25 juin 2009
Lauriers littéraires
Les 33° "Jeux floraux" des Pyrénées Cathares ont couronné cette nouvelle...
My-Laï
Par Jacques DEFOLIE
Une ambiance feutrée, silencieuse, troublée par instants par une conversation de voix étouffées. Des hommes et des femmes, qui marchent à pas rapides dans des longs et larges couloirs blancs aux larges portes numérotées et fermées. Une odeur aux relents de pharmacie règne dans ce silence ambiant. Parfois, des hommes habillés de bleu des pieds à la tête passent en poussant un lit à roulettes où gît une forme inerte sous des draps immaculés. Des visages indéchiffrables dont on ne sait si c'est celui d'un homme ou une femme. Le teint est cireux, les yeux fermés la plupart du temps et la tête est couverte d'un bonnet bleu clair qui accentue encore la pâleur de cette figure de cire.
Une porte s'ouvre et se referme silencieusement. Un homme en blouse blanche, le stéthoscope autour du cou en est sorti, la mine soucieuse. Sur la poche gauche de sa blouse, à hauteur de poitrine on peut lire "Clinique des Cyprès - Dr Valentin". Bien nommée la clinique, pour ces immenses cyprès qui l'entourent de leurs hauts fuseaux noirs, tranchant sur le ciel si bleu du Midi, comme des points d'exclamation. D'un pas nerveux, le Dr Valentin traverse le couloir et entre dans un bureau sur lequel une petite plaque répète les mêmes mots qui figurent sur sa poitrine. Il se laisse littéralement tomber dans un fauteuil de simili cuir et, d'un geste las, décroche un téléphone.
"Oui... Robert? Je suis bien embêté pour le cas de la chambre 22... Je n'y comprends rien. Ce malade souffre de quelque chose que je ne connais pas...
" Les examens? Ils ne révèlent rien de spécial. Disons que, pour un homme de plus de quatre-vingts ans, ils sont normaux. Température? A peine 38... Tension régulière à 14/7, ce qui me semble également normal. Ce qui me semble anormal, c'est la maigreur de cet homme et cette espèce de coma dans lequel il est plongé... J'y ai pensé à la cachexie mais ça ne tient pas...
" Pourquoi je t'appelle? Tu as fait des séjours en pays chaud, il me semble... Il faudrait que tu fasses un saut pour voir ce patient... Palu? Non, il ne fait aucun écart de température. Je t'assure, je ne comprends pas... Les filles... Elles s'en occupent bien, mais elles sont comme moi, elles ne comprennent pas. On se demande ce que nous avons là comme malade. Alors, j'ai pensé à une maladie exotique. D'après ce que l'on sait, il aurait fait un long séjour en Indochine dans les années cinquante. Sous toutes réserves... Nous en serons sûrs quand on aura reçu son dossier médical de Lille où il a vécu avant de venir ici. Bon! Tu viens dès que tu as fini ton tour dans ton service... D'accord, je t'attends... Ah oui! Une dernière chose, sa fille arrive de Paris ce matin..."
Le docteur raccroche le téléphone d'un geste machinal et il se plonge dans le mince dossier qu'il a sur son bureau. Et, une fois de plus, il explore les résultats des divers examens concernant ce patient alité depuis quatre jours dans son service. C'est l'aide-ménagère de ce vieux monsieur qui a alerté le SAMU. Elle l'a trouvé un matin, dans son lit, plongé dans un coma profond que rien n'explique. Strictement rien. Tout a été fait pour essayer de trouver de quoi il souffre. Rien! Le Dr Valentin, tout médecin réputé pour son savoir qu'il soit, y perd à la fois son latin et son grec. Il a beau se pencher sur les analyses sanguines, scruter les résultats un par un, tout y est normal. Chaque analyse faite depuis l'entrée de cette personne reste inchangée. Que ce soit l'hématologie, la biochimie, l'enzymologie, l'uricémie et autres paramètres, les chiffres restent les mêmes qu'à l'entrée.
Le vieil homme est dans un coma d'origine inconnue sans que son organisme ne révèle une quelconque anomalie. C'est une équation à plusieurs inconnues. Radios, scanner, IRM ne dévoilent rien qui expliquerait l'état de ce patient pas ordinaire. Chez lui tout est normal et l'impression que ressent Valentin fait que quelque chose a bloqué la vie de cette vieille personne. Comme une horloge dont le mécanisme tournerait toujours sans que les aiguilles bougent. La vie ne s'est pas arrêtée mais elle est comme en suspens.
*** *** *** *** ***
Patiemment, intrigué au plus haut point, le Dr Valentin se replonge une nouvelle fois dans le dossier. Si intensément qu'il n'entend pas le bref coup qui heurte sa porte et qu'il ne se rend compte de la présence du praticien qu'il a appelé à son secours que lorsque celui-ci tousse pour attirer son attention.
"Ah! C'est toi, Robert. Je ne t'attendais pas si vite. Je regardais encore une fois les résultats...
"Regardons ça ensemble, il y a quelque chose qui a dû t'échapper... Ça m'étonnerait de toi, mais on ne sait jamais..."
Familièrement, Robert contourne le bureau de Valentin et vient s'appuyer sur l'épaule de ce dernier. Ensemble les deux médecins compulsent, regardent avec la même attention, avec la même tension, le dossier de ce patient énigmatique. Tout y passe, analyses, radios, CD du scanner. Les moues dubitatives succèdent aux moues dubitatives. Debout, côte à côte, ils examinent avec soin les moindres images, les clichés de toutes sortes, consultent et reconsultent les feuilles d'examen.
"Rien! Rien de rien... C'est à se demander si...
"Attends, Valentin! Pas de conclusions hâtives. Les analyses toxicologiques on va le refaire, on ne sait jamais...
" Mais c'est aussi négatif que tout ce que tu as sous les yeux. Toxicologie, parasitologie, tout a été analysé. Même l'air expulsé... RIEN! Tu comprends ce mot RIEN!
Valentin s'est presque mis à crier ce mot "rien".
" C'est une énigme. Voilà pourquoi je t'ai demandé de passer. Pour que tu regardes, parce que moi, je n'y comprends plus rien. Je n'ai jamais vu ça..."
Prenant son homologue par le bras, il l'emmène presque de force dans la chambre qui est devenue la 22 du mystère parmi le personnel hospitalier. Dame! Voir un professionnel comme Valentin sécher sur un cas est d'une telle rareté que certains s'en réjouiraient presque. Et pour qu'il ait appelé Robert, le plus calé de toute la clinique, après lui bien sûr, c'est que vraiment "il pédale dans la semoule" a dit l'infirmière en chef. C'est vrai qu'elle ne peut pas le sentir mais quand même...
Quand ils entrent tous les deux dans la chambre, une jeune infirmière est en train de prendre la tension du vieux monsieur. D'un ton bref, Valentin demande: "Alors?", "14/7 comme d'habitude...", "Tu vois, ce que je t'ai dit..." Robert s'approche et sa grande silhouette passant devant la fenêtre fait une zone d'ombre sur le corps étendu.
" Bon Dieu, qu'il est maigre..
" D'après l'aide-ménagère, cela fait des mois qu'il est maigre comme cela. Mais, fait étrange que je ne comprends pas, il pèse pas loin de soixante-dix kilos...
" Tu te fous de ma gueule ou quoi... ?
" Non, regarde sur sa fiche, il a été pesé à l'entrée...
" Ben ça, ce n'est pas banal... Je vais l'ausculter.. On va bien voir...
