28 septembre 2009
Cratères bienfaisants
Avec Maurice DUSSOL
LAVAGNES
Sous le ciel du Midi sommeillent les lavagnes,
Oasis des lappiaz, défiant la Raison,
Du paisible berger nécessaires compagnes
Plus utiles pour lui que son humble maison.
Couronne de blancheurs sur leurs inclinaisons
Quand le soleil d'été vient brûler la campagne
Et que ses traits de feu transpercent les toisons
Le troupeau, lentement, glisse vers l'eau qui stagne.
Pour le flot transhumant qui vient de la montagne
Et quitte loin de lui la calme frondaison,
La draille empoussiérée aurait l'aspect d'un bagne
Si ne s'y rencontraient lavagnes à foison.
Cratères bienfaisants, sources d'exhalaisons,
Chapelet ancestral de Provence à Cerdagne,
Cyclopes dont l'oeil vert a vu tant de saisons,
Monuments du passé plus vieux que la tour Magne,
Sous le ciel du Midi sommeillent les lavagnes.
25 septembre 2009
Ne bouleversez pas votre vie pour autant...
Petite(s) Folie(s) et grain de fantaisie pour le 4° Concours de Nouvelles de nos amis belges d'Antoing...
Le quatrième Concours de Nouvelles organisé par le Comité des usagers du Centre de Lecture publique d'Antoing, avec le soutien de la ville d'Antoing, aura pour thème cette année "FOLIE(S)".
En voici le règlement complet.
Art.1: Le concours est réservé à tout auteur d'expression française âgé de 15 ans et plus.
Art.2: Le thème retenu pour l'année 2009-2010 est "FOLIE(S)".
Art.3: Deux catégories d'auteurs sont fixées: jeunes, 15-18 ans (né entre le 01.01.1991 et le 31.12.1994); adultes, plus de 18 ans (né avant le 31.12.1990).
Art.4: Cinq nouvelles sont récompensées, soit
- Dans la catégorie jeunes: 1er prix, 250 euros et deuxième prix : 125 euros.
- Dans la catégorie adultes: 1er prix, 500 euros; deuxième prix: 250 euros et troisième prix: 125 euros.
Art.5: Les oeuvres présentées ne devront pas avoir été publiées.
Art.6: La sélection portera sur la qualité de l'écriture et l'originalité avec laquelle le sujet est traité.
Art.7: Le texte ne pourra pas compter plus de 20 000 signes, soit dix pages dactylographiées en double interligne.
Les oeuvres doivent parvenir, en SEPT exemplaires, pour le 31 décembre 2009 (cachet de La Poste faisant foi) au Centre de lecture publique - Concours de Nouvelles, 27 Rue du Burg, 7640 ANTOING (Belgique).
Art.8: Les auteurs signeront leur oeuvre à l'aide d'un code composé d'une lettre suivie de trois chiffres, eux-mêmes suivis des six chiffres de la date de naissance (j/m/a). Exemple: S357 (le code)- 12.04.72 (date de naissance).
Ils joindront une enveloppe cachetée contenant leurs véritables identités (nom, prénom, adresse, téléphone, mail, date de naissance) ainsi qu'une brève notice biographique ET le rappel du numéro codé.
Art.9: Le droit d'inscription est fixé à deux euros. Cette somme est à glisser dans l'enveloppe cachetée.
Art. 10: Le jury, composé de personnalités choisies pour leurs compétences dans le domaine des lettres, de la culture et de l'enseignement, est souverain dans ses décisions.
Aucun de ses membres ne pourra participer au concours sauf s'il renonce à son mandat.
Art.11: Tous les participants renoncent à des droits d'auteur et s'engagent à ce que leurs oeuvres puissent être publiées par le Comité des Usagers du Centre de Lecture publique.
Les lauréats recevront cinq exemplaires du recueil.
Art.12: La présence des auteurs primés est obligatoirement requise lors de la remise des prix officielle qui aura lieu au mois de mai 2010. En cas d'empêchement, ils pourront toutefois se faire représenter.
Art.13: Le concours fera l'objet d'une couverture médiatique.
Art.14: La participation au concours implique l'acceptation sans réserves du présent règlement.
Pour tout renseignement complémentaire, contacter Anne HORY au + 32 (0) 69/44.17.36.
22 septembre 2009
Un peu d'humour...
Par Maurice DUSSOL
Les perles orales sont aisées à inventer, plus difficiles à récolter dans leur substantifique moelle en précisant leurs origines.
Alors, il convient de donner ici un glossaire pour tout savoir: D= député; JC= Jacques Chirac; M= ministre; MEN= ministre de l'Education nationale; Pub= publicité; SP= speaker...
Maintenant, régalez-vous... Les commentaires de Maurice DUSSOL (en caractères gras) ne manquent pas d'humour... non plus!
Le TGV végétait dans cette région (M). A lire à haute (et intelligible) voix.
C'est pareil à Paris, dans tous les hôpitaux en province et en France (D). Même en région parisienne?
Coupe du Foot... Un speaker en transes: "Il y a beaucoup de joueurs dans la surface de réparation, ils sont six, presque sept" (SP). Ce speaker a bonne vue: il a même vu le cul-de-jatte.
Archimède qui a mis le feu avec ses miroirs à la flotte grecque devant Troie (D). Cette affirmation ne vaut pas un pet de cheval... de Troie.
C'est moins pire que le week-end dernier (SP). Mais ce n'est pas plus mieux.
Vous allez voir! Fermez les yeux (Jacques Martin). On voit bien mieux avec les yeux qu'avec la Foi.
On ne peut pas parler d'art sans passer sous silence l'oeuvre de ce sculpteur (SP). Pourtant les grandes émotions sont muettes.
On avait porté plainte pour subordination de témoins (SP). C'est un scandale cet acharnement contre les subordonnés!
Inondations 1995, un sinistré à la Télé: "Les outils sont dans l'eau, les machines sont dans l'eau, les bureaux sont dans l'eau, c'est une perte sèche!" (SP) Séchez donc vos pleurs !.
Le blessé a eu l'artère féodale touchée et on parle d'imputation par les médecins (SP). On a fait des progrès depuis le Moyen-âge.
Déchirée à coups de crocs, la fillette demeura dévisagée toute la vie (SP). Perdra-t-elle la face même avec des figurants ? .
Le Père Gaucher chantait des chansons païennes (Jacques Martin). Alphonse Daudet les trouvait plutôt "paillardes" .
Il jouait avec un damier de 64 cases (SP). A mon avis, c'était un échec.
