre Pickup qui vous ouvrira la porte sacrée, elle aussi, par bonheur, demeurée intacte... Vous serez guidés ensuite par Kolibri... Ma famille et moi-même serons aussi de cette petite expédition.... Mais nous reviendrons, soyons en assurés, nous reviendrons!..."
Retrouver la sérénité...
Oh! Les bagages réduits furent vite ramassés et la file des petits amis entreprit sa descente vers l'île tant louée par Elliott, sous le contrôle de Pickup. Mais, à propos d'Elliott, où était-il celui-là?
Tous, émerveillés par la luxuriance de la végétation de l'endroit, furent reçus à bras ouverts par Ibis lui-même.
- "Soyez les bienvenus" dit-il "nous allons vous loger et mon service médical et nos psychologues vont vous examiner, par précaution, et vous rendre la sérénité! Suivez-moi..."
La petite troupe s'achemina à l'intérieur de l'île et passa devant le bazar exotique des Paires O.K.... Rackam fermait la marche et s'arrêta devant le curieux magasin de bambous. Il avait son idée, Rackam! Il pénétra par la porte faite de lianes fleuries et entra brutalement dans la cabine récupérée du fameux dirigeable, le sanctuaire du farniente d'Elliott... Elliott était bien là, dans son hamac, le havane aux lèvres... Surpris, Elliott se dressa sur son séant sortant de ses rêves, ahuri, déconcerté par l'intrusion de Rackam!
-" Debout! Gros plein de soupe. C'est moi, Rackam! Allons! Lève tes grandes pattes! Sais-tu ce qui s'est passé là-haut, au jardin? Nous avons failli tous mourir et toi tu dors... , nous comptions sur ton aide!... C'est ça un ami? ..."
Elliott était rouge de honte et bafouillait de vaines excuses. Bien entendu qu'il savait, Elliott! Bien sûr qu'il avait été mis au courant de la tempête et son devoir d'entraide l'avait fui; trop bien calé dans son hamac et sa grande oisiveté.
-"Tu n'es plus notre ami, Elliott, c'est fini!... "
-"Et mon tricycle, Rackam? Qu'est devenu mon tricycle?..."
-" Au diable ton tricycle! Tu es trop égoïste, tu ne penses qu'à toi et à ton grinçant véhicule en ferraille...."
-" Mais... , qu'aurais-je pu faire? "
-" Il n'y a pas de < Mais... > ! Je n'accepte aucune excuse... Reste où tu es et continue à dormir, l'altruisme est absent chez toi... Je vais rejoindre les autres! Au plaisir de ne plus te revoir Elliott..."
Rackam sortit en colère et retrouva sa petite famille. Il raconta son entrevue à Rougette, à Riquette, à Pain-Son, aux Tourteur, à Kesdep... à tout le monde. L'attitude d'Elliott avait été scandaleuse pour tous, y compris pour Ibis qui l'avait prévenu...
Les réfugiés du jardin furent acclamés sur l'île et c'est à qui se rendrait utile pour organiser un hébergement sous les directives de Kolibri et de Harpo.
Pain-Son met Elliott au pied du mur...
Tandis que tout ce petit monde s'installait, Pain-Son se rendit dans l'exotique retraite d'Elliott qu'il trouva en pleurs.
-" Cesse tes jérémiades, Elliott, tu es un faux frère! Écoute moi bien. Je viens de parler au grand Sage, à Ibis. Il est d'accord pour mettre à ma disposition un four de boulanger avec un pétrin et tout ce qu'il faut pour confectionner tout ce que je faisais au jardin... Alors? ... Tu écoutes? Mouche ton nez et cesse de renifler! Ceci sera notre secret: tu peux te racheter. Je vais faire du pain et pétrir une baguette magique, ici!... Tu m'entends? Lorsqu'elle sera cuite et croustillante à souhaits, tu remonteras au jardin actuellement ... "ordinaire!..." Cette baguette te servira de nourriture, oui, de nourriture pour toi... Mais, chaque fois que tu croqueras un morceau de la baguette de bon pain en pensant très très fort à la renaissance, comme avant, d'une parcelle, d'une petite partie du jardin, tu seras émerveillé par le retour à la grande santé de la nature que nous avons connue. A toi de penser très fort, j'insiste... A chacune de tes bouchées que tu mangeras.