D'un geste sec, d'un geste de praticien, Robert découvre entièrement le malade et lentement, patiemment, remontant des pieds à la tête il examine de manière très attentive le corps du vieil homme. Celui-ci fut de grande taille et il a dû être assez musclé à ce qu'il peut voir. Pas le plus petit espace n'échappe à ce contrôle scrupuleux visuel augmenté du passage du stéthoscope. Quand le Dr Robert se redresse un air de quasi stupéfaction est posé sur son visage. Et la seule chose qu'il peut dire c'est: "Ben, ça alors... Ce type est un dilemme".
" Ah! Tu vois que j'ai raison...
" La seule chose que j'ai pu voir c'est ça... Et il montre une fine cicatrice de quelques millimètres, comme une griffe. Une toute petite griffe à peine visible dans le haut du bras. Dans la peau un peu ridée du vieil homme on la distingue à peine.
" Valentin, tu avais vu ça?" Et ce disant, le Dr Robert pose son doigt sur la très légère et ancienne cicatrice. Et il reste interdit de ce que déclenche son geste. Le malade, qui jusqu'alors n'avait jamais réagi à quoi que ce soit, a un léger gémissement et un souffle sort de ses lèvres. Un faible soupir, comme un appel.
" Qu'est-ce qu'il dit ?
" J'sais pas! Je n'ai rien compris...
" Essaie de nouveau, pour voir...
" J'ai encore mon doigt dessus mais il ne réagit plus à la pression...
*** *** *** *** ***
Valentin se tourne vers l'infirmière qui est restée là et lui demande d'un ton bref: "Nicole, allez me chercher un scalpel et tout ce qu'il faut pour pratiquer une légère intervention. C'est peut-être là que se situe ce que nous cherchons."
La jeune femme part en courant pendant que les deux praticiens se regardent sans rien dire. La clef de leur problème est sans doute là et leur science, pour le moment prise en défaut, va peut-être trouver la solution au problème posé par le bonhomme qui est devant eux.
Délicatement, minutieusement, l'opération se fait avec un soin tout particulier. Une légère incision à l'endroit de la cicatrice révèle la présence d'un kyste minuscule. A peine plus gros qu'un gros grain de blé. D'un scalpel précis, après l'avoir retiré de là où il se trouvait, le Dr Robert ouvre la masse un peu graisseuse. Il trouve à l'intérieur un infime morceau de quelque chose d'indéfinissable. Comme un débris d'allumette ou s'en approchant. Une sorte d'esquille d'une matière indéfinissable.
Le bruit d'une paire de ciseaux tombant sur le sol alerte les deux médecins en train de s'interroger sur la signification de ce qu'ils viennent de découvrir. La jeune infirmière est devant eux, l'air désolé, les bras ballants. Elle est d'une pâleur alarmante. Ce qui fait ressortir un tout petit peu une origine lointaine.
" Que vous arrive-t-il? C'est la vue du sang qui vous fait cet effet là? Il faudra changer de métier mon petit...
"Non, Docteur, c'est ce que vous avez trouvé dans le bras de ce vieux monsieur....
" Ce bout de bois... Mais ce n'est rien... Une épine dans le bras...
" Non, c'est beaucoup plus que cela...
Et soudain, sous les yeux stupéfaits des deux médecins, la jeune femme se met à pleurer. De grosses larmes coulent sur ses joues et elle semble plongée dans un chagrin profond. Le vieil homme n'a pas bougé depuis l'incision et Valentin termine le pansement que la chute des ciseaux lui avait fait interrompre. Le Dr Robert a un geste d'impatience et c'est un peu sèchement qu'il demande à la jeune femme : "Vous pouvez m'expliquer ce qui vous arrive... ?"
" Cela ne se voit pas beaucoup, mais je suis d'origine vietnamienne par mon arrière-grand-mère. Elle était la femme d'un planteur de thé d'avant la guerre avec le Japon. C'était une fille des Hauts Plateaux du nord de ce qui s'appelait l'Indochine à l'époque. Elle et mon arrière-grand-père s'aimaient beaucoup et ne se sont jamais quittés. Elle m'avait dit que selon une légende Méo, un peuple des Hauts Plateaux, même s'ils se quittaient un jour, mon aïeul ne pourrait jamais l'oublier. Elle avait ce qu'il fallait pour cela...
" Et qu'est-ce que cela a à voir avec ce pauvre vieux....?
" On croit savoir qu'il a été là-bas. Maintenant, j'en suis certaine. Là-bas, quand une fille était amoureuse d'un garçon et qu'ils vivaient ensemble, afin qu'il ne l'oublie jamais, elle profitait d'un moment où il était endormi. Elle lui glissait alors, sous la peau, un mince éclat de bambou qu'elle avait d'abord trempé dans son propre sang. Pour être certaine qu'il ne se réveille pas, elle lui faisait boire auparavant une décoction de pétales de pavots...
" Bon d'accord. Et alors...
" Alors, ce vieux monsieur va mourir...
" Ah bon. Vous savez ça vous? Alors que nous nous demandons de quoi il souffre, que tous les résultats des analyses et autres sont bons, vous, vous savez qu'il va mourir. Vous êtes voyante ou quoi..?
" Non! Mais selon mon aïeule, celui à qui on avait fait cela pouvait vivre toute sa vie avec une autre femme sans que cela le gêne. Mais ce petit bout de bambou était là pour toujours et au moment où l'amoureuse sentirait le moment de sa mort venir, elle viendrait chercher son amant. Pour qu'il l'accompagne dans le grand voyage. Tout à l'heure, quand vous avez appuyé sur la petite cicatrice, il a murmuré quelque chose que, sur le moment, je n'ai pas compris. Maintenant je suis sûre qu'il a dit MY LAÏ...
"My Laï? Ça signifie quoi cela?
"Je ne sais pas bien, plus personne ne parle vietnamien dans la famille. Au bout de quatre générations... C'est peut-être un prénom ou alors ça veut dire "chérie". Je ne sais pas."
Durant tout ce temps le Docteur Valentin n'a pas dit un mot. Il est resté songeur et semble abîmé dans une profonde réflexion. Il tient la main du vieil homme dans la sienne et semble compter. Soudain, comme s'il se réveillait, il dit d'un ton neutre: "Robert, tu veux bien venir dans mon bureau. Vous, Nicole, vous allez rester près de ce patient. Ne le quittez pas, sous aucun prétexte. Et tenez -moi au courant de ce qui se passe".
En rentrant dans son bureau, Valentin se tourne vers son collègue et lui dit : "Je ne sais pas si nous avons bien fait de retirer ce petit bout de bambou. Depuis que c'est fait j'ai l'impression que notre malade va moins bien... "
" Non mais, qu'est-ce que j'entends là? Mais tu deviens fou ma parole. Il suffit qu'une jeune femme te raconte une histoire à deux balles pour que tu t'imagines que... Non mais, où est le cador de l'Université, de la Fac de Médecine... Le chouchou du professeur Langlois qui ne jurait que par ton esprit de synthèse et la sûreté de ton diagnostic. De ton pragmatisme aussi! Un futur patron, un savant, un génie de la science hospitalière qu'il voyait en toi. Mais tu ne vas tout de même pas croire à ces conneries de superstitions? Hein! Tu ne vas quand même pas croire à ses billevesées, j'allais dire à ces chinoiseries. Pas toi!"
Il a terminé son laïus en criant presque...
La porte s'ouvre brusquement et la jeune infirmière leur dit d'un ton navré: "Le patient du 22 vient de mourir..."