Nous avons été longtemps une société immobile qui reculait sans arrêt devant les difficultés (M). Seul un ministre, Peyrefitte, pouvait avoir une vision aussi claire des réalités.
Les hiéroglyphes que l'on peut lire sur la pyramide de la place de la Concorde... (Jacques Martin). Pauvre pyramide, elle a minci en grandissant! .
17 septembre 2009
Râ est son maître...
Contes d'un jardin extraordinaire
Par Daniel PAGNIEZ
XXI) La montre d'Elliott
... Il était une fois la découverte d'un étrange instrument qui devait conduire à améliorer le comportement et la sagesse d'Elliott envers tous ses petits amis du "jardin extraordinaire".
Selon son habitude, ce soir-là Elliott, notre dragon pansu, "remontait" de son île aux envoûtantes fragrances, porteur cette fois d'un sac de toile grise, une sorte de pochette de toile qui paraissait peser un certain poids. A sa sortie sur le jardin par l'arbre magique, Pickup, ironique, l'interpella:
- " Bonsoir, toi! Tu reviens encore de ton Eden avec une chose que tu as soustraite du curieux magasin des paires O.K. ! Mon cher Elliott, arrête de piller le bazar exotique comme tu le fais! Qu'as-tu encore dérobé de si lourd? "
- "Je n'ai rien volé!... Je t'assure, Pickup! J'ai... découvert une montre enfouie sous une multitude d'ustensiles hétéroclites, cachée par un enchevêtrement de branches de tamariniers, de bougainvillées et de jambosiers. Les gardiens des lieux m'ont autorisé gracieusement à revenir avec... Kolibri aussi était d'accord..."
- " Tu exagères Elliottt, tu abuses toujours de la bonté des paires O.K. Mais, dis-moi: tu ne vas pas me faire croire que tu as trouvé une montre apparemment aussi pesante et d'une telle dimension! Aurais-tu la folie des grandeurs? Tu as déjà une montre, nettement plus petite et d'utilisation très aisée, ton "oignon" selon toi, qui somnole en bout de chaînette dans le gousset de ton gilet..."
- " Tu as raison, mais ma trouvaille est exceptionnelle... Excuse-moi, il est tard : je rentre chez moi et je vous présenterai à tous, dès demain matin, ma découverte!"
La dernière extravagance d'Elliott fit bien vite le tour du jardin et, le lendemain matin, le tricycle grinçant se présenta très tôt dans le cercle des petits amis avec son propriétaire et l'énigmatique sac de toile. On s'était rassemblé en curieux autour de l' "inventeur" d'un nouveau trésor. Avec lenteur et précautions, Elliott - qui voulait produire assurément des effets d'illusionniste - sortit de la sacoche grise une grand pierre plate, ocrée, rectangulaire et bizarrement gravée de treize chiffres arabes se succédant en arc de cercle de gauche à droite en passant par le bas du support: 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 1, 2, 3, 4, 5, 6.
Comment "voir" s'écouler le temps?
- " Tu nous prends pour des idiots Elliott, s'écria aussitôt Rackam, sans en avoir jamais vu, mais entendu parler comme l'un des premiers objets créés pour mesurer l'écoulement du temps: il s'agit là d'un cadran solaire! N'est-ce pas les amis? Mais nous voilà bien embarrassés car nous ne savons pas comment cela fonctionne! A moins que toi ?..."
- " Je n'en sais guère plus que vous, répliqua piteusement Elliott, c'est Kolibri, sur l'île, qui a évoqué pour moi ce nom de "cadran solaire" quand je lui ai présenté ce que j'avais sorti de la poussière... Il m'a simplement dit que, avec cela, je pourrais toujours connaître l'heure sans avoir recours à mon "oignon" et que cette montre-là, inusable, ne se déréglait jamais, ne nécessitait pas de remontoir: qu'il suffisait de mettre la pierre au soleil et de lire les chiffres "arabes"! Au fond du sac, il y a aussi une sorte de bâton, un "style" comme m'a dit Kolibri, à glisser dans l'alvéole du haut du cadran. Peut-être qu'avec cet accessoire... "
La "pierre" plate fut posée sur le sol et le "style" introduit dans le trou aménagé sur la partie supérieure mais tous restèrent incrédules et narquois en examinant cette "horloge" d'un autre temps qui se refusait à s'exprimer.
-" Ta < montre > ne fonctionne pas cher Elliott: il ne se passe rien... Notre ami Kolibri t'a fait une blague! Que viennent faire ici ces chiffres - que tu dis < arabes > - évoqués par ton compère de l'île? Ce sont des chiffres que nous connaissons tous, semblables à ceux de ton oignon. Assez de propos frivoles!"
Les quolibets fusaient de toutes parts.
-" Attendez, intervint Rackam, nous ignorons comment l'utiliser... Je sais, car j'ai lu dans mes livres que ce vieil objet avait des fonctions éternelles, que des civilisations l'avaient utilisé pour connaître la marche du temps par le soleil... Attendez! Je pense soudain à Ibis l'Egyptien, le Sage de l'île... Lui seul doit être à même de nous aider dans le mode d'emploi... Je suggère que Pickup aille tenter de l'amener à nous... Qu'en pensez-vous? Voudra-t-il < monter > vers nous?... Il est si vieux! ..."
Pickup fut alors dépêché sur l'île et il revint au jardin en un temps record accompagné du grand Sage, lequel, malgré son grand âge et sur les explications de Pickup, était surtout navré par le < prélèvement > d'Elliott... Il arriva un peu courbé dans son élégante tunique chatoyante, soutenu par Kolibri, appuyé sur une solide canne noueuse, au pommeau couronné d'une mire centrale à rayures surmontée d'un disque solaire, attribut porté par Osiris. De suaves senteurs de fleurs et d'épices l'accompagnaient encore et faisaient chavirer Riquette...
Ne perdons pas de temps...
Pourtant, le maître se mit à parler: "Mes amis du < jardin >, je ne suis pas très satisfait de votre manque de savoir, mais je ne vous en veux pas, ni pour l'escapade d'Elliott pour sa découverte que, de toutes façons, je vous offre finalement très volontiers! Seulement, je suis désolé d'apprendre le manque de respect dont vous avez fait preuve envers cet objet, ce cadran solaire si vénérable... Je me doutais de l'existence d'un tel accessoire chez les paires O.K., sans l'avoir vraiment recherché ni trouvé! Enfin! Grâce à Elliott, il pourra revivre! Sachez cependant que cet instrument silencieux et immobile est un des plus anciens modèles connus et trouvés dans mon pays, l'Egypte. Il a été précédé par beaucoup plus grands que lui. Le premier cadran solaire date de 1 500 avant J.-C. Il était érigé dans mon Egypte et fait d'un obélisque semblable à celui qui trône sur la place d'une capitale que vous connaissez.