" Seulement, attention, Elliottt, ne sois pas trop gourmand, je te connais, le jardin est grand et il te faudra procéder par petites étapes.
" Tu as là une occasion de te racheter de ta nonchalante conduite égoïste! Ne dis rien à personne. J'expliquerai que, piqué au vif, tu avais réfléchi sur ton comportement et que tu avais décidé de travailler dur pour nous! Tu ne peux qu'être d'accord! C'est presque un ordre Elliott!... Ne sois pas étonné car ma baguette n'aura pas le pouvoir de remettre en place les gros arbres abattus, mais simplement de dégager, de nettoyer tout le bois cassé..... Et de reproduire chacun des foyers détruits de nos amis!"
Maître de son art, Pain-Son se remit à chanter dans un fournil aménagé et confectionna, entre autres viennoiseries, une magnifique et croustillante baguette de pain bien doré qu'il remit à Elliott..., "Pour qu'il se sustente en retroussant ses manches" dit-il aux petits amis.
De retour au jardin Elliott redevient égal à lui-même...
Contraint d'agir, Elliott remonta au jardin, surpris d'y rencontrer Pickup et fut ébahi devant un tel désastre qu'il ne soupçonnait pas. Il ne perdit pas de temps et sous les yeux de Pickup et de Trottemenue, venue en curieuse, il croqua dans sa délicieuse baguette en faisant un voeu, comme l'avait demandé Pain-Son, pour faire renaître la nature, belle et fraîche et lui faire reprendre son décor précédant la catastrophe...
Et, le miracle de se produire: la baguette enchantée faisait son effet magique de rénovation. Elliott en était tout fier et tout heureux... Pickup riait et Trottemenue était allée quérir son Stradimarius...
Elliott croquait, et croquait encore, tandis que le jardin renaissait, à chaque fois, dans son décor primitif.
Cependant, Elliott trouva le Pain magique fort à son goût et, gourmand, pensa aussi à sa restauration personnelle. Il se mit à prendre des morceaux de pain de plus en plus gros et, alors qu'il restait finalement une petite partie du jardin à dégager, Elliott n'avait plus de baguette!... Il se dit que son travail de jardinier-magicien était terminé et que ce coin couvert de branchages cassés et de déchets accumulés pourrait être terminé plus tard. Il était content de lui. Il demanda à Pickup de lui ouvrir l'arbre-sésame pour aller porter la bonne nouvelle sur l'île...
A ses déclarations, une énorme surprise saisit nos petits amis qui lui accordèrent leur pardon... Rackam voulut cependant en avoir le coeur net: il monta vérifier les allégations d'Elliottt et ne put que constater qu'un endroit n'avait pas été dégagé...
Tout égotiste mérite au moins une leçon!
Sous les enivrantes frondaisons, Elliott fut presque porté en triomphe pour son "dur labeur" et, après avoir remercié Ibis pour son chaleureux mais court accueil, tout le monde visita une dernière fois en farandole l'île des rêves et regagna le jardin redevenu presque "extraordinaire".
Soudain, une atroce pensée vint chagriner Elliott... Et son tricycle? Il avait oublié de le rechercher! Où était-il son tricycle, son destrier?... Une grande déception l'envahit! Il avait perdu son tricycle!... C'est Rackam qui le dénicha enfoui sous ce petit carré de jardin encore encombré!
-" Tu vois, Elliott, ton engin archaïque est là, sous toutes ces branches cassées!... Pain-Son m'a mis dans le secret. Ta gourmandise l'a encore emporté sur ta volonté de bien faire et d'aider tes amis! Pain-Son a voulu, lui, te venir en aide et ton égoïsme de ne penser qu'à toi et à ton bien a, encore une fois, été le plus fort!... Tu baisses les yeux, Elliott! Je voudrais qu'une bonne leçon de morale te pénètre!... Maintenant, à toi de t'armer de courage pour extraire ta charrette et je te demande de remettre en état ce dernier endroit, à la force de tes bras.