La fille du vieux monsieur confirmera que son père avait fait partie du corps expéditionnaire d'Indochine dans les années 50. Tout ce qu'elle savait c'est qu'il avait été chef de poste dans un village des Hauts Plateaux. Elle a trouvé un jour, par hasard, dans un vieux livre, une photo de femme. Une jolie femme aux yeux bridés. Au dos de cette photo, jaunie par le temps, il y a écrit, de la main de son père, MY LAÏ...
Séduit par cette curieuse nouvelle, François LÉGER a offert son dernier ouvrage - "Il n'y a pas d'âge" - au lauréat de ce concours, un lauréat à découvrir ci-dessous...
Jacques DEFOLIE: un auteur éclectique...
Par François LEGER
N'allez surtout pas croire que l'auteur de la "nouvelle" ci-dessus se cantonne dans cette forme d'écriture même s'il affirme avec force : "J'aime écrire des nouvelles. Ce style d'écriture me permet de conclure une histoire en quelques pages alors que j'ai fait quelques essais de romans restés sans suite". Une affirmation qui, bien évidemment, a stupéfait le nouvelliste que je suis car je pense, justement, que cette forme d'écriture a des règles très rigides qui ne permettent pas à l'auteur de "se laisser aller" sur le plan littéraire. Lorsque, maintenant - après avoir publié trois recueils de nouvelles (soit une cinquantaine de nouvelles!) - , je me mets à écrire, je n'ai plus envie d'être prisonnier de cette forme d'écriture et ai - comme on dit aujourd'hui - bien plutôt l'envie de < m'éclater >. Ceci prouve une fois de plus que chaque homme a ses amours...
Non, Jacques DEFOLIE, à la veille de devenir une plume octogénaire, est tout à fait éclectique tant dans ses lectures que dans ses écrits.
De fait, l'heureux lauréat de ce concours de nouvelles, un cadre commercial à la retraite ayant passé près de vingt ans dans l'armée de l'air, explique ainsi sa vie d'auteur: "J'écris depuis environ dix ans... après que l'on m'a offert un ordinateur pour mon anniversaire". Et, d'expliquer qu'il a fait des nouvelles, des contes de Noël, des poèmes et quelques fables avant d'ajouter: "J'ai également <commis > deux saynètes destinées à être jouées, pour la Fête de Noël, par les enfants du catéchisme de la paroisse protestante de Privas".
Passionné d'aviation - Tiens! Tiens! -; de lecture - Ô étonnement - mais aussi de musique classique et de théâtre (avec une petite préférence pour celui dit "de boulevard"), Jacques DEFOLIE a tout de même une particularité: celle d'écrire en français et en picard... "qui est ma langue régionale" dit-il. Particularité qu'il confirme en expliquant: "Je souhaite voir les langages régionaux enseignés - que ce soit le breton, le corse, l'occitan ou encore l'alsacien - car c'est pour moi un patrimoine qui est en train de disparaître."... Sachant cela, on ne s'étonnera guère de l'entendre expliquer: "Je suis venu à la nouvelle en français après avoir écrit des anecdotes et des nouvelles en picard." Et, de préciser : "L'une d'elles a reçu le troisième prix du Grand Prix de la Nouvelle en picard de l'Office Régional de Picardie en 2006.... D'ailleurs, plusieurs de mes anecdotes ou historiettes ont été publiées dans une revue tri-mensuelle entièrement en picard < Ch'Landron >..."
Il en est ainsi de la personnalité de Jacques DEFOLIE qui montre bien que l'on ne sait jamais qui est vraiment l'auteur d'un texte. D'ailleurs, pour revenir à cette nouvelle qui vient d'être primée et dont l'histoire se passe à l'endroit précis que nous montre Jacques DEFOLIE sur sa carte, vous pensez évidemment qu'il a en quelque sorte mis en scène une croyance de ce pays... Eh bien, pas du tout! M. DEFOLIE m'a affirmé que cette croyance n'existait que dans son imaginaire...
L'écrivain serait-il donc, devant sa page blanche, un autre personnage?
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22 juin 2009
Sainte-Croix-Volvestre
Le livre en campagne...dans l'Ariège!
Le troisième Salon du Livre d'histoire de Sainte-Croix-Volvestre se tiendra les 25 et 26 juillet 2009. Il sera principalement orienté vers un public jeune: bandes dessinées et contes historiques illustrés, destinés à faire prendre conscience du déroulement de l'histoire mondiale, nationale et locale y seront à l'honneur chez la plupart des auteurs, les éditeurs et les libraires présents avec les autres métiers du livre, relieurs, calligraphes, imprimeurs, relecteurs, etc. car - comme le précédent - ce Salon se veut " autour du livre". C'est son originalité et la source de son succès depuis 2005.
Un certain nombre de
conférences l'animeront.
On annonce en effet:
- Une conférence de Joseph Barthen: "Causes de la difficile émancipation du Monde ouvrier au XIX° et au XX° siècle". Joseph Barthen viendra du Jura. Il est l'auteur entre autres de "Histoire ordinaire d'un notaire de campagne", "Invasion et migrations" (aux Ed. Aéropage) et "Trois de 37 ou la pérennité de l'inégalité des chances en 2000" préfacé par Roger Bichelberger, retenu pour le prix Erckmann-Chatrian.
- Une intervention de Julenne Salvat qui a introduit la "Chasse au Nègre Marron" (1844) de Théodore Pavie, Edition de l'UDIR. Elle viendra de La Réunion et présentera l'histoire de ce beau département.
- Une conférence de Mathieu Aref, auteur notamment de "La Grèce, Mycéniens, Pélasges, ou la solution d'une énigme" qui traitera de la Grèce pré-hellénique.
- Une interrogation de Bernard Tissier qui viendra de l'Ain pour nous dire Pourquoi on a changé d'ère.
- Une intervention de François Léger qui viendra du Var pour traiter du thème "Journaliste et nouvelliste". François Léger est l'auteur d'un essai socio-économique (1999) et de plusieurs recueils de nouvelles.
Le public y trouvera une section régionaliste, dont occitane, importante. 
La liste n'est pas encore complète.
Ce Salon sera suivi d'une semaine de "Librairie temporaire" au cours de laquelle certains des auteurs présents dédicaceront leurs ouvrages. Cette semaine sera aussi l'occasion de nombreuses manifestations qui feront de Saint-Croix le pôle d'attraction de la vivacité culturelle du Volvestre: atelier d'écriture, récitation de contes occitans, projection du film "Marie-Octobre". Cette liste n'est pas limitative.
Bref, comme en 2005 et 2007, ce Salon sera une manifestation culturelle régionale qui "en campagne" s'ouvrira sur la France et l'Europe.
Un festival de joie culturelle en perspective...
Photos fournies gracieusement par M. Yves PAVIE. En haut à gauche, un calligraphe et en bas à droite une relieuse.
18 juin 2009
Comment être à sa portée ?
Un dimanche d'été fêtant la musique et les pères !
C'est le moment d'une pause pour les papas! Eux qui doivent être conscients de leurs actes quotidiens pour que leurs enfants ne risquent jamais d'être amers...
Par François LÉGER
Cette année encore, le premier jour de l'été sera fêté en musique et nous permettra de retrouver les cacophonies habituelles dans les rues puisque l'on ne demande pas aux gens de faire de la musique mais, pour ne pas avoir oublié cette magnifique phrase de l'un de nos anciens ministres de la culture, tout simplement "A chacun de descendre son instrument à la main dans la rue"!!!