- " C'était en fonction de la position de son ombre portée sur une partie d'un demi-cercle dessiné à sa base que l'on obtenait la course des heures. Ce n'est qu'au XIV° siècle avant J.-C. qu'un mathématicien arabe - d'où vos chiffres dits < arabes >, les vôtres actuellement depuis longtemps - qu'un savant, dis-je, eut l'idée de planter un gnomon (un style ou un bâtonnet) comme vous voudrez, parallèlement à l'axe de la terre sur une surface plus réduite, pour montrer des heures d'égales durées. Le défaut du cadran solaire est de ne pas pouvoir identifier l'heure la nuit ou par temps couvert!..."
L'assistance était restée bouche bée devant le savoir et l'exposé d'Ibis. Un silence religieux s'était établi. Les arbres du jardin, eux-mêmes, avaient fait taire tout bruissement de leurs vertes parures... Ibis avait repris son cours magistral:
- " Quant à ces chiffres "arabes", venus de la nuit des temps, ils n'ont été transmis à l'Europe que vers la fin du X° siècle. Il faut aussi savoir que d'autres nombreux cadrans ont aussi été renseignés pas des chiffres de forme bâton, dits < romains >, venus de l'Antiquité et qui ont été employés jusqu'au XIII° siècle. Sans doute plus aisés à lire, surtout sur un socle, comme VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII, I, II, et la suite... Voyez, je vous les dessine rapidement sur le sol: cette écriture ne subsiste que dans quelques exceptions pour une datation, des repères en littérature ou... des heures d'horloge!... Je pourrai vous les faire découvrir plus longuement un jour... Rackam doit d'ailleurs les connaître! Mais, maintenant il y a urgence, il s'agit de faire parler cet < ancêtre > ! Apportez-moi une petite table et nous allons mettre le cadran en position verticale, bien calé le long de ce mur de pierre exposé plein sud, face au soleil... Vous allez être surpris..."
Et la surprise eut lieu... L'ombre du style se dirigea immédiatement sur le repère 11, sous le regard stupéfait des petits amis... Elliott fouilla nerveusement dans son gousset pour vérifier le miracle et déclara tout haut: "Mais... C'est faux, Maître! Je crois avoir l'heure exacte et ma montre indique 01 heure de l'après-midi..."
- " Pas du tout Elliott, le cadran est juste! Nous sommes en été et, durant sept mois, de mars à octobre en principe, pour certaines facilités de vie sur terre et d'économie d'électricité, depuis 1975 par exemple en France, toutes les horloges doivent être réglées avec deux heures d'avance sur le soleil et seulement une heure d'avance en période d'hiver!... Au mois d'octobre, on te demandera de retarder ta montre d'une heure et tu seras alors encore en avance d'une heure sur l'heure de l'astre Roi, soit celle du cadran! ... Tu sais cela? ..."
Un étrange message ayant traversé le temps!
Tout le petit monde du jardin exprimait sa joie et en avait oublié le déjeuner que d'ailleurs Pain-Son n'avait pas préparé, lui aussi en admiration devant le cadran solaire. Ils étaient tous là, immobiles à guetter la progression de l'ombre portée sur l'arc de cercle et le temps leur parut long et court à la fois lorsque cette ombre indicatrice se dirigeant vers la droite caressa le chiffre 12...
Ibis s'était assoupi sur une chaise. Barbemousse, Ramona et Trottemenue allaient quitter leur poste d'observation et, soudain, ne voilà-t-il pas, à l'instant précis où l'ombre franchissait ce chiffre 12 qu'un événement incroyable se produisit... L'ombre ne progressait plus! Le temps s'était arrêté tout net! Le soleil était pourtant toujours très présent sans aucun nuage dans l'azur... Un mystérieux déclic s'était alors fait entendre au cadran et curieusement, avec lenteur, un mystérieux couvercle du cadran avec ses chiffres et son bâtonnet s'ouvrit en pivotant sur la gauche...
Aux cris de Rackam médusé, Ibis se réveilla et l'assistance constata l'étrange comportement de leur < horloge >. Le couvercle ouvert, sur le fond de l'instrument était apparue une sorte de message écrit en caractères de l'ancienne Égypte, en hiéroglyphes! Stupeur générale...
Seul, Ibis, réveillé en sursaut sur son siège de repos, ne paraissait pas autrement surpris.
Le temps... de la sagesse!
Rackam s'inquiétait, Ibis le rassura vite.
- " Si je suis resté parmi vous assez longtemps, dit-il, la raison en est que je soupçonnais ce genre d'incident. Ne craignez surtout rien! Restez calmes et attentifs! Je vais vous déchiffrer l'étrange message".
Il s'approcha avec précaution de l'écriture, sortit de sa tunique une grosse loupe cerclée de teck et se mit à lire d'une voix lente et monocorde, avec soin et recueillement:
" RÂ... Mon Maître... couvrira... de gloire... celui qui aura eu ... la SAGESSE... de me ....réveiller".
Dès la fin de cette courte traduction, le couvercle se remit doucement seul en place et tous, dans l'émerveillement, purent voir l'ombre sur le cadran reprendre sa course vers la droite en rattrapant son léger retard.
-" Maître, expliquez-nous!..." osa demander Rackam.
- " Je n'ai aucune explication à vous donner... Sinon que ce cadran solaire possède quelques dons magiques et a lancé en remerciement une volonté majeure avec le mot < SAGESSE > !... Qui a redécouvert l'instrument endormi depuis si longtemps? Qui lui a permis de revivre sa vie de montreur des heures? Qui l'a sorti de l'oubli ?... Voyons, vous devez tout cela à Elliott, mais attention, le mot < SAGESSE > s'adresse donc principalement à lui!..."
Elliott était rouge de confusion. Lui, couvert de gloire? Il bredouilla quelques paroles et les petits amis comprirent qu'il voulait les assurer de son bon vouloir. Finalement, sur sa curiosité devenue une soudaine bonne action, malgré son besoin de toujours aller fouiller dans le bric-à-brac de l'île, dans ses habitudes de fureteur, le très respectable cadran lui avait adressé avec solennité un mot souvent galvaudé chez lui, le mot SAGESSE... Très fier, il savoura son plaisir et les félicitations jaillirent de tout le jardin. Elliott avait compris qu'il s'agissait là, en fin de compte, d'une bonne leçon de modération et de sage conduite qu'il respecterait beaucoup plus à l'avenir.
