01 mai 2009
Regards un peu tristes...
LU POUR VOUS
Par François LÉGER
Dans "Recueil de quelques larmes", Gwenardel entre en peu de mots dans
les maux de l'Homme...
L'éditeur du "Recueil de quelques larmes" a cru bon de préciser notamment, en quatrième de couverture, que ce premier livre d'une jeune étudiante en Lettres Modernes se composait de nombreuses influences: la poésie, le haïku, le lipogramme et la littérature moderne tout en mettant en relief des moments de vie où la souffrance se fait plus aiguë... Mais je ne suis pas persuadé que ces formes d'écriture ou jeux littéraires aient vraiment pu attirer le chaland mis à part les amoureux de la langue française qui cherchent à connaître tous les mystères de celle-ci!
Certain de la culture littéraire de notre bon peuple de France, l'éditeur s'est donc abstenu de toutes explications au sujet de ces termes, mais n'a, en revanche, pas voulu nous laisser dans l'ignorance de l'origine du pseudonyme choisi par l'auteur. D'ailleurs, elle est importante car elle explique aussi un certain climat que l'on trouve dans cet ouvrage.
Alors, laissons-le dévoiler ce mystère: "Alliance de Gwendoline, cercle blanc, représentation de pureté et d'exigence, fée aimée de Merlin, et Gwaernardel, vampire d'un grande beauté, muse irlandaise des poètes, ceux qu'elle inspire jouissent d'une vie brillante mais éphémère."
En lisant ces quelques lignes, vous avez déjà un peu pénétré dans le contenu de ce livre, contenu auquel seul je me suis intéressé. Toutefois, avant de poursuivre, je pense que - si l'éditeur n'a pas jugé bon de le faire - je me dois de vous donner quelques explications... En effet, comme tout le monde (ou presque) le sait: "un < haïku > est une forme poétique japonaise constituée de 17 syllabes, réparties en trois vers de 5 - 7 - 5" comme l'explique l'auteur sur son site Internet sur lequel je suis allé chercher cette précision ainsi que la suivante... Certes, j'ai honte, mais je n'avais pas vraiment clairement en tête l'appréhension de ces termes pour vous les expliciter de façon claire et précise!!! Donc, vous qui brûlez d'écrire un < lipogramme >, rappelez-vous qu'il s'agit "d'une oeuvre littéraire dans laquelle on s'astreint à ne pas utiliser une ou plusieurs lettres de l'alphabet, la difficulté se portant essentiellement sur les voyelles".
L'usure sournoise et le poids du quotidien...
L'inter-titre que vous venez de lire ("L'usure sournoise et le poids du quotidien") est destiné à introduire le texte "La patience du cri", morceau littéraire que je qualifierai volontiers de conte, ayant obtenu un troisième accessit "En reconnaissance de sa valeur littéraire" au Concours littéraire du monde francophone 2006 organisé par l'Académie Poétique et Littéraire de Provence. Mais, disons-le tout net, cet inter-titre n'est pas véritablement étranger à plusieurs textes précédant ce conte dans cet opuscule: point de stupéfaction d'ailleurs à ce sujet car je pense en effet que par cette phase insidieuse de la vie tout être humain passe un jour ou l'autre.
S'il est évident que le rôle d'une critique n'est pas de raconter l'ouvrage, sachez que la première partie de ce texte est nettement marquée par le fait que "La patience du cri est sans limite", la partie intermédiaire - bien que montent la douleur et la volonté de vengeance - est toujours marquée par le fait que "La patience du cri est sans limite" avant que tout ne bascule vers le fait que "La patience du cri est sans mérite". C'est, vu de l'extérieur, la solitude d'un couple au fil des années amenant même le mari à se demander qui est responsable de l'indifférence régnant au sein de celui-ci... Et, l'analyse de l'auteur de tomber: "Par résolution, par facilité aussi, il a cédé à l'usure sournoise et au poids du quotidien. Leur lâcheté prédomine."
Que choisir?
Après quelques autres textes, non sans intérêt, le journaliste honoraire que je suis ne peut pas ne pas faire une escale sur "Médias"!
Voilà un texte avec des phrases sans verbe - qui ne seraient pas pour plaire aux puristes de la langue de Voltaire - mais des phrases courtes: parfois deux ou trois mots, pas plus... Cinq lignes seulement et l'auteur peut enchaîner sans souci de mauvaise interprétation par le lecteur qui lit brutalement: "Les hommes s'autodétruisent" avant de se demander: "Est-ce du courage ou de la lâcheté dont on va devoir faire preuve pour vivre?". Pourtant Gwenardel croit visiblement en des valeurs comme la Vérité, la Tolérance, la Foi et la notion de Citoyen... ce qui m'autorise à ajouter - sur le même registre - la Liberté, la Fraternité et l'Egalité avec le retour à un vrai regard sur soi qui ne soit pas empli de narcissisme: un ego d'une grandeur démesurée régnant partout en ce début de Troisième Millénaire. Arrêtons de croire que l'on est le meilleur et le plus beau en se regardant chaque matin dans la glace avec admiration et de croire enfin que la vie, c'est "Chacun pour soi..."
Après avoir trouvé ce que l'on appelerait, en musique, le "même phrasé" dans "Aveux" avec aussi des phrases courtes et des phrases sans verbe, on ne peut pas ne pas s'arrêter sur "Solitude". Comme le peintre pose son chevalet et vous fait vivre en quelques minutes la façon dont il appréhende ce que vous voyez, Gwenardel vous plonge en neuf lignes dans la solitude des personnes âgées quelque peu abandonnées par les enfants et petits-enfants. Mais saute alors aux yeux le fait que ces neuf lignes ne demandent qu'à être l'introduction d'un texte fort et puissant que l'auteur pourrait faire vivre... Malheureusement, elle se cantonne dans les textes courts, certes intéressants, mais dont certains manquent de la puissance d'un développement, ce qui me semble tout à fait regrettable... Le lecteur reste trop souvent sur sa faim...
Sa "Nostalgie" est évidemment autobiographique car cela ne s'invente pas... Mais c'est une bonne bouffée d'oxygène avant un témoignage sur l'enfer des hommes, il y a un peu plus d'un demi-siècle (témoignage ou... devoir de mémoire)...
Cela donne une bouffée d'oxygène avant "Petit génocide sans importance": une autre réalité qui montre bien que chaque être humain court après la liberté. Ayant ainsi terminé cet opuscule, sans nous préoccuper des diverses techniques évoquées au début de cet article, on a une curieuse impression avec tous ces regards - tristes pour la plupart - sur la vie, sur l'amour et sur les hommes car c'est bien de ces trois thèmes dont il s'agit.
"Recueil de quelques larmes"
Gwenardel
65 pages - 15 euros
Éditions Tho T
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