Ainsi, le "chef" qu'était ce ministre de la culture s'est-il conduit comme ce mauvais père de famille qui envoie ses enfants jouer où ils veulent pourvu que, lui, père de famille irresponsable, ait la paix et que sa progéniture - heureuse et béate dans sa médiocrité - ne vienne pas réclamer quoi que ce soit!
Honnêtement, l'idée première de ce ministre n'était pas mauvaise, mais il eut fallu aller plus loin: aller plus loin, c'était faire découvrir la musique aux jeunes et moins jeunes, leur donner envie de prendre un instrument et se mettre à la portée de ces futurs musiciens en faisant les pauses nécessaires pour expliquer la partition...
Il en va d'ailleurs de même pour la partition de la vie que tout père responsable doit expliquer à ses enfants en leur précisant que c'est la clef de leur bonheur, mais leur expliquer en se mettant à leur portée... Car, chaque âge a ses notes noires, ses croches, double, triple, voire quadruple croches qu'il faut surmonter pour enfin parvenir à une note blanche qui annonce la pause... proposée par la baguette du chef.
C'est en quelque sorte la musique de la vie que chaque père doit faire appréhender à ses enfants en leur expliquant que l'on a sa partition à jouer et à respecter à tous les âges de la vie...
Quand papa en est encore à venir raconter une histoire à ses enfants, chaque soir, avant qu'ils ne s'endorment, le rôle de père est aisé mais tout de même essentiel! De fait, sans ces contes, ces histoires racontées par un père dont le travail l'empêche d'être omniprésent, les enfants n'apprendraient pas à rêver... Ah, ce rêve sans lequel il ne peut y avoir de vie heureuse car il faut bien comprendre que ce rêve est un moteur de la vie de chaque individu: c'est la carotte qui fait avancer l'âne... Alors ne privons pas nos enfants de ces contes et de leurs rêves, ou bien cessons de nous demander pourquoi il y a tant de drogués et de suicides chez les adolescents!!!
Aimer sans trop le montrer...
Le rôle du père est alors relativement facile car cet homme peut déverser tout son amour sur ses enfants qui, malheureusement, vont changer de peaux et devenir très vite des adolescents ayant leurs propres problèmes et en posant aussi de sérieux à leurs pères...
Que faire? Montrer à ses enfants qu'on les aime tout en maintenant les interdits, les diktats parfois incompris, mais simplement destinés à mettre ces adolescents devant ce que sera la vie avec ses dures lois et non pas pour les rendre malheureux ou répondre par un refus systématique... Pourtant, il faut être un papa conscient qui projette la vie de ses enfants dans demain, un papa qui donne l'éducation, un papa qui donne les clefs de lendemains heureux en permettant à ses enfants de poursuivre des études ou de bénéficier d'une formation, en un mot: leur assurer de ne pas entrer dans la vraie vie les mains vides. Mais, papa doit être ferme car, s'il peut donner des moyens pour réussir à ses enfants, il ne peut pas remonter ses manches pour eux et faire tout seul que ceux-ci ne soient jamais amers...
Difficile de jouer ce rôle et de garder en soi tout son amour pour ses enfants, cet amour qui se manifeste par ces actes responsables nécessitant une vraie discipline. Quand papa parvient à instaurer un vrai dialogue, les choses s'éclairent mais le problème est que, en ces instants, les enfants sont dans le présent alors que le père se projette dans leur futur...
Que faire? Se faire bien voir comme ce chef d'entreprise - particulièrement bien rémunéré - qui, pour être tranquille et ne pas s'occuper de son fils, lui donne tout ce dont il a besoin... Cet homme va parfois jusqu'à l'extrême en installant son grand garçon avec son amie du moment dans une magnifique propriété dotée d'une pièce d'eau où le cher fils pourra aller la pêche, seule chose dont il soit capable! Papa paie sans réaliser que, lorsqu'il disparaîtra, son fils sera bien amer de toutes les largesses de son père pour ne pas pouvoir s'insérer dans la vraie vie: celle que l'on assume soi-même...
Mais, si papa n'est généralement pas très ouvert aux bisous et aux câlins de ses "ados", il sera sensible, en ce dimanche, à un "Bonne fête papa", surtout si ce "Bonne fête papa" est prononcé de manière à ce que celui-ci comprenne "Bonne fête papa... Merci pour tout ce que tu fais pour moi"... Car, en ces moments là, il y a des non-dits qui sont presque aussi assourdissants que les musiciens d'un jour réunis dans la rue.
15 juin 2009
Textes couronnés...
"Jeux floraux" des Pyrénées Cathares : c'est l'époque... des lauriers!
Les "Jeux floraux" des Pyrénées Cathares (département de l'Ariège) dont nous avons publié ici le règlement de cette année 2009 ont trente-trois années d'existence! Pourquoi ce nom de "Jeux floraux"? Simplement en souvenir des sept troubadours qui créèrent, en 1323, le premier concours de poésie à Toulouse (31) et à la gloire de Clément Isaure.
C'est là un concours littéraire permettant à chacun de s'exprimer en poésie ou en prose et ayant l'originalité de laisser une place aux langues régionales. Et, au fil des années d'être devenu international...
Mais c'est maintenant l'heure de la remise des lauriers pour ces joutes littéraires qui ont attiré, pour ce crû 2009, quelque cent-vingt participants toutes catégories dont quarante-cinq pour les nouvelles.
Le jury - composé de M. Jean Lejarre, de Quillan (11); Mme François Maes, de Pamiers (09); Mme Ginette Fioré-Florens, de Brignoles (83); tous poètes émérites qui ont été Prince ou Reine des poètes - a eu beaucoup de peine à départager les textes. Aussi, en plus du premier prix, des diplômes ont été prévus pour encourager à persévérer les auteurs des textes remarqués.
Voici donc le palmarès complet de ces "Jeux floraux" des Pyrénées Cathares qui ont composé le trente-troisième concours littéraire international.
Reine des poètes: Mme Turello Mireille, Castelginest (31).
Prince des poètes: M. Michel Jean-Pierre, Jouy-le-Moutier (95).
Poésie classique
Prix Lucile Imbert-offert par Mme Granier, Castres (81).
Premier prix: Mirelle Turello, Castelginest (31): "Les chants de l'ombre".
Mention d'excellence: Michel Dachy, Canada: "A ma famille".
Mention d'honneur: Maria Torrelli, Bracieux (41): "Par coeur".
Mention spéciale: Athe Gracci, Italie: "Ce que j'aime" et Stéphane Meireles, Le Bouscat (33): "Hiver".
Poésie néo-classique
Premier prix offert par Françoise Maes, de Pamiers (09) : Jean-Pierre Michel, Jouy-le-Moutier (95): "Soirs de confidences".
Mention d'excellence: Annick Baulard, Béhéricourt (60): "Le paravent".
Deuxième prix offert par Ginette Fioré-Florens, de Brignoles (83): Paulette Thieurmel, Rennes (35): "Fragment d'infinité".
Mention d'excellence: Pascale Fink, Vouziers (08): "Le temps d'une danse".
Remarqué par le jury: Dominique Simonet, Bocé (49) : "Supplique à un poète".
Poésie libre
Offert par la municipalité de Montferrier-le-Lez (34).
Premier prix: Monique Berthaud, Bourcefranc (17): "Doux rêve de paix".