L'ombre du cadran solaire chevauchait maintenant le repère I: il était grand temps pour le pique-nique à ... 3 heures de l'après-midi... à l'oignon d'Elliott!
Retrouvez Daniel PAGNIEZ dans son "Jardin extraordinaire" le samedi 17 octobre...
14 septembre 2009
Ma nouvelle au Canada...
XX° Concours de nouvelles XYZ de la revue éponyme de Montréal (Québec)
Nous nous sommes fait l'écho, sur ce site, dès le dimanche 9 août, de la demande qui nous avait été adressée par un éditeur de Montréal de présenter le concours de nouvelles qu'il organisait, une demande que nous avions reçue avec plaisir parce qu'elle démontrait à l'envi que notre site est bel et bien connu - comme nous l'avons déjà affirmé - dans le monde entier, y compris Outre Atlantique! Quelle meilleure récompense souhaiter pour les trois compères travaillant bénévolement sur ce site avec toujours plus d'acharnement et de coeur?
Aujourd'hui, nouvelle récompense avec la demande similaire de la revue XYZ. La revue de la nouvelle de Montréal! Mais en plus de la récompense que cette demande est pour nous, voilà une joute littéraire particulièrement intéressante pour tous ceux qui se passionnent et s'adonnent à cette forme d'écriture.
De fait, avec les concours proposés par telle ou telle association française, ce nouveau concours canadien permettra aux jeunes nouvellistes de se mesurer avec des "spécialistes" de la nouvelle, type de littérature particulièrement prisé au Canada et dans tous les pays anglo-saxons. De plus, il est tout à fait évident que la direction éditoriale d'une revue et le comité de lecture d'une maison d'édition ne "lisent" pas et n'apprécient pas les manuscrits de la même manière.
Nous sommes donc très heureux d'être l'intermédiaire de cette revue en vous demandant de lire le règlement qui suit sans vous "affoler" avec l'article 4 qui nous a posé quelques problèmes règlés avec les organisateurs qui proposent deux solutions pour se procurer la revue (voir celles-ci après le règlement). Ces mêmes organisateurs nous ont donné la libre reproduction de leur logo sur ce site et nous les en remercions.
Allez! C'est parti et rapportez-nous de bonnes nouvelles de Montréal!!!
Pour la vingtième année consécutive, XYZ. La revue de la nouvelle lance son concours de nouvelles. Pour être admissibles, les nouvelles soumises devront remplir les conditions suivantes.
Article 1. Admissibilité: à l'exception des employés et contractuels de la revue, tout auteur, amateur ou professionnel est admissible au concours, incluant les lauréats des éditions antérieures.
Article 2. Type: les nouvelles doivent être inédites et rédigées en français. Le sujet est entièrement libre. Tous les textes devront comporter entre 7 et 10 pages (1 750 à 2 500 mots). Les textes, à raison d'un seul par auteur, devront nous parvenir dactylographiés à double interligne (25 lignes par page) et en quatre exemplaires.
Article 3. Date limite : la date limite pour l'envoi des manuscrits (le cachet de la poste faisant foi) est fixée au 31 décembre 2009.
Article 4. Identification: les nouvelles doivent être expédiées sous pseudonyme accompagnées d'une enveloppe cachetée contenant le nom et les coordonnées du participant. Pour ce faire, les participants doivent obligatoirement remplir le bulletin d'inscription original disponible dans les pages de la revue.
Article 5. Prix: à l'occasion de ce concours un premier prix sera remis.
Article 6. Publication des textes: l'auteur du texte gagnant accepte que sa nouvelle soit publiée dans XYZ. La revue de la nouvelle que vous pourrez découvrir sur le site www.xyzrevue.com .
Article 7. Dévoilement des résultats du concours: le nom du lauréat sera connu lors de la parution du numérod'automne 2010.
Article 8. Adresse du concours: les personnes intéressées sont priées d'envoyer leur texte à l'adresse suivante: Monsieur Nicolas TREMBLAY, Concours de nouvelles XYZ, 2065, rue Parthenais, bureau 404-B, Montréal (Québec) H2K 3T1 . Tél. (514) 523.77.72.
Les textes ne respectant pas ces conditions seront éliminés.
Pour vous procurer la revue, deux solutions s'offfrent à vous :
- Pour obtenir un bulletin d'abonnement ou acheter un exemplaire de La Revue (en sachant qu'après la commande, pour recevoir celle-ci, il faut compter 3 à 4 semaines) il convient de s'adresser par mail (info@xyzrevue.com) . Détail important : le prix d'un exemplaire est de 14 $ canadiens frais de poste inclus.
- Une solution parisienne puisque XYZ. La revue la nouvelle est distribuée et diffusée en Europe par la Librairie du Québec, 30 rue Gay-Lussac, 75005 PARIS. Tél. 01 43 54 49 02; mail: liquebec@noos.fr.
10 septembre 2009
Des mentalités à changer!
C'est la règle de toute société policée: nous avons des droits qui ne doivent en aucun cas nous faire oublier nos devoirs...
Par François LÉGER
Dans la recherche de la Connaissance plus particulièrement, je n'ai jamais cru au hasard et je reste persuadé que nous choisissons des livres et que nous nous trouvons en présence de différents documents en fonction de notre niveau d'évolution et de nos possibilités, à ce moment donné, d'en comprendre la substantifique moelle... Je crois que c'est ainsi que nous avançons dans cette recherche sans toutefois pouvoir atteindre notre but...
Aussi, alors que j'ignorais que je prendrais la plume pour vous faire partager mon sentiment venant en conclusion de mes récents articles ayant eu pour thèmes la liberté, l'égalité et la fraternité mis successivement sur ce site depuis le 11 juillet, un "communiqué" d'une page paru dans "Le Figaro Magazine" du dimanche 12 juillet a particulièrement attiré mon attention.
Ceci pour la bonne et simple raison que j'ai vu dans ce "communiqué" une sorte de synthèse, de résumé de ces trois articles et une idée force sur laquelle je pourrais m'appuyer sans faire rire qui que ce soit: l'affirmation que notre bonheur dépend beaucoup de chacun de nous. Ceci simplement parce que, dans toute société policée, comme je l'affirme souvent sur ce site, "si nous voulons avoir des droits, nous devons admettre que nous avons des devoirs à respecter impérativement". Arrêtons de toujours pleurer sur nous-mêmes et pensons un peu aux autres qui sont souvent bien moins bien lotis que l'on a tendance à le penser...