" Ensuite, tu iras brûler les déchets! Ce sera ta punition! A l'avenir, prends conscience de la nécessité d'aider ton prochain, imagine que tu n'es pas seul au monde. Tu as besoin des autres et les autres ont besoin de toi!... Sois caritatif, dans la mesure de tes possibilités, bien sûr! N'aie pas un attachement excessif à toi-même! Ce n'est pas très joli l'égocentrisme! Aide le malheureux et tu verras, tu en ressortiras plus heureux!..."
Elliott avait reçu sa leçon. Il trima fort pour le dernier nettoyage et chacun, heureux, recouvrit la gaieté et la joie de vivre dans son foyer retrouvé intact et propre dans le jardin redevenu "extraordinaire'. Seule, la famille Kesdep avait perdu son douillet petit habitat dans le grand pin abattu, mais, avec l'aide de tous, elle put se réinstaller dans le sapin de la Sierra qui n'avait pas subi les colères d'Eole... Pain-Son s'était remis à chanter dans son échoppe et son fournil d'où s'envolaient, avec ses chants, les délicieuses odeurs de son activité... Elliott promit d'occuper ses loisirs à la création de nouveaux parfums pour "ces dames" dans le petit laboratoire de la resserre, rappelant au passage son "numéro 5" fétiche..., et Trottemenue programma un récital à l'auditorium...
Armé de bonnes résolutions, la leçon apprise, Elliott avait réintégré le cercle de la franche camaraderie des hôtes du jardin...
Retrouvez les contes du jardin extraordinaire de Daniel PAGNIEZ le samedi 9 mai.
14 avril 2009
Derrière le miroir...
Le vendredi 17 avril à 18 heures, salle Agricola de Fréjus (Var)
Dans les coulisses de la presse "People" avec la conférence "Presse et société" de François LÉGER
Après l'intérêt suscité par sa conférence ayant eu pour thème "Journaliste et nouvelliste", les responsables de l'association "France Russie CEI de Fréjus Saint-Raphaë Est Varois" ont demandé à François LÉGER, journaliste honoraire, de venir parler de la presse. C'est ainsi qu'il est venu présenter longuement "La Morale des médias", une intervention portant uniquement sur la déontologie des professionnels de la presse avec toutes les embûches qu'ils rencontrent.
Particulièrement intéressés par une causerie qui les a fait aller de découverte en découverte, les auditeurs étaient tout de même restés sur leur faim en n'ayant point entendu parler des journaux "People" et des médias spécialisés dans les faits divers. C'est la raison pour laquelle cette même association a demandé à l'orateur de venir présenter ce sujet. C'est ainsi que François LÉGER expliquera, dans cette intervention, le fonctionnement de ces médias assez particuliers sur le thème "Presse et société".
Dans "Presse et société", François LÉGER, écrivain, membre de la Société des Gens de Lettres de France, viendra expliquer le succès de la "Presse people" en démontrant que ces médias et leurs lecteurs forment une espèce de couple (parfois même un ménage à trois!) dont chaque partenaire a une totale connaissance de l'autre en sachant notamment ce que l'autre désire.. C'est dire que la "Presse People" n'informe pas véritablement, mais apporte bien plutôt à ses lecteurs les articles dont ils ont envie.
Lors de cette conférence "Presse et société", donnée par François LÉGER, le vendredi 17 avril à 18 heures, salle Agricola à Fréjus, vous plongerez dans un autre monde qui n'a cependant rien de virtuel!
De même, des surprises vous attendent dans le second volet de cette intervention avec le fonctionnement de ces journaux spécialisés dans les faits divers, faits divers dont ils choisissent les plus sordides... Vous serez surpris mais obligés d'admettre que, là encore, il s'agit d'un mariage entre le journal et le lecteur, l'un répondant aux souhaits, voire aux besoins, de l'autre. Toutefois, ici toutes les informations sont la plupart du temps véridiques - ce qui est loin d'être le cas dans la "Presse People" - mais elles répondent au bon vieux goût du sang des arènes de la Rome antique.
Soyez sans crainte, après cette intervention de François LEGER un débat ne manquera pas de s'instaurer..
10 avril 2009
Objets perdus introuvables...
Vivre dans la société d'aujourd'hui...