Mention d'excellence: Jeanine Arnaud-Médici, Saint-Jean-du-Falga (09): "Ailleurs" et Frédéric Roche, Toulon (83): "L'hombre d'un homme".
Remarqué par le jury: Christine Louvet, Bugarrach (11): "Salz à fleur de ciel" et François Pinaud, Beyssac (19): "Le vieil amant".
Haïkus
Offert par M. Armaing, Rieux de Pelleport (09)
Premier prix: Claudine Thibout-Pivert, Saint-Orens (31): "Encore l'automne".
Mention d'excellence: Guy Huludut, Vertou (44): "Fraternité".
Nouvelles
Offert par Fernande Bertrand, Toulouse (31)
Premier prix: Jacques Defolie, Veyras (07) : "Mylaï" . Cette nouvelle - qui sera publiée ici même le vendredi 26 juin a été très appréciée par l'auteur de ce site. C'est ainsi que François LEGER a décidé d'offrir son ouvrage "Il n'y a pas d'âge" à M. Jacques Defolie!
Mention d'honneur: Annie Rapin, Agen (47) : "Elagage"
Remarqué par le jury: Nadalette Betis, Versailles (78): "Et pourtant... Il tourne" et Marie Soumeillan, Villematier (31): "Passion ultime".
Mention: Elmie Romain, Paris : "Le chemin de Combelizane"; Mireille Garrigos, Saint-Vit (25): "Le loup et l'agneau"; Dominique Hoffer, Asnières (92): "Le rendez-vous".
Conte pour enfant
Offert par Simone Pons-Moulis, Verniolle (09).
Premier prix: Jean-Claude Ripoll, Auzielle (31): "Aliboron le petit âne".
Mention: Jacqueline Bize, Saint-Lizier (09): "Un délicieux voyage"; Béatrice Dassonville, Le Bouscat (33): "Le chat esprit".
Troubadour des Pyrénées
Premier prix: Henri Gabaude, Montgiscard (31): "A une elfe perdue".
Mention: Michèle Boyer-Caroti, Marseille (13): "Espoir"; Joseph Calvet, Perpignan (66): "La lettre"
Langues régionales
Prix Jeanne Nayrou offert par ses enfants en sa mémoire.
Premier prix: Jean Sarramea, Saint-Raphaël (83): "Reire Var"
Mention d'excellence: Robert Beltran, Pamiers (09): "L'home"
Remarqué par le jury: Lucette Bru, Lesparrou (09): "Funs de la tardor"; Jean Fabre, Pujols (47): "Sey un poeto amatur".
Francophonie
Prix offert par Patricia Zanluccki, Aubagne (13)
Premier prix: Vadim Rahmanov, Moscou - membre du club "L'oiseau bleu" - pour "A la lisière de la forêt".
Mention: Tatjana Pavlova - Ekaterina Averjyanova - Aleksandr Reider - Mariaya Fedulova - Nataljya Okentchit - Anatolii Panacetchkin.
Jeunes poètes scolaires
Ecole Affringues (62):
Premier prix: Minet Théo: "Le feu".
Mention: Jérémy Caux : "Le soleil"; Orlane Lemaire : "Mes quatre saisons"
Foyer socio-éducatif, Lycée Saint-Exupéry, Saint-Raphaël (83)
Premier prix: Eloïse Prim : "Sensation"
Mention: Gaia Solomos: "Le bruit du silence"; Paul Coursinaut: "Histoire d'amour"; Célia Laurenti: "Tu hantes mes jours"; Iris Cambra : "L'été"; Claire Cuisenier: "L'amitié".
Premier prix en langue espagnole:
Spouchetty Malin: "El amor"
Mention: Esther Hautot : "Los colores"
Jeunes poètes individuels
Premier prix: Omar Koussih, Rabat (Maroc) : "Je veux encore faire des chansons"
Mention d'excellence: Thomas Gennen (Belgique): "La flotte libre"; Nadège Legroux, Saint-Germain-en-Laye (78): "Amnésie"; Alice Jamet, Evreux (27): "Chanson humaine"; Simon Lahitette, Ledeuix (64): "Hiver".
Rendez-vous donc, le vendredi 26 juin, pour découvrir la nouvelle de M. Jacques DEFOLIE et faire la connaissance de celui-ci.
14 juin 2009
Une richesse à partager
C = Communiquer
U = Utilité publique
L = Lecture
T = Transférer
U = Universaliser
R = Renverser
E = Entreprendre
Mettre la culture à proximité des usagers.
La culture est une richesse, que tout individu porte en soi.
La culture est plurielle.
Amener des gens à l'Abbaye de Beaurepaire (Nord), c'est aussi les conduire dans un cadre architectural au sein d'un parc verdoyant et accueillant.
Il ne s'agit pas d'inculquer, mais de faire partager par cet après-midi festif.
Redonner goût à la lecture, booster des séquences mémorielles, sans pour cela provoquer un retour vers la scolarité.
Interpeller les gens avec de petits textes sur différents thèmes dans un accompagnement musical munis de supports visuels.
Redonner une conscience intellectuelle autre que la presse "People".
Dans un esprit de convivialité : apporter de brefs moments d'interrogation.
Diversifier le public pour étendre le partage sans discrimination.
Autour d'une table; crêpes, lectures et convivialité devraient être de mise.
L'auteur de ce site remercie le Service Culturel de la Ville de Somain (Nord) de son aimable autorisation de mise en ligne de l'affiche de cette manifestation.
11 juin 2009
Les parchemins ont-ils une âme ?
Contes d'un jardin extraordinaire
Par Daniel PAGNIEZ
XVIII) Une ténébreuse affaire
Troisième et dernier épisode: affaire classée
Le couteau multifonctions de Barbemousse eut vite fait de couper les liens. C'était bien Rackam, un peu étourdi, une jolie bosse à la tête et une blessure superficielle au dos, sans gravité.
-" Merci à vous tous: heureux de vous voir, les amis! C'était Koukou: il m'a pris en traître, par derrière, dans le dos et... aïe! Ma tête... J'ai dû perdre connaissance un bon moment. Il m'a traîné jusqu'ici, inconscient, avec un bâillon. Mon réveil a été pénible, j'étouffais, sans vous que serais-je devenu? Mais il a fui, je ne sais par où, le perfide tartuffe.
-"Je n'ai pas eu le temps de me défendre! Ça va aller! Ça va aller! Je vais me remettre... Je n'ai rien de grave et nous devons agir très vite maintenant!... "
Réflexion et action...
Rackam avait raison de vouloir agir au plus tôt, mais il oubliait cependant que l'attaque dont il avait été l'objet l'avait laissé un peu chancelant et lui avait ôté beaucoup d'énergie. C'est donc Barbemousse qui prit les décisions qui s'imposaient dans l'immédiat.
Les amis avaient tous besoin d'un peu de repos et la nuit devait porter conseil. Trottemenue envoya Trottinou vers leur logis pour y quérir la trousse médicale pour les premiers secours. Il fallait soigner Rackam. Le "Pull-over jaune et bonnet sans pompon" fila comme l'éclair et revint près de sa soeur avec le nécessaire. Notre "Pull-over bleu et bonnet jaune à pompon rouge", que nous connaissons si bien, prodigua ses meilleurs soins à Rackam.