Mais avant de m'appuyer sur ce texte, bien que ce fût un texte publicitaire (comme la mention "communiqué" l'indique), il me fallait bien évidemment en obtenir l'autorisation du (ou des) auteur(s). De fait, si l'A.M.O.R.C. (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix) avait acheté cet espace dans "Le Figaro Magazine" pour faire prendre connaissance par le plus grand nombre de la "Déclaration rosicrucienne des devoirs de l'homme", ce texte n'en restait pas moins la propriété du mouvement A.M.O.R.C. Après avoir pris contact avec le service de presse de ce mouvement de pensée, je suis finalement entré en relation avec le Grand Maître tout en spécifiant qu'il n'était en aucun cas question de publicité sur ce site où j'oeuvre bénévolement - tout comme mes deux compères Maurice DUSSOL et Daniel PAGNIEZ - ce qui nous permet d'avoir une totale liberté de pensée et de plume.
Toujours est-il que le Grand Maître m'a donné son feu vert et adressé, en PdF, une sorte de manifeste qui ne manque pas d'intérêt mais sur lequel je serai très bref afin que personne d'entre vous ne puisse imaginer qu'il y ait ici la moindre propagande pour le mouvement A.M.O.R.C.: il est simplement des réflexions que j'ai faites ici et là qui se trouvent rassemblées de manière percutante.
Quand vous lirez ce paragraphe, tiré du manifeste A.M.O.R.C., "Notre conception de l'humanisme consiste à dire que tous les hommes devraient avoir les mêmes droits, bénéficier du même respect et jouir de la même liberté, et ce, indépendamment du pays où ils sont nés et de celui où ils vivent", ne retrouverez-vous pas là quelques idées que j'ai développées à propos du 14 juillet et de la signification des mots écrits sur les frontispices des monuments publics?
Toutefois, journaliste depuis plus de quarante ans, journaliste de terrain vivant au plus près des gens, je me suis aperçu, au fil des décennies, que la mentalité de nos concitoyens prenait un virage très désagréable: presque chaque homme et chaque femme de ce pays a vu, au cours de ce ces dernières décennies, son ego devenir démesuré et s'accompagner d'un égoïsme exécrable. Des choses que je n'ai pas manqué de mettre en exergue dans mes papiers précédents. Or, dans le prologue de la "Déclaration rosicrucienne des devoirs de l'homme" figure cette phrase: "Le bon fonctionnement d'une société dépend d'un juste équilibre entre les droits et les devoirs de tout individu", une idée frappée au coin du bon sens que j'ai souvent répétée sur ce site.
Malheureusement, cette évolution des mentalités que j'ai ressentie l'a été aussi par le mouvement A.M.O.R.C. qui écrit notamment: "A l'aube du XXI° siècle, nous constatons que, dans nombre de pays où la démocratie est devenue un acquis de longue date, les droits des citoyens priment sur les devoirs qui leur incombent en tant qu'hommes, de sorte que l'équilibre est, sinon rompu entre les uns et les autres, du moins très menacé. Craignant que ce déséquilibre ne s'amplifie et n'aboutisse dans ces mêmes pays à une régression de la condition humaine, nous soumettons cette "Déclaration des devoirs de l'homme " à tous ceux et à toutes celles qui partagent notre inquiétude".
Déclaration rosicrucienne des devoirs de l'homme
Et, de soumettre cette "Déclaration rosicrucienne des devoirs de l'homme":
Article 1: Tout individu a le devoir de respecter sans prévention les droits de l'homme, tels qu'ils sont définis dans la Déclaration universelle.
Article 2: Tout individu a le devoir de se respecter lui-même et de ne pas avilir son corps ou sa conscience par des comportements ou des pratiques mettant en cause sa dignité ou son intégrité.
Article 3: Tout individu a le devoir de respecter autrui, sans distinction de race, de sexe, de religion, de classe sociale, de communauté ou de tout autre élément apparemment distinctif.
Article 4: Tout individu a le devoir de respecter les lois du pays dans lequel il vit, étant entendu que ces lois doivent avoir pour fondement le respect de ses droits les plus légitimes.
Article 5: Tout individu a le devoir de respecter les croyances religieuses et les opinions politiques d'autrui, dès lors qu'elles ne portent atteinte, ni à la personne humaine, ni à la société.
Article 6: Tout individu a le devoir d'être bienveillant en pensée, en parole et en action, afin d'être un agent de paix sociale et un exemple pour les autres.
Article 7: Tout individu en âge, en état ou en condition de travailler, a le devoir de le faire, que ce soit pour subvenir à ses besoins ou à ceux de sa famille, pour être utile à la société, pour s'épanouir sur le plan personnel, ou tout simplement pour ne pas sombrer dans l'oisiveté.
Article 8 : Tout individu ayant en charge l'éducation d'un enfant a le devoir de lui inculquer le courage, la tolérance, la non-violence, la générosité et, d'une manière générale, les vertus qui feront de lui un adulte respectable et responsable.
Article 9 : Tout individu a le devoir de porter assistance à quiconque est en danger, soit en intervenant directement, soit en faisant le nécessaire pour que les personnes habilitées à intervenir le fassent.
Article 10: Tout individu a le devoir de considérer l'humanité entière comme sa famille, et de se comporter en toute circonstance et en tout lieu comme un citoyen du monde, faisant ainsi de l'humanisme le fondement de son comportement et de sa philosophie.
Article 11: Tout individu a le devoir de respecter les biens d'autrui, qu'ils soient privés ou publics, individuels ou collectifs.
Article 12: Tout individu a le devoir de respecter la vie humaine et de la considérer comme le bien le plus précieux qui soit en ce monde.
Article 13 : Tout individu a le devoir de respecter la nature et de la préserver, afin que les générations présentes et futures puissent en bénéficier sur tous les plans et voir en elle un patrimoine universel.
Article 14 : Tout individu a le devoir de respecter les animaux et de les considérer véritablement comme des êtres, non seulement vivants, mais également conscients et sensibles.
Epilogue
Si tous les individus s'acquittaient de ces devoirs fondamentaux, il resterait peu de droits à revendiquer, car chacun bénéficierait du respect qui lui est dû et pourrait vivre heureux dans la société. C'est pourquoi toute démocratie ne doit pas se limiter à promouvoir un "État de droits" (...). Il est impératif également qu'elle prône un "État de devoirs", afin que tout citoyen exprime dans son comportement ce que l'homme a de meilleur en lui. Ce n'est qu'en s'appuyant sur ces deux piliers que la civilisation pourra assumer pleinement son statut d'humanité".