Des vagues à l'âme...
Par Daniel PAGNIEZ
Un homme tout essoufflé se précipite au guichet du "Service Public des Objets Trouvés" et s'adresse à l'employé de la réception.
- " M'sieur, bonjour... Vite... J'ai perdu mon âme! Vous l'a-t-on rapportée?"
- " Bonjour, remettez-vous! Remettez-vous... Rapporté quoi? "
- " Mon âme, M'sieur, mon âme!..."
- " Décrivez votre objet! "
- " Mais, ce n'est pas un objet, c'est immatériel! On retrouve de tout chez vous, vous avez sûrement récupéré une âme!"
- " Monsieur, ici nous n'enregistrons rapportés que des objets les plus divers, des parapluies, des supports-chaussettes, des dentiers, des ceintures de chasteté, des vêtements, des fausses barbes, des bilboquets... Que sais-je encore! "
- " Justement, M'sieur, un penseur ne s'est-il pas penché sur la question de savoir si les objets inanimés avaient une âme?"
- " Dame oui! "
- " Je vois que vous me comprenez, vous venez de reconnaître des âmes parmi vos objets!"
- " Mais pas du tout, vous vous méprenez, j'ai simplement acquiescé à votre évocation de la pensée de cette Martine, de Lille, je crois, vous savez, celle qui a composé cette triste chanson sur la ronde des heures!... J'ai dit < Dame oui! >, pas < D'âme oui >, j'ai voulu dire < Bien sûr, bien sûr! > "
- " Je vois que vous êtes un fin lettré! De plus, pour votre information, cette personne de Lille, adepte du cadran solaire, n'est pas non plus une descendante d'un Sieur Rouget pour un hymne national... Et.. < Les Âmes Mortes > d'un certain Gogol, cela ne vous dit rien? "
- "C'est qui Gogol ? Un peintre, un coureur cycliste ? Et vous venez me faire perdre mon temps avec ses âmes ? ... Tiens donc! < Sésame > ! Je me rappelle : vous me prenez pour Ali Baba dans son grand magasin ? "
- " Ah! Littérature, on te déserte! Ecoutez-moi, je suis pressé, tout retourné et je pensais trouver dans votre esprit une bonne âme compatissante à mon malheur!"
- " Je peux vous poser une question? Vous êtes marié, vous avez < déniché > l'âme soeur ? "
- " Bien entendu, je suis marié! J'ai charge d'âmes, moi, M'sieur, avec mes enfants! "
- " Alors, Monsieur, pourquoi n'avez-vous pas demandé à votre épouse de vous prêter son âme en attendant de retrouver la vôtre ? "
- " Ah! Certainement pas M'sieur. Je me suis bien gardé de le faire. Si mon épouse m'avait prêté son âme j'aurais été obligé de la lui restituer et si j'avais rendu l'âme je ne serais pas là pour vous en parler! "
- " Je commence un peu à comprendre vos sentiments plutôt ... éthérés Monsieur et votre impalpable requête. Je vais tenter de vous suivre sans me donner corps et âme à vos élucubrations... Dîtes-moi, qui me dit que vous n'avez pas vendu votre âme au diable ? "
- " Diable! Monsieur, comme vous y allez! Où aurais-je pu rencontrer le diable ?
- " Partout, Monsieur, partout, sur les quais, chez tous les manutentionnaires !... "
- " Mon âme était trop chère pour la négocier ! Je ne vais pas sur ce terrain pour quelle âme à m'y donner ? "
- " Amidonnée ? On n'amidonne pas une âme comme un col de chemise, Monsieur ! Vous errez comme l'âme en peine que vous n'avez plus ! Je ne peux pas sauver votre âme que je ne possède pas! "
- " Alors vous n'avez rien à me rendre!: Dommage et tristesse... Je vais regagner mon logis et me mettre au lit sans état d'âme..."
- " En mon âme et conscience, c'est la meilleure des choses à faire, Monsieur, pour vous y découvrir âme au lit, je dis bien amolli du cerveau! Peut-être qu'une bonne âme saura soigner votre infortune ! Voyez-vous la réalité: c'est l'âme ! Au plaisir de ne pas vous revoir Monsieur. "
Et l'homme sans âme, effondré, traînant les pieds, la tête basse, quitte le " Service des Objets Trouvés " introuvables.