Barbemousse dépêcha Ramona sur la montée vers Elliott qui n'en pouvait plus de se morfondre là-haut, rongé d'idées noires. Le rapport que lui fit Ramona ne manqua pas de "piquant" et soulagea Elliott qui avait comme instructions d'attendre le retour de Rackam à l'air libre. Les Ventraterre devaient se répartir la tâche de vérifier toutes les issues possibles et de se poser en sentinelles. Barbemousse était néanmoins certain que le Koukou n'était plus dans le sous-sol. Barbemousse se réserva une ronde de nuit dans le jardin et proposa un repos bien gagné pour chacun. Rackam abandonna l'idée de se mettre en chasse au cours de la nuit.
-" Tu as raison, il est urgent d'attendre.... Dès demain matin", dit-il à Barbemousse, "tu continueras ta surveillance dans ton labyrinthe avec tes amis. Quant à moi, à l'heure des premiers croissants, j'irai visiter les boulangeries du village avec Elliott pour les alerter sur les méfaits possibles du gredin. A cette heure, tout est fermé et Koukou doit se cacher en attendant le jour. Je te tiendrai au courant!"
Attendre, toujours attendre...
Rackam, soigné et encore quelque peu affecté par l'agression dont il avait été la victime, remonta auprès d'Elliott, non sans admirer encore au passage le spectacle magnifique de la grotte éclairée des mille petites étoiles des lucioles. Elliott était fou de joie et tout de même soucieux pour les blessures de son ami retrouvé...
Rackam le rassura et lui donna rendez-vous pour le petit matin. Il lui proposa de rentrer chez lui, mais Elliott préféra aller s'allonger dans son vieil hamac de l'appentis derrière la remise aux outils. Il serait sur place. Rackam regagna sa maison. Rougette - qui tournait sans cesse dans son salon - morte, elle aussi, d'inquiétude en raison de l'absence inhabituelle de son époux, apostropha sévèrement ce dernier.
-"D'où viens-tu Rackam? As-tu vu l'heure? Mais tu es blessé : qu'as-tu donc fait? Tu t'es battu? J'ai tout de même droit à des explications!"
-" Ce n'est rien, Chérie, ce n'est rien... Trottemenue m'a soigné..."
- "Et cette bosse? Es-tu allé boire?"
- "Non, ce n'est rien.... Figure toi que j'ai voulu épater les amis à la fin du jour; j'ai fait l'acrobate dans le grand sapin et - patatras - j'ai pris un billet de parterre! Mais, ils ont tous ri!"
-" Moi, je ne ris pas Rackam! Un jour tu te rompras le cou! Rubiette ne voulait pas s'endormir et je me suis fait du mauvais sang... Tu n'en feras jamais d'autres: je suis furieuse après toi! Trottemenue t'a bien soigné au moins? Je ne t'embrasse pas! Bonne nuit! Fais de beaux rêves... Si tu n'as rien de cassé!"
-" Non, tout va bien! Demain matin j'irai de bonne heure remercier Trottemenue, j'ai oublié de le faire et elle est si serviable!"
Rackam ne dormit pas, ruminant ses pensées. A la pointe du jour, remis de ses émotions, il retrouva Elliott, fin prêt pour reprendre la chasse au bandit. Elliott n'avait pas dormi non plus, secoué par les événements. Rackam lui dévoila ses intentions. Ils se dirigèrent vers la première boulangerie du village, la plus proche, "La Gourmandine". Ils croisèrent Barbemousse qui rentrait de sa ronde de nuit et qui n'avait rien vu de particulier. Il fut mis au courant de la démarche des deux compères.
Ils se présentèrent à leur arrivée chez les boulangers... Elliott et Rackam étaient bien connus dans le village. Quoi de plus normal, rien de surnaturel! Un de leurs clients leur avait tant de fois décrit les fabuleuses créatures du jardin de sa propriété que le rêve avait gagné les esprits dans le village et les boulangers rencontrés comprirent - sans être instruits du "charme" entourant la baguette magique - qu'un voleur risquait de venir les détrousser. Le nom de Koukou ne fut pas dévoilé. Mais ils remercièrent Rackam et Elliott pour l'avertissement. Ils notèrent un numéro de téléphone mobile, celui de Pain-Son (un concurrent... pas très concurrent!) pour prévenir éventuellement le jardin. Leur tournée terminée, nos deux amis reprirent le chemin du jardin et ils attendirent chez Pain-Son dans l'expectative d'un appel.
La journée se passa sans indice et sans mouvement révélateur. Les amis du jardin ignoraient alors que ce coucou de Koukou attendait que les événements se calment. Il avait trouvé refuge, bien caché dans le grand jasmin du jardin où Barbemousse n'avait su le découvrir. Il attendait son heure! Après le soir et la nuit à nouveau venue, le jardin s'endormit avec une pointe d'anxiété.
Hantise et attente
Pas de nouvelles le lendemain matin... Elliott revint chez Rackam qui, levé tôt, ne savait pas comment calmer son impatience. C'est Rougette qui lui ouvrit, surveillant l'attitude matinale de son époux.
-"Bonjour Elliott!... C'est toi? Si tôt? "
-" Excuse-moi Rougette. Je vous dérange, mais j'aimerais que Rackam vienne m'aider à rapporter une lourde pièce que j'ai commandée pour mon tricycle et qui doit arriver par le premier car du matin.."
-"Et ça ne peut pas attendre?"
-" J'ai peur que non... Il faut être à l'arrivée du car!"
-" Rackam! Tu savais tout ça bien sûr!..."
-" Euh! ...Oui Chérie! "
-" Décidément, chaque matin, maintenant, c'est le réveil à l'aube! Il se passe des choses bizarres. Tu n'as même pas pris ton petit-déjeuner. Rackam: tu as un rendez-vous!... Tu me caches quelque chose..."
-" Mais non ma Chérie... Ne sois pas jalouse...."
La veille, les deux amis, toujours en accord avec Pain-Son, avaient décidé, faute d'informations, de retourner dès potron-minet au village. Cette affaire restait sombre, sans dénouement et le temps passait dans les soucis et les craintes. Barbemousse aussi se caressait le menton, se "barbait" dans l'inaction et il salua les deux amis au passage en leur souhaitant meilleur résultat pour la journée.
Un voleur dans le pétrin, les victimes aussi!
Les premiers rayons du soleil commençaient à lécher les maisons du village de ses teintes roses lorsque Rackam et Elliott se présentèrent devant la première boulangerie. Une grande effervescence régnait devant l'entrée de "La Gourmandine". Quelques rares curieux à cette heure se pressaient devant les vitrines et un véhicule de la gendarmerie locale stationnait sur l'aire réservée aux voitures de la clientèle... Rackam et Elliott étaient figés d'étonnement et d'espoir. Soudain, la porte de la boutique s'ouvrit pour laisser sortir, devinez qui? Mais, Koukou, le filou, entre deux gendarmes! Sans ménagements, l'affreux Koukou fut jeté dans le véhicule qui démarra aussitôt en direction des cages de Draguignan.
Tout cela s'était passé très vite... Nos deux amis stupéfaits voulaient en savoir plus et entrèrent dans la boulangerie. La patronne en émoi les accueillit avec satisfaction et leur narra l'intervention.
-"Je venais d'ouvrir", dit-elle, "et j'ai immédiatement constaté un grand désordre sur mes présentoirs. La première fournée du matin était terminée, les hommes étaient sortis prendre leur café au bar, à côté... Mes vendeuses allaient arriver, j'étais affolée à la découverte de mon tiroir-caisse fracturé et le fond de roulement disparu... Ah! Il n'y avait pas grande fortune en caisse mais je pestais surtout pour les dégâts! Je n'osais pas ressortir de la boutique pour appeler à l'aide... Tout était fermé ici, sauf un fenestron sur l'arrière que j'ai trouvé cassé et que j'ai barricadé. J'étais certaine que le cambrioleur se trouvait encore à l'intérieur et j'ai eu très peur. J'ai appelé les gendarmes. Ils sont arrivés très vite et je leur ai demandé de fouiller le fournil...