Voilà qui corrobore pleinement mes articles sur la liberté et l'égalité, mais aussi sur la fraternité qui est le troisième élément de la "Trilogie du bonheur" dans le Pays des Droits de l'Homme.
De plus, il est tout à fait évident que cette déclaration rosicrucienne est pour moi tout simplement du bon sens et l'humanisme qui devrait habiter chacun de nous. C'est dire qu'en publiant cette déclaration, je ne me sens en aucun cas impliqué dans le mouvement A.M.O.R.C. que je respecte et remercie de m'avoir autorisé à me servir de certains de ses documents.
Enfin, comment pourrais-je ne pas tremper de nouveau ma plume dans l'encre en pensant aux articles 7 et 8 puis 11 et 12 plus particulièrement? Mais, avant cela, je laisserai du temps au temps avec l'espoir que certains visiteurs de ce site auront été intéressés par ces différents articles que m'a amené à écrire notre "Fête nationale".
Il est temps désormais de nous intéresser à la "Rentrée Littéraire" des auteurs (et des éditeurs!) ainsi qu'aux Prix qui seront attribués - souhaitons-le vivement - sans aucune tractation financière et sans copinage pour couronner des ouvrages de qualité, ce qui est trop souvent loin d'être le cas comme nous l'avons vu avec les lauriers attribués les années passées...
Mais ici aussi, si nous avons des droits (notamment celui de critiquer des livres), nous avons le devoir de ne pas critiquer par principe et de lire tout ouvrage avec la plus grande attention avant d'écrire ce que nous en pensons... C'est ici tout simplement le respect d'un auteur et de son travail qui entre dans les devoirs d'un critique littéraire.
07 septembre 2009
Septembre
de l'année 2009
Par Maurice DUSSOL
Galêné
Calme après la tempête
Inspiré par un poème de Claire Brocardi
L'orage s'est enfui bien au delà du Rhône;
Un grondement lointain meurt sporadiquement,
L'Aube, en se réveillant, arbore une couronne
De stratus mordorés, lignes au firmament...
Dans le jour qui renaît, ma lagune éprouvée
Va pouvoir oublier la terreur et le bruit
Pour jouir pleinement de la paix retrouvée
Et se fier, sans crainte au Temps qui reconstruit.
Vont pouvoir miroiter les eaux calmes des flaques
Puis s'iriser le sel sur les bords des étangs;
La boue "éclatera" le limon de ses plaques
En pentagones gris aux contours déroutants.
Douceur de ces matins où chante la ramure
Quand la douce senteur des gazons "scintillés"
S'élève sous les pas dans un discret murmure
Qui réveille nos sens, par elle titillés....
Rêver en avançant sous un léger feuillage
S'éloigner à pas lents de l'hideuse Cité,
Ecouter, des oiseaux, le joyeux babillage
Et se fondre, rêveur, dans la rusticité...
Pour un nouvel essor mon pays va renaître
Par l'ennemi constant trop souvent agressé,
Il va tout rénover jusqu'au fond de son être,
Courbé pour un moment mais toujours redressé.
C'est ce bonheur dont, seul, parfois, l'humble poète
Se permet de jouir dans le jour qui renaît:
Ce "calme de la mer", juste après la tempête
Que les marins d'Hellas prononçaient "Galêné".
03 septembre 2009
L'Homme le coeur à nu...
LU POUR VOUS
Par François LÉGER
Des personnages hors normes, un réalisme sans "misérabilisme" et un style précis...
"D'autres vies que la mienne": un livre poignant d'Emmanuel CARRERE
Quand on a passé trois après-midi avec Emmanuel CARRERE en étant plongé dans son ouvrage "D'autres vies que la mienne", il est absolument évident que l'on a d'abord besoin de se changer les idées, d'évacuer certaines choses avant de revenir à la réflexion qui s'impose, qui est inévitable, qui est inéluctable... Une réflexion non seulement engendrée par le thème du livre, mais bien davantage par ces conduites quelque peu hors du commun des différents personnages qui font de cet ouvrage quelque chose de fort et de poignant qui ne s'efface pas d'un vague coup de gomme...
De plus, il est évident que l'on peut se poser la question de savoir si ce récit est vraiment le récit d'événements vécus par l'auteur comme ils sont présentés sur la quatrième de couverture de l'ouvrage. Mais, tout porte à croire ceci: "Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai."
Mais il est des journalistes qui veulent être certains des faits, qui les vérifient et les recoupent avant d'aller plus avant... Ce qui a été mon cas pendant ces quelques décennies passées à écouter, regarder, chercher à comprendre et analyser les faits avant de les donner en pâture au lecteur. C'est la raison pour laquelle je suis allé voir ce que l'on disait de cet auteur et de ce livre sur différents sites Internet et la plupart des articles que j'y ai trouvés m'ont énormément surpris...
Ces articles m'ont surpris parce que, pour la plupart, ils n'étaient pas des recensions de cet ouvrage, mais tout bonnement des résumés... Est-ce à dire qu'il est impossible de faire une analyse critique de ce travail? C'est la question que je commence à me poser car j'étais conscient, en refermant cet ouvrage et en relisant mes fiches de lecture, que j'allais avoir fort à faire! Ne peut-on pas aller plus loin que le synopsis de ce livre expliquant que l'auteur a été le témoin de la mort d'une fillette en Indonésie et de celle de sa belle-soeur en France, deux drames qui sont l'objet de ce travail d'un auteur quelque peu métamorphosé? Je pense que ces quelque trois cents pages d'Emmanuel CARRERE, écrivain et cinéaste né en 1956, fils d'Hélène Carrère d'Encausse, méritent que l'on fasse l'effort de transmettre aux lecteurs de critiques littéraires quelques remarques et émotions qui devraient leur donner l'envie de plonger à leur tour dans "D'autres vies que la mienne"...
Alors, je prends le risque tout en étant conscient de la difficulté de la tâche et en me refusant de me livrer à un résumé de ce livre que l'on ne peut lire que dans le calme et avec la plus grande attention en raison de sa complexité. Une complexité dont est d'ailleurs victime l'auteur lui-même qui se croit obligé de préciser (p. 71) : "Juste avant les vacances de Noël, elle avait eu une embolie pulmonaire", une information relative à ce personnage qu'il nous avait déjà donnée à la page 8... Il est cependant possible que l'auteur ait fait là une répétition pour bien montrer que nous allions basculer dans la deuxième partie de l'ouvrage.
La Vérité de l'Homme ne peut pas échapper à une catastrophe...