09 avril 2009
Pour une réédition en format poche...
"D'ici et au-delà": seize nouvelles de François LÉGER qui ne demandent qu'à être réimprimées en format économique.
"D'ici et au-delà" ? Un manuscrit primé au Grand Concours Littéraire du Monde Francophone de l'An 2003 de l'Académie Poétique et Littéraire de Provence !
"D'ici et au-delà" ? Un manuscrit ayant reçu le Prix de la Nouvelle 2003 de La Renaissance Française Nord/Pas-de-Calais !
"D'ici et au-delà" ? Un manuscrit devenu recueil de nouvelles vendu dans les librairies et sur le Net dès le premier trimestre 2004 !
"D'ici et au-delà" ? Un livre que l'on ne peut aujourd'hui se procurer que dans des librairies l'ayant en rayons ou auprès de l'auteur puisque celui-ci a repris tous ses droits sur cet ouvrage, il y a maintenant plus d'un an, en enlevant bien évidemment dans le même temps, à la Maison d'Edition l'ayant publié en 2004, tout droit d'exploitation commerciale de cet ouvrage.
Mais, comme tous les auteurs, François LÉGER a de l'affection pour ses personnages avec lesquels il a vécu pendant les mois d'écriture de ce recueil de nouvelles. Il relit aussi, parfois, l'une ou l'autre de ces aventures en pensant qu'elles pourraient faire - maintenant - le bonheur des "lecteurs pressés" de ce début de XXIème siècle...
Voilà la raison pour laquelle il cherche actuellement un amateur de ce type de littérature - cher à nos amis britanniques (friands de la fameuse "Short story"), espagnols et italiens (avec la "novella") - tenté par la réédition de ce travail en format économique pour que tout un chacun puisse y avoir accès.
De fait, dès la première nouvelle, le lecteur est "accroché" ! Comment pourrait-il en être autrement en découvrant cette histoire quelque peu irréelle dans laquelle un homme assiste à son propre enterrement en pleurant sur cette vie perdue... Un homme qui existe et dont l'auteur de cet ouvrage a fait l'un de ses amis trente ans après cette mise en terre...
"D'ici et au-delà", ce sont seize nouvelles très différentes qui n'ont aucun lien entre elles mais dont plusieurs ont inspiré ce titre à l'auteur. Oui, "D'ici et au-delà" n'est pas un titre pris au hasard, mais un titre qui donne l'atmosphère de l'ouvrage puisque l'on y trouve des phénomènes inexpliqués... "Non pas inexplicables" précise l'auteur qui ajoute " Ce sont des faits inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances, mais des faits dont j'ai été le témoin privilégié, un témoin privilégié qui a parfois regretté un tel privilège".
Aussi, même s'il croit à l'au-delà et à la vie avant la vie terrestre qui n'est, pour lui, qu'un passage d'un niveau de conscience à un autre, l'auteur constate et relate des faits inexpliqués dans certaines de ses seize nouvelles menées selon la règle d'écriture de cette forme littéraire par un développement rapide qui amène à la "chute", à la fin du suspens de chacune des aventures. L'auteur ne tente jamais de donner une réponse aux questions que posent ces quelques phénomènes. Dans ce domaine-là seulement, le lecteur restera sur sa faim, mais François LÉGER n'étant pas un gourou et n'ayant pas les réponses ou n'en ayant pas la certitude, ne peut que constater et relater dans le respect du lecteur qui pourra peut-être, lui, trouver les clefs...
Toutefois, quand il le peut, François LÉGER donne une piste de réflexion comme c'est le cas lorsque, visiblement, il réfléchit à la théorie de la réminiscence de Platon.
François LÉGER a signé là son deuxième livre après "Un pays à deux vitesses ? Morale des médias et Moral des Français", aujourd'hui épuisé et pratiquement introuvable. Puis, après "D'ici et au-delà" sont venus "Entre rêve et réalité" et "Il n'y a pas d'âge..." publiés chez In Octavo Éditions, actuellement en vente en librairies et sur les sites Internet habituels.