"Un coup d'oeil par la porte vitrée donnant accès au fournil m'avait laissé apercevoir des traces suspectes dans la farine répandue au sol... Excusez-moi car je suis encore toute retournée... Les gendarmes ont rapidement découvert mon voleur, tapi derrière un pétrin... Et, il était armé! Il a tiré sur les gendarmes, sans les toucher, heureusement. L'assaut a été sauvage! ... Le bandit a été maîtrisé...
"Ouf! Et c'était ce coucou de Koukou qui ne cherche que le bien d'autrui! Vous auriez dû me parler de vos doutes!... J'allais vous téléphoner lorsque vous êtes arrivés"
-" Madame", risqua Rackam, "a-t-il été fouillé? Qu'avait-il sur lui? "
-" Oui, bien sûr, il a dû vider toutes ses poches. On a trouvé mes quelques billets et toute la petite monnaie, une boîte d'allumettes, une bougie, un long couteau, sa carte d'identité, des bouts de ficelle, une boîte de balles pour son revolver confisqué, un biscuit entamé, son mouchoir... Je crois que c'est tout!"
-" Il n'y avait rien d'autre? Pas de papier particulier? Il nous a volé un ancien manuscrit auquel nous tenons beaucoup, un genre de parchemin jauni!..."
-" Non, non, je vous assure, il n'y avait rien d'autre. D'ailleurs les gendarmes ont emporté toutes les pièces à conviction et ils auraient été intrigués par le document que vous cherchez!..."
Ne pas se laisser rouler dans la farine!
C'était trop bête! Koukou était mis hors d'état de nuire et la "recette magique" de Pain-Son semblait s'être évanouie! Rackam ne voulait pas en rester là. Il demanda à la boulangère de lui permettre de visiter son fournil où la lutte avec Koukou avait semé un grand désordre.
Avec mille précautions, Rackam et Elliott inspectèrent tout le local, accompagnés du boulanger et de son mitron, revenus à la hâte du bar voisin. Ces artisans ne comprenaient pas l'ardeur et le souci majeur de nos deux amis pour une chasse au trésor d'un document de peu d'importance pour eux.
Cependant la visite se faisait avec une grande volonté de satisfaire nos amis. Tout le local fut passé au peigne fin sans succès. Ils allaient cesser leurs longues recherches lorsque Rackam fut attiré par un sac de farine couché au sol. Il demanda de l'aide pour relever cette lourde poche de farine et... miracle! Le parchemin, sévèrement froissé, apparut là où Koukou avait dû le glisser, prêt à s'en servir après le départ des artisans, une fois leur première fournée terminée...
Rackam cria "Victoire! ", remercia le personnel de "La Gourmandine" et - fiers comme des "Léons" de l'île de paradis - nos deux enquêteurs s'empressèrent de rentrer au jardin... Barbemousse était chez Pain-Son à leur arrivée triomphale. Pain-Son était fou de joie... L'affaire ne fut pas ébruitée. Personne ne fut mis au courant d'une catastrophe évitée...
Rougette avait retrouvé le sourire de son Rackam. Barbemousse n'aurait plus à se cacher et allait proposer des excursions de rêve pour tout le petit monde du "Jardin extraordinaire" dans la grotte enchanteresse où les ténèbres s'effaceront chaque fois pour le plaisir des yeux.
En trois volets: de "TÉNÉBREUSE", "L'AFFAIRE" est devenue limpide!
Retrouvez Daniel Pagniez dans son jardin extraordinaire le samedi 18 juillet...
10 juin 2009
Juin
de l'année 2009
Par Maurice DUSSOL
Le Héron et le Destin
A l'opposé d'une fable de La Fontaine
Un jour, sur ses longs pieds, en longeant le courant,
Un tout autre héron, un héron conquérant,
Suivit à contre sens la fameuse rivière;
Celle où le vieux héron plutôt mal avisé,
Avait pris un chemin par trop improvisé
(Il n'avait semble-t-il aucune "marche arrière"
Et n'avait pas songé à faire des détours
Vers sa première proie, en remontant le cours).
Ce héron au long cou, chanté par La Fontaine,
Cet oiseau qui allait le long d'une fontaine,
A marcher vers l'aval, sottement obstiné
D'un maigre limaçon avait très mal dîné!
Mon deuxième échassier trouva, dès le début,
Le petit limaçon qui faisait sa prière...
Fidèle à son régime il le mit au rebut:
Un limaçon pour lui? C'était une misère!
Un peu plus loin, la tanche, en poisson trop curieux,
Vint frôler la surface et briller sous les cieux.
Elle obtint son mépris: elle était trop petite,
Indigne de nourrir un oiseau de mérite!
C'est pourquoi notre ami poussa plus loin sa quête,
Remontant le courant de l'aval vers l'amont,
Tel un preux chevalier pourchassant un démon
Il parvint, à la fin, aux lieux de sa conquête...
Il avait eu raison d'attendre plus longtemps:
Il vit dame la carpe "ondoyant" sous les ondes
Qui profitait gaiement des douceurs du Printemps,
Faisant "cent et cent tours" en de joyeuses rondes
Avec les grands brochets qui vivaient en ces lieux.
Après avoir dûment remercié les dieux,
Notre héron têtu fit un repas splendide
Dix fois plus copieux et plus revigorant
Que celui de l'oiseau, pas plus que lui stupide,
Mais qui, par l'autre bout, avait pris le courant.
Et ce "Mutos délolï" * que, pour l'Homme et la Bête,
Que l'on soit grand savant ou bien analphabète,
Les Heurs et les Malheurs dépendent du Destin:
Nous prenant par la main, nous menant au festin
En montrant les endroits où baigne l'abondance
Ou bien nous laissant choir pour hâter notre fin,
Démontrant envers tous sa morne indifférence,
Il nous laisse parfois, hélas, mourir de faim.
* A la fin de chaque fable, Esope annonçait la "morale" par ces mots que l'on peut traduire par "la fable démontre".
08 juin 2009
Coup de gueule...
Ce Droit de Vote que l'on abandonne!
Par Daniel PAGNIEZ
Parlons de ce Droit de Vote à l'abandon que d'aucuns chassent d'un revers de la main, de cette légion d'abstentionnistes irréfléchis qui font fi d'un pouvoir d'exception fondamental, de tous ces "pêcheurs à la ligne du dimanche" dénués de civisme, de ces citoyens qui s'étalent dans leurs balbutiements et bredouillent dans leurs mécontentements à longueur de journée sans user de leur droit d'expression dans l'urne. Je grogne contre cette attitude indigne et irrespectueuse envers ce pouvoir d'expression.
Je rappellerai aux amnésiques que, de 1791 à 1848, seuls les citoyens redevables d'un impôt direct avaient le droit de vote. En 1848, le suffrage universel masculin a été autorisé, sauf pour les militaires et 1944 a vu ce droit de vote accordé aux femmes. La fin de la seconde guerre mondiale a posé le retour du suffrage universel pour l'ensemble de la population, exception faite pour les militaires de carrière qui ont été les derniers citoyens à obtenir le droit de vote en 1945. Alors! Imagine-t-on aujourd'hui le seul droit d'aller voter aux seuls contribuables masculins? Interdire ce droit d'expression aux exclus conduirait à coup sûr à des révoltes de la rue avec ses barricades!... Comment oserait-on restreindre les Droits de l'Homme ? Je rejette ces citoyens étranges qui ne reconnaissent pas ceux qui ont lutté pour être reconnus dans leur droit d'électeur, qui ont arraché cette nécessité de fondement d'une meilleure Société plus démocratique.