Car, c'est bizarrement à cet endroit que l'on quitte véritablement la première épreuve terrible vécue par l'auteur: voir un couple perdre sa fille dans le Tsunami de décembre 2004 alors qu'Emmanuel CARRERE était en vacances au Sri Lanka avec sa compagne. En dehors du témoignage qu'il donne sur le Tsunami et les images d'horreur qui se présentent à lui, images que nous avons pratiquement tous vues "de l'extérieur" à la télévision, l'auteur s'intéresse à la conscience humaine dans une telle catastrophe.
En voyant ces parents qui ont perdu leur fille pendant qu'ils étaient au marché, il croit lire en eux ces réflexions "Si nous l'avions emmenée, elle viendrait ce matin encore nous rejoindre dans notre lit. Le monde serait endeuillé autour de nous mais nous serrerions notre petite fille dans nos bras et nous dirions: Dieu merci, elle est là, c'est tout ce qui compte"... L'âme humaine n'est-elle pas ainsi?
Mais il n'oublie pas cette femme dont on n'a pas retrouvé le mari et qui espère tant qu'elle le peut... Il ne l'oublie pas et dit "Je pense en l'écoutant: cette femme a tout perdu, mais c'est qu'elle avait tout, du moins tout ce qui compte. L'amour, le désir qu'il dure, la volonté de le faire durer et la confiance: il durerait. Moi qui en ai tant d'autres, je lui envie cette richesse." Ah, si l'âme humaine était toujours ainsi!
Or, pratiquement cinq ans après le Tsunami dont l'auteur ne manque pas de nous donner des images terribles, ce Tsunami qui a frappé brutalement en un lieu précis comme dans ce village où il a semé la mort en épargnant d'autres parties de cette entité humaine, ce que je trouve le plus intéressant est ce regard sur les réactions des uns et des autres dans cette détresse, ce regard qui pénètre l'âme humaine qui, dans de telles conditions, ne triche pas mais se montre telle qu'elle est: noire et égoïste ou bien pleine de richesse... Un regard d'autant plus intéressant que l'on est amené à se demander, lors de cette lecture, l'attitude, les actes et les pensées qui auraient été les nôtres à la place de tel ou tel personnage pris dans cette Vague semant brutalement la mort...
Toutefois, ce regard d'Emmanuel CARRERE ne se résume pas tant il est personnel et mérite que l'on s'y attarde vraiment, tant il nous persuade que la Vérité de l'Homme ne peut pas échapper à une catastrophe...
Revenu de cette sorte d'enfer physique pour certains, d'enfer moral pour d'autres, l'auteur va faire connaissance avec une nouvelle catastrophe: l'annonce, une quinzaine de jours après son retour en France, d'un deuxième cancer dont est victime sa belle-soeur. S'il savait que celle-ci avait déjà eu un cancer au cours de son adolescence, il s'aperçoit qu'il ne connaît pas grand-chose de cette belle-soeur, Juliette, en s'interrogeant: "Que savais-je d'autre, alors, à son sujet? Qu'elle marchait avec des béquilles, qu'elle était juge, qu'elle habitait près de Vienne, dans l'Isère".
Il apprend alors à la connaître et, en bon cinéaste, utilise le flash-back (plus qu'à son tour) qui va lui permettre, par exemple, de nous présenter également Étienne qui, lui, a été amputé d'une jambe à l'âge de vingt-deux ans à la suite d'un second cancer ayant atteint le même membre... Oh, ce n'est pas du tout ce que vous pensez: cette rencontre n'est due en aucun cas au fait qu'il soit victime de la maladie comme Juliette mais uniquement parce qu'ils formeront tous les deux un couple de talent dans leur travail...
Devant de "petits" dossiers, certains juges ont de la noblesse!
D'ailleurs, après la mort de Juliette, Étienne rira en racontant sa rencontre avec elle: déjà juge, on a frappé à la porte de son bureau, il a dit "Oui, entrez" et quand il a levé les yeux elle s'avançait vers lui sur ses béquilles quand il a pensé "Chouette! Une boiteuse"... L'instant d'après il s'est intéressé au personnage et l'auteur nous donne presque une joie en écrivant: "Sa façon d'avancer vers lui sur ses béquilles: il a tout de suite pris cela comme un cadeau. Et il s'est tout de suite senti joyeux de pouvoir lui faire un cadeau en retour. C'était tout simple: il suffisait de se lever et de contourner le bureau pour lui montrer que, même s'il n'avait pas de béquilles, il boitait lui aussi"!
Mais ce qui les unira est tout autre chose: l'amour de leur travail, l'amour des autres et leur force à tous deux pour faire face à des situations difficiles et douloureuses, sans oublier le courage de se battre pour le bien des autres. C'est ainsi que, puisque tous deux travaillent pour une commission de surendettement, le lecteur pourra trouver que trop de pages y sont consacrées et qu'il y a là un peu trop de misérabilisme. C'est notamment le cas lorsqu'il est question des méthodes de sociétés de recouvrement à la page 175. Ces pages consacrées aux commissions de surendettement et de faillite civile ne sont pas véritablement passionnantes même s'il n'est pas inintéressant de voir mettre sur le même plan l'abus de crédits et des malheurs qui peuvent vous tomber dessus sans que l'on ait fait quoi que ce soit.
Toutefois, j'en retiendrai quelque chose d'intéressant qu'il faudrait absolument médiatiser au lieu de faire de "l'information" avec des gens qui ne sont rien mais s'imposent partout... Médiatiser ce qui est à l'origine de beaucoup de catastrophes financières familiales: "Le problème est que les établissements de crédit ne respectent pas ces lois et que les consommateurs - qu'elles sont sensées protéger - ne les connaissent pas" (p. 179).
Si l'attitude de quelques-uns de ces juges devant certaines situations inextricables est effectivement noble et digne, l'auteur va un peu loin à mon goût dans l'expression utilisée à la page 181: "D'abord, du point de vue du malheureux surendetté..." De fait, ce surendetté peut effectivement être une victime comme l'un de mes amis qui a eu le tort de faire tourner son usine à 90% pour une grande marque automobile qui, remettant toujours à plus tard ses paiements, l'a mené à la fermeture... Ce peut-être le cas d'un petit garagiste qui se retrouve dans le rouge pour avoir trop de clients qui "paieront bientôt"... Mais, il faut tout de même admettre que la plupart des surendettés sont des gens qui veulent toujours plus et achètent toujours plus ce qu'ils n'ont pas les moyens d'acquérir.
Mais il est vrai aussi que ce travail permet de disposer d'un bon schéma de la psychologie des organismes de crédits et de celle de leurs clients...