05 avril 2009
Avril
de l'année 2009
Par Maurice DUSSOL
La trilogie du bonheur
Inspiré par Sardou et la musique de "La maladie d'amour"
L'Espoir, l'Espoir,
Il brille dans le noir;
Aux coeurs désespérés
Il offre des jours libérés.
Toi, l'être humain,
L'adulte ou le gamin,
Il te prend par la main
Pour t'aider sur ton dur chemin...
Il chasse les nuages,
Ensoleille les plages
A tous offrant des fleurs
Pour qu'elles effacent les pleurs;
Il écarte les ronces
Des fourrés où tu fonces
Et, pour chaque réveil,
Il te façonne un gai soleil!
L'Espoir, l'Espoir,
Il chasse aussi le noir
Car, de l'astre du soir,
Il fait un splendide ostensoir.
L'Amour, l'Amour,
Il connaît plus d'un tour
Pour écarter, des coeurs,
La solitude ou les rancoeurs;
Quand vient ton tour,
Sans le moindre détour,
Il t'offre un vrai bonheur
Dont tu seras le "butineur".
Il ranime les flammes
Qui font brûler les âmes,
Mais fait aussi fuir les noirceurs
Qui pourraient souiller les douceurs.
Il oublie et pardonne
Et jamais n'abandonne
Ceux, de bon gré, de bon aloi,
Qui viennent vivre sous sa loi.
L'Amour, l'Amour,
Entraide tour à tour
Des amoureux en fruits
Et des tristes amants détruits.
La Joie, la Joie
Sait découvrir la voie
Qui mène vers la paix
Des Paradis presque parfaits;
Ell' prend le temps,
De Printemps en Printemps,
Pour offrir aux enfants
Des lots de rêves triomphants.
C'est une belle actrice,
Une douce complice
Entrouvrant, pour nous protéger,
Son blanc manteau doux et léger;
Elle nous accompagne
En mer, à la campagne
Et, de chants en aveux,
Elle répond à tous nos voeux.
La Joie, la Joie,
Grandit pour qu'on la voie
Protéger les mortels
Laissant aux faux dieux, leurs autels.
01 avril 2009
Alors, elle n'est pas belle, la vie ?
LU POUR VOUS
Par François LÉGER
Les "Recettes de Bonheur" de Norbert DEKEISTER: réflexions ou pamphlet?...
Sur la couverture de "Recettes de Bonheur" - une belle quadrichromie - figure une sorte de sous-titre écrit en caractères maigres et petits: "Comment travailler et néanmoins vivre avec moins de 1 200 euros par mois..." qui fait immédiatement penser qu'en 2009, dans notre pays, il est des gens qui travaillent et connaissent pourtant la pauvreté en tentant d'attraper des morceaux de bonheur... Est-ce à dire que, dans ce livre, Norbert Dekeister se livre à une observation sociale - sérieuse et pointue - de notre société? On peut le penser avant de regarder la couverture en noir et blanc intérieure, ouvrant véritablement sur l'ouvrage, et d'y découvrir un nouveau sous-titre: "... alors que votre dentiste ne les gagne même pas dans sa journée".
Certains penseront alors avoir affaire à un ouvrage écrit par un homme aux idées d'extrême-gauche et verront là un pamphlet plutôt qu'un travail de réflexions à l'humour caustique. Pour ma part, si c'est le deuxième livre de Norbert Dekeister que je présente sur ce site, je ne connais aucunement l'auteur et serais bien incapable de vous le situer sur l'échiquier politique. Toujours est-il que le style est souvent "décapant" et que nombre de passages prêtant à sourire dans un premier temps vous obligent à y revenir pour une réflexion plus approfondie.
C'est dire que cet opuscule de 56 pages est beaucoup plus riche que nombre de gros livres, qu'il mérite que l'on s'y intéresse même s'il n'a rien d'un travail littéraire et si l'on peut y trouver des choses d'un goût douteux, une langue qui n'est pas toujours très académique et, souvent, une certaine mauvaise foi dans les caricatures de certaines situations.