Je râle contre ces râleurs à la conscience défaillante, contre leur négligente attitude dans leur civisme, contre leurs absences de décisions. Quels que soient l'enjeu et le mode de scrutin, mon regard porté vers l'abstentionniste, je dirais plutôt absentéiste, sera toujours sombre et réprobateur. L'abstentionniste, le vrai, celui qui aura signé le registre des inscrits au bureau de vote aura ma considération. Il aura usé de son droit capital, même par son bulletin blanc. Quant aux autres, ceux qui, évaporés et ronchonneurs, se complaisent du clapotis du bord de leur cours de vie alors que certains font l'effort de modifier les remous du grand fleuve dit "tranquille", ceux-là me font râler. Ce ne sont que des profiteurs égoïstes de Société pris en défaut d'altruisme et de respect pour leurs anciens qui ont jeté des bases de démocratie... N'évoquons pas le cas de force majeure qui retient l'électeur éloigné des urnes.
Je ne suis pas pour le vote obligatoire et sanctionné pour indiscipline. La contrainte serait la pire des choses envisageables. L'adulte doit rester adulte et maître sensé de son comportement sans entrave à sa liberté d'action. Mais que diable! Ce n'est pas une galère d'aller voter! Des générations vont suivre: quel regard porteront-elles sur une désinvolture d'avenir de certains de leurs géniteurs? Construire ou modifier ses lendemains est une obligation et ce droit de vote est un trésor trop écorné aujourd'hui.
Je râle contre le désintérêt des absents, contre leur manque d'effort à se manifester par un déplacement utile dans les opérations électorales. Leur passivité me désole. Et pourtant, leur avenir en dépend. Resteront-ils les éternels "assistés"? Ces "absents" n'ont aucun droit à la critique dans des orientations de gouvernance. Et pourtant la critique les occupera comme toujours!
05 juin 2009
Une journée pour une vie !
Inutile de me parler maman, je t'entends...
Je t'écoute depuis avant ma naissance et depuis que l'on dit que tu nous a quittés!
Par François LÉGER
En ce dimanche consacré à la Fête des Mères, aimable tradition sans véritable sens, il nous réchauffe le coeur de voir des enfants tout épanouis aller faire un gros bisou sur les joues de leurs mamans en apportant un petit chef-d'oeuvre confectionné de leurs mains avec l'aide de leurs institutrices... Ah, si cette démarche pouvait être l'ouverture à bien d'autres moments et actes d'amour envers cette maman qui a souvent donné beaucoup d'elle-même pour son enfant dès sa conception...
Car, en fait, pratiquement dès cette conception, l'enfant établit des liens d'amour très particuliers avec celle dans le ventre de laquelle il va passer les neuf plus beaux mois de sa vie terrestre. Le bonheur absolu en vérité puisque, dans son liquide amniotique, cet humanoïde n'aura pas à s'occuper des problèmes de chauffage, de son alimentation ou de sa protection puisque maman prendra alors tout en charge! En revanche, maman ne sait pas qu'elle va donner naissance à une sorte d'espion puisque, dans ce liquide amniotique dans lequel il baigne avec délice, cet enfant est à l'affût de tout: il entend maman et écoute papa et tous les visiteurs venant s'enquérir des nouvelles de sa maman. Il entend maman sans avoir besoin de l'écouter car il est bien placé pour connaître - avant qu'elle ne parle - les propos qu'elle va tenir! C'est un premier lien avec maman qui se développera ensuite ou s'autodétruira.
Dans sa bulle maternelle, s'il est un peu curieux, tout en étant dans le noir absolu puisqu'il manque de lumière faute d'électricité, cette électricité qui ne doit aucunement se propager dans l'ambiance familiale, le rejeton apprend aussi et surtout à voir avec son coeur ce qui le mène à gérer sa vie par des élans d'affection, mais aussi à ne pas tenir compte de tous ces propos qui relèvent de la bienséance ou de l'intérêt de la part de ceux qui les tiennent... Là, c'est une faculté que l'enfant développera ou ne retiendra pas sur cette terre où l'envie, la jalousie, la cruauté, la méchanceté et l'égocentrisme mènent le monde... Autant d'éléments déjà découverts dans le ventre de maman le menant à être un loup sur cette terre ou un "honnête homme"...
Pourquoi m'as-tu jeté dans la fosse aux lions?
C'est dire la petite vie paradisiaque de cet enfant qui ne peut malheureusement pas s'éterniser, sa maman devant tout de même - peut-être avec une once de regrets - le jeter dans la fosse aux lions dans une salle dont le seul nom est un horrible présage puisqu'il s'agit d'une salle de travail!!!
Toujours est-il que l'enfant, un beau petit Éric, est arrivé finalement sur le plancher des vaches, un petit Éric qui se souviendra de cette vie intra-utérine et du fruit des expériences qu'il a vécues dans sa cage dorée... C'est dire qu'Eric pourra à la fois demander à sa maman pourquoi elle l'a jeté si tôt dans la fosse aux lions et la remercier pour tous ces fruits de la vie qui sont en lui...
Comme la plupart des enfants, Éric ne manquera pas de souhaiter la Fête des Mères même s'il sait, sans en avoir jamais parlé avec sa maman, que cela ne fait que répondre à une coutume et non pas à un élan d'amour... Cet élan d'amour qui doit toujours être prêt à se manifester, car l'amour d'une mère et de son enfant est un amour de tous les instants de part et d'autre...
Éric a expliqué à sa maman - un peu incrédule - cette vie au cours de laquelle le foetus qu'il fut s'est développé, mais aussi les expériences qui ont été les siennes. Puis, maman a beau douter et douter encore, il est un moment où, par la force des choses, elle finit par se rendre compte qu'Eric l'entend la plupart du temps avant qu'elle ne prononce une parole... Dans l'ennui, maman n'aura jamais besoin d'appeler son fils pour qu'il comprenne qu'elle a besoin d'une main secourable....
Or, en ce dimanche de Fête des Mères - maintenant que maman est partie et regarde Éric du haut du ciel, assise sur un beau nuage blanc - celle-ci ose enfin lui dire qu'après le doute est venue la certitude. Certitude de cet amour profond qui n'a pas besoin de paroles pour s'exprimer et encore moins d'une journée spéciale...
D'ailleurs, encore aujourd'hui, Fête des Mères ou pas, anniversaire d'Eric ou pas, lorsque celui-ci a un problème, il sait qu'il peut compter sur maman et qu'il saura la comprendre même si, de là où elle est, elle ne peut pas lui parler... Vertige de l'amour maternel.
Mais tout ceci ne doit pas nous empêcher, en ce dimanche de Fête des Mères, de montrer l'amour que nous avons pour nos mamans! C'est merveilleux à condition de ne pas oublier, au fil du temps, qu'il n'y a pas d'amour profond qui ne se manifeste qu'une fois par an et qu'il faut fêter maman chaque jour: à quoi rimerait de lui apporter des fleurs une fois par an avant d'aller sur sa tombe ... une fois par an.
Ce ne serait plus la manifestation de l'amour, mais simplement, un geste libératoire de tout autre devoir...
