François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

01 juillet 2009

Dis-moi: où vas-tu, où nous emmènes-tu ?

                   LU POUR VOUS

                Par François LÉGER

"Le fait du prince" d'Amélie Nothomb: des héros et des situations très improbables...

"Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate": voilà une courte quatrième de couverture dont il ne faut pas trop chercher le rapport avec le contenu de l'ouvrage! Certes, on retrouve cette phrase dans le corps du texte mais elle n'apporte rien de plus - et rien de moins - que cette autre phrase: "Peut-être le secret d'une personne ne tient-il pas à ce qu'il y a à dire à son sujet"?

Encore que cette question eût été intéressante à étudier de la première à la dernière page de ce travail d'Amélie NOTHOMB dont on reconnaîtra l'énorme talent consistant à garder le lecteur en haleine malgré l'absence de ligne directrice dans un roman dont on ne saura finalement pas le rôle de l'un ou l'autre des personnages. Mais il est vrai que l'on ne rencontrera pas davantage le "fait du prince" annoncé sur la couverture de ces pages écrites avec dextérité par une princesse dont on ignore où elle nous emmène, mais que l'on suit avec avidité, avec la plus grande liberté et avec une curiosité dont une toute petite partie sera assouvie quand on refermera ce volume.Le_fait_du_prince

Toutefois, si l'on peut louer le talent de l'auteur de nous mener ainsi par le bout du nez, on peut regretter - à la fin de l'envoi ! - de s'être véritablement "fait avoir". Car, si l'on se laisse emmener tout au long de ces pages, il faut bien reconnaître que celles-ci ne nous apportent rien, : je n'ai rien trouvé là qui puisse enrichir mon esprit, mais bien davantage l'impression d'avoir été traité comme un être immature auquel on n' a pas besoin d'expliquer quoi que ce soit et qui n'a que de suivre!

On reste sur sa faim...

Car, si l'auteur nous emmène avec habileté faire une sorte de voyage dans des situations plus qu'improbables - avec des héros qui le sont encore davantage - en nous prenant en  mains à la fin d'une soirée pour nous lâcher en un autre lieu et un autre temps, il est assez désagréable de refermer un livre en se demandant finalement quelle histoire on a lue et en étant totalement incapable de décrire les personnages, leurs habitudes et leurs rôles... Il est toujours désagréable de rester ainsi sur sa faim...

Quel est le lien entre cette soirée mondaine et Olaf Sildur, cet homme qui demande à téléphoner et meurt brutalement chez Baptiste Bordave qui devient vite Olaf en ignorant tout de lui? On ne sait rien de ces êtres, comme on ne sait rien de Georges Sheneve, mais cela ne nous empêche pas de tourner les pages... Nous tournons d'ailleurs les pages d'un roman qui n'a finalement pas d'intrigue, pas d'histoire, si ce n'est les journées improbables avec Sigrid et le sablage de moult bouteilles de champagne... En un mot: l'auteur nous a rendus dépendants et passifs... Aussi passifs que ces téléspectateurs devant les yeux desquels on dévide un vague feuilleton ayant un "format" de quarante-cinq minutes avec une ou deux énigmes dont une au moins ne sera jamais résolue si toutefois on arrive à s'y retrouver dans cet embrouillamini!

Mais, attention, ici, il n'y a point d'embrouillamini, le seul problème est qu'aucun secret ne sera levé à partir de cette première page et qu'on laissera toute liberté de conclure au lecteur en terminant par ces deux phrases: "Sigrid contemplait interminablement la blancheur et je croyais savoir à quoi elle pensait. Pour moi, ce blanc était celui de la page vierge que j'avais conquise".

On l'aura compris, ce roman aurait dû porter le titre "Le fait de la princesse" puisque Amélie NOTHOMB ne fait que développer devant nous une histoire dont elle tire - seule - les ficelles en nous prenant pour des marionnettes... Elle le fait certes bien, mais il serait dommage qu'elle en abuse car le lecteur s'en dégoûterait rapidement.

"Le fait du prince"

Amélie NOTHOMB

170 pages - 15,90 euros

Éditions Albin Michel.

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