Pourtant Norbert Dekeister essaie, au tout début de ce travail, de se plier à une habitude littéraire - qui n'a rien d'une obligation - celle de dédier son ouvrage... Et, d'avoir raison de le faire car il le fait avec talent, un talent qui, en deux pages, nous explique ce qui va suivre... Si je vous dis, par exemple, qu'il dédie ce livre "A Bernard Tapie volant grand ami de Bouygues, de TF1, François Mite et du petit Nicolas" ou "A Jean Marie Messier, ce paon de l'économie tout entier qui s'effondre et à tous les Alain Duhamel prophètes qui lui ont ciré avec béatitude les pompes du temps de sa grandeur"... vous comprenez immédiatement le ton de ce travail.
Oui, ce n'est pas du MAUPASSANT, mais bien plus souvent du COLUCHE, avec une pointe de Francis BLANCHE ou de Pierre DAC. Je dirai même que, dans un premier tour d'horizon sur nos contemporains, leur conduite et la nôtre, tour d'horizon qui va déjà de la France d'en-bas à celle d'en-haut... au quatrième étage sans ascenseur, on pense à DESPROGES en lisant: "Si vous demandez à un piéton si ça va, il vous répond: < Ça roule... > tandis que les automobilisés, eux, vous disent < Ça marche >. Simple remarque...."
Toutefois, s'il est évident qu'il ne faut pas tout prendre au premier degré, n'allez surtout pas croire que cette prose continue sur le même ton. D'ailleurs, dès la page 11, lorsqu'il commence à poser des questions de fond puisque chacun des chapitres répond à une question comme "Manger correctement?" ou "Se loger?", l'auteur présente des situations tellement caricaturées qu'elles en sont parfois non plausibles même si c'est fait gentiment. Sa méthode de présentation des problèmes d'une vie dans la pauvreté est en effet intéressante et sympathique du fait qu'il a pris le parti de faire de son narrateur un homme heureux et non pas quelqu'un de pleurnichard. De fait, le narrateur est un homme heureux qui analyse les situations en montrant tous les avantages du manque d'argent! Cet homme, qui a des difficultés financières, ne s'en plaint jamais et ne voit que le bon côté des choses, un bon côté des choses justement souvent outrancier qui enlève alors toute crédibilité à l'événement et au sentiment du narrateur.
Dommage, même si l'auteur a la plume facile et se rattrape souvent par ses traits d'humour qu'il affectionne et font arrêter le lecteur sur une situation peu crédible au départ dans son ensemble. Par exemple, après "Culture et pauvreté?" qui assène quelques vérités, on entre dans "L'Education des enfants de pauvres?" qui n'est pas sans intérêt. Là encore, comme dans les chapitres précédents, l'auteur ne manque pas d'appuyer là où cela fait mal par une pirouette pleine d'humour.
Toutefois, pour ce qui est des chapitres comme "Votre banque, une amie fidèle" ou "S'habiller, c'est un peu comme se vêtir", Norbert DEKEISTER semble ne pas avoir réalisé que ces situations touchaient aussi ceux que l'on aurait tendance à appeler des nantis par rapport à son héros qui sait vraiment prendre la vie du bon côté!
Mais, au fait, Norbert DEKEISTER ne nous promène-t-il pas dans un travail livresque à plusieurs entrées? La première serait ce que nous venons de voir en ne se privant pas des piques envoyées ici et là car son humour, je vous l'ai dit, est caustique mais généralement bienvenu... Quant à la seconde entrée, ce serait une leçon adressée à tous ces Français qui se plaignent sans arrêt, qui croient que le voisin est mieux loti que lui, que tout est bien mieux ailleurs. En tout cas, quel que soit le but recherché par l'auteur, le lecteur ne peut pas ne pas prendre quelques leçons de vie, être obligé de s'intéresser à telle ou telle chose et cesser par moments de penser à son seul ego.
C'est un travail court, bizarrement monté, mais riche car on ne peut pas en sortir sans réfléchir.
"Recettes de Bonheur"
Norbert DEKEISTER
Éditions BTF Concept.
56 pages - 7 euros (port compris) en s'adressant à Norbert DEKEISTER, 36 rue Porte Gayole (ex auberge de jeunesse), 62200 Boulogne-sur-Mer.


