13 août 2009
La trilogie du bonheur
Dernier regard vers les frontispices des édifices publics
Vous avez-dit "Fraternité"? Mais qu'est-elle donc devenue: est-ce un mot ou une façon de se conduire?
Par François LÉGER
Certes, vous deviez vous y attendre: après vous avoir parlé, ici même, de Liberté et d'Egalité - deux mots qui redeviennent d'actualité, chaque année, à la mi-juillet et dont on se gargarise durant quelques jours - je ne pouvais pas oublier de vous parler de la "Fraternité"...
La "Fraternité" est en effet le troisième et dernier maillon de la chaîne qui pourrait constituer la trilogie du bonheur si ces trois mots ne descendaient pas des frontispices des édifices publics uniquement à l'occasion du 14 juillet et, pour certains anciens combattants et militaires de carrière, le 11 novembre et le 8 mai; si ces trois mots n'étaient pas seulement associés, dans nos esprits, à l'arrivée de notre drapeau tricolore et de celui de l'Europe aux frontons des édifices publics et de nombre de maisons dont les habitants ont encore une certaine idée de la France... sans oublier un jour férié! C'est tellement important un jour férié...
Trois mots associés, de moins en moins à notre hymne national, cette Marseillaise dont nombre des habitants de notre beau pays de France seraient bien en peine d'en dire le texte! Trois mots associés aux flonflons, bals populaires et festivals pyrotechniques ne concernant en rien la plupart de nos concitoyens dont beaucoup de jeunes n'ont seulement pas connu la "Fraternité d'arme" du fait de la disparition de ce fameux service militaire que les générations précédentes cherchaient à éviter, souvent par tous les moyens possibles et imaginables...
"Perte de temps" disaient, en ces temps pas si lointains, tous ces jeunes pour se dédouaner de ne pas aller servir la France, sans savoir qu'ils seraient alors privés de leur premier rendez-vous avec la "Fraternité"... Quand on se retrouve, d'un jour à l'autre - étudiants professionnels, demandeurs d'emploi professionnels, docteurs en médecine, avocats, ouvriers à la chaîne, chauffeurs-livreurs ou employés, etc. - dans une sympathique chambrée dans laquelle descend de temps à autre, sur le coup de minuit, un adjudant amateur de marches forcées qui fait un contre-appel et une inspection des lieux qui justifiera de décider de cette punition, on commence à comprendre qu'une union ne fera certainement pas la force, mais rendra certainement ce passage obligé moins pénible.
On s'aperçoit que l'on est tous égaux en droits et en devoirs devant tous les gradés qui sont bien décidés à "faire de vous des hommes" en vous expliquant: "Si vous étiez des types bien dans le civil, ici ça se passera bien; autrement, vous en baverez, on vous mettra au pas"...
On se retrouve tous égaux en droits et en devoirs et l'on s'aperçoit à plus ou moins long terme que la "Fraternité d'arme" a un vrai sens, ce sens que lui donne l'entraide entre tous! Quand on partage les colis, il n'y a plus d'ouvriers ou de travailleurs en col blanc, il n'y a que des "frères" qui sont tous pareils, ont tous les mêmes besoins, les mêmes souffrances et les mêmes joies... C'est la raison pour laquelle vous avez entendu parler longuement des "anciens" de leurs "copains de régiment" dont ils auraient manqué de faire la connaissance sans cette "Fraternité": c'est ainsi que des amitiés se nouent entre des gars qui font les trois-huit, les commis bouchers et des jeunes hommes que l'on considérera plus tard comme des nantis... Et, ces amitiés dureront souvent des décennies...
Cette "Fraternité" là est plus forte que la fraternité dans une corporation qui n'est généralement que de façade, une fraternité pour aller manger ensemble et qui n'a aucun sens face à la "Fraternité" qui est née d'une entraide en toutes circonstances... Ceux qui ont fait la guerre pourraient vous en parler beaucoup mieux que moi...
La "Fraternité" dans la politique...
Si, comme dans les situations évoquées ci-dessus, les habitants de notre pays voulaient bien ne pas faire remonter aux frontispices des édifices publics ces trois mots après usage lors des flonflons d'un 14 juillet, la vie serait tout de même bien plus belle, chacun pouvant user, sans abuser, de sa liberté en toute tranquillité et comprendre que cette égalité en droits de tous les hommes est bien agréable à connaître et à vivre.
C'est dire que la mentalité de notre pays aurait déjà beaucoup changé et que nos concitoyens seraient parfaitement aptes à comprendre ce qu'est la vraie "Fraternité", pas celle prônée par une ancienne candidate à la présidence de la République qui galvaude sa "Fraternité" dans les rencontres politiques en essayant de ressembler aux bons vieux curés de notre enfance...
Mais, il est vrai aussi que, lors de sa campagne présidentielle, cette candidate m'a également fait penser à un moment qu'elle était entrée dans les ordres tout en n'ayant pas bien compris sa démarche. Grosso modo, j'ai cru comprendre qu'elle allait de réunion publique en réunion publique pour être à l'écoute des Français et savoir ce qu'ils voulaient que nos dirigeants fassent...
Une démarche un peu curieuse, les hommes, ou les femmes, politiques ayant généralement déjà préparé un programme avant d'aborder la phase de rencontres avec les habitants... Une démarche d'autant plus curieuse que - fait du hasard ? - à chaque fois que je l'ai vue, à la télévision, intervenir dans un tel rassemblement, elle donnait la même réponse ... Un homme ou une femme lui soumettait une idée de loi: pas de problème, elle répondait à chaque fois: "C'est prévu dans le Pacte présidentiel" sur lequel elle s'appuyait comme si "Soeur Thérèse Point Com" avait, dans le disque dur de son ordinateur, les solutions à tous les problèmes de la police.
Mais à ce stade de la campagne, elle n'avait descendu des frontispices que les mots "Liberté - Égalité" en faisant également en sorte, d'après ce qu'ont rapporté nombre de journaux, qu'il y ait au moins une personne handicapée et en fauteuil roulant dans la salle à chaque meeting, cette personne à laquelle elle allait, en toute liberté, promettre l'Egalité... On a même vu cette candidate, lors d'un débat télévisé, aller tenir les mains d'un handicapé pour le réconforter et, certainement, lui faire des promesses qu'elle était certaine de tenir puisque, à son insu, les lois correspondantes avaient été votées deux ans auparavant...
La "Fraternité" dans l'adversité...
Mais, foin de politique pour passer à la vraie vie, la vie de tous les jours, une vie actuellement difficile.
Une vie difficile d'autant plus mal vécue par tous les Français qu'ils avaient été rassérénés sur l'avenir par les promesses électorales de l'actuel président de la République, un président qui avait fait des promesses face à des difficultés d'ordre structurel et qui s'est retrouvé devant des difficultés conjoncturelles d'une ampleur absolument inattendue et énorme.
Une crise dans laquelle tous les Français devraient faire descendre le mot "Fraternité" des frontispices car, on a besoin de cette "Fraternité" pour en sortir: ce n'est pas en continuant cette campagne orchestrée par certains médias qui ne voient que tout ce qui est noir que l'on s'en sortira... Ce n'est pas en n'osant pas montrer certaines richesses que l'on aide obligatoirement tous nos "frères": il est incroyable de voir de grandes entreprises ayant prévu depuis des mois le financement de certaines campagnes de promotion avec repas, cocktails, etc... y renoncer par peur des réactions "populaires"... Incroyable qu'elles y renoncent car c'est autant de traiteurs qui perdent des marchés, autant d'employés et de serveurs qui n'ont pas de travail...
La "Fraternité" n'est-elle pas, pour tous, de comprendre que ceux qui en ont les moyens ne doivent pas hésiter à faire tourner la machine? La "Fraternité" n'est-elle pas de penser que les "augmentations de salaires" ne sont pas vraiment une solution et ne pourront en aucun cas "donner du pouvoir d'achat"... Le calcul est simple: j'augmente les salaires, donc j'augmente mon prix de revient, ce qui m'oblige à augmenter les prix de vente en ... reprenant ainsi ce "pouvoir d'achat donné"... et en donnant, en plus, un coup de pouce à l'inflation!
La "Fraternité" n'est-elle pas de laisser travailler quand ils le veulent, y compris le dimanche ou à la Sainte Trinité, ceux qui le souhaitent: tous ces gens qui, gagnant plus, dépenseront plus et aideront à la remise en marche de la machine...
C'est d'ailleurs bel et bien pour remettre du charbon dans la machine à vapeur - ce qui est tout de même mieux que de brûler du café dans les locomotives comme lors de la crise de 29 - que tous les taux d'épargne ont été baissés dans l'espoir inavoué de dissuader les gens d'avoir un bas de laine... bien compréhensible quand on a peur du lendemain.
Dans le même temps, mettons-nous dans la tête que la mondialisation est là, ce qui engendre la nécessité d'une "Fraternité" dépassant nos frontières...
Arrêtons-nous alors quelques instants pour relire cet extrait de "La Marseillaise de la Paix" d'Alphonse de Lamartine:
"Et pourquoi nous haïr et mettre entre les races
"Ces bornes ou ces eaux qu'abhorre l'oeil de Dieu?
..." L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie;
"La Fraternité n'en a pas!".
Peut-être est-ce un peu trop demander dans un pays où chacun ne cesse pas de se regarder le nombril, mais il serait temps, pour le moins, d'adapter ces propos à notre pays et d'en faire notre religion: "Fra-ter-ni-té" comme disait une femme politique...
Notre illustration - montrant combien la "Fraternité" est quelque chose de grand dans les moments difficiles - a été sortie d'une collection privée dont nous remercions le propriétaire.
Commentaires
"La Fraternité"existe toujours mais sous une autre idendité selon la classe dans la société.Il y a celle chez les grévistes qui défendent leur gagne pain, celle des sans abris, des créve faim,des descriminés. N'oublions celle des hordes de loubards qui détruisent gracieusement certains quartiers. J'ajouterais celle de la morgue, j'entends par là les victimes des drogues.Mais mon commentaire ne serait pas sain si je ne parlais pas des gros bonnets qui pour leur bien se crahent à la figure dans tous les médias ,"utopie" en réalité, ils sont bien assis dans leur fauteuil, se serrent bien les coudes et ne vous avisez pas de les dérangeaient.La fraternité c'est le respect d'autrui et de soi, lors de la dernière canicule certains ne sont même pas revenus de vacances pour le décés de leur aïeul! FRATERNITE ???
Fraternité ou solidarité?
Cher ami lecteur,
Merci de votre fidélité et de votre commentaire.
Cependant je dois vous donner mon sentiment concernant ce dernier en vous disant que les exemples que vous citez sont des exemples de SOLIDARITE et non pas de FRATERNITE...
Quant à votre conclusion, je pense qu'il ne s'agit pas de FRATERNITE mais de LIBERTE ou d'EGALITE (deux thèmes traités les 11 et 23 juillet)...
Bien évidemment, je reste ouvert aux commentaires que vous pourriez faire.
Avec mes sincères sentiments.
François LEGER
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