Bien évidemment, on l'aura compris, ce sont tous ces dossiers qui permettent à Juliette et Étienne de tenir le coup et d'aller toujours en avant, mais aussi d'avoir, non pas une amitié, mais une sorte de fraternité affective... Ceci pour essayer d'avoir les mots justes, ces mots justes auxquels nous invite l'auteur, pour mon plus grand plaisir, à la page 79...
Se souvenir le plus possible de ce qui est bien...
Malheureusement, après ces années de labeur, Juliette arrive à la fin de sa vie en nous donnant un certain nombre de leçons à ne jamais oublier... Tout d'abord, il est étonnant que l'on finisse par parler de sa mort prochaine sans détour, sans langue de bois, en l'envisageant somme toute comme quelque chose de logique.
Ainsi assiste-ton à une scène étonnante (p. 249) peu avant le départ de Juliette lorsque celle-ci explique à Etienne qu'elle a, maintenant, peur de la mort. Elle parle sereinement : "Mais, maintenant, à cause des petites, ça me fait horreur. L'idée de les laisser me fait horreur, tu comprends?". Quelle mère de trois petites filles ne réagirait-elle pas ainsi? Mais, en revanche, quel ami répondrait-il: "Si tu meurs, elles n'en mourront pas"?
"Ce n'est pas possible, elles ont trop besoin de moi. Personne ne les aimera jamais autant que moi'" poursuit Juliette qui s'entend répondre par Etienne : "Qu'est-ce que tu en sais? Tu es bien prétentieuse. J'espère que tu ne vas pas mourir maintenant, mais si tu dois...".
Est-ce là de l'indifférence? En aucun cas, c'est bien au contraire un partage profond, cette volonté d'être vrai qui va s'installer aussi dans la famille. On verra même Juliette répondre à la question de l'une de ses filles "Maman, est-ce que tu vas mourir?" que "Oui, tout le monde meurt un jour"... Elle explique alors que ses soeurs et son père mourront aussi dans très longtemps mais que elle ne mourra pas dans très longtemps "Mais quand même dans un petit peu longtemps".
Cette relation d'honnêteté réciproque existe entre Juliette et son mari, Juliette et ses parents, mais aussi entre Étienne et elle-même, même si cette relation est différente dans la mesure où, du fait de ce qu'il a vécu, il est le seul à pouvoir tout comprendre et le plus à même de l'aider en ces horribles moments.
Car si Juliette est la première à dire qu'il ne faut pas en vouloir aux autres de leur bonheur quand on est dans le malheur, elle sait que seul Étienne peut tout appréhender, Étienne à qui elle dit, dans l'un de ses derniers moments: "Étienne, tu fais partie des quelques personnes qui ont donné un sens à ma vie, grâce à qui je l'ai vraiment vécue. Je pense que, malgré la maladie, ça a été une bonne vie. Je la regarde, j'en suis contente."
Que dire de tous ces gens qui sont "vrais", dotés d'une volonté et d'une force intérieure hors du commun tout en ayant toujours de la pudeur? Comment ne pas admirer ces gens qui ne savent pas ce que c'est que d'envier et acceptent totalement la maladie en arrivant à considérer qu'elle fait partie d'eux-mêmes, ces gens qui ne larmoient jamais et ne connaissent pas le misérabilisme, mais expliquent au contraire qu'il faut savoir profiter des petits moments de bonheur lorsqu'ils sont là afin d'éviter de se dire plus tard que, à tel moment, on était heureux...
Et pourtant, ils souffrent! Juliette souffre et fait même part de son horreur des traitements, de souffrir sans arrêt et pour rien, sans espoir de guérir, juste pour mettre plus longtemps à crever... Mais elle ne s'ouvre ainsi qu'à Étienne et ira jusqu'au bout tout en demandant au corps médical qu'il l'aide à tenir pour ce qu'il reste à faire, mais pas au-delà... En fait sera-t-elle encore consciente à la dernière venue de ses filles? Toujours est-il qu'elle part en étant persuadée que, malgré la maladie, sa vie a été une belle vie...
Voilà un grand livre qui témoigne de ce dont l'Homme est capable et des forces insoupçonnées qui l'animent.
"D'autres vies que la mienne"
Emmanuel CARRERE
310 pages - 19,50 euros
P.O.L Éditions.
01 septembre 2009
Transmettre des connaissances...
Le grand retour vers la culture
Par François LÉGER
Les enseignants font aujourd'hui leur rentrée alors que les élèves arriveront demain pour assurer leur avenir...
S'il me paraît assez évident que la Rentrée des Classes est bien plus importante que la Rentrée Littéraire, il est vrai que je l'ai délaissée jusqu'à ce jour, laissant les médias en parler, le plus souvent, pour plaire aux parents des élèves ou jeunes gens qui sont leurs lecteurs et regretter avec eux notamment le coût de cette fameuse "Rentrée des Classes". Alors, aujourd'hui, ma déontologie m'oblige à franchir le pas tout en expliquant que, dans notre société, la "Rentrée des Classes" est bien plus importante que la "Rentrée Littéraire" même si elles sont devenues toutes deux des événements économiques très forts!
De fait, il est tout à fait clair que la Rentrée Littéraire sera oubliée dès que les éditeurs et les auteurs auront vu arriver leurs ouvrages sur les rayons des librairies et que l'on se sera battu pour faire en sorte que tel ou tel livre se vende particulièrement bien et obtienne un Prix Littéraire... D'ailleurs, dans ce but, on a commencé, comme chaque année, à nous présenter dans la "grande presse" ces livres-phares de l'événement, si toutefois cela en est un...
Mais la Rentrée des Classes, c'est bien autre chose puisque c'est une des bases de l'avenir de notre pays... C'est aussi l'occasion pour nombre de parents de reprendre l'autorité qu'ils n'auraient jamais dû abandonner en face de leurs chères têtes blondes...
Une occasion qui s'est déjà présentée dans la préparation de ce moment de l'année par les parents et leurs enfants : une occasion de ne pas céder à cet enfant d'école primaire qui tape des pieds dans un rayon d'un grand magasin parce que la mère ne veut pas acheter la trousse à la mode cette année... Que dire de ces parents qui cèdent à l'achat de vêtements et de chaussures de marques pour leurs adolescents qui n'en ont aucun besoin, mais qui - autrement - vont rendre la vie impossible à leurs parents?... Des parents que l'on verra et entendra gémir dans un reportage télévisé sur le coût de la Rentrée Scolaire et leur sort "peu enviable"... Rions... pour ne pas pleurer!
Pour ma part, hier - plutôt avant-hier - bien avant la rentrée, on faisait le point à la maison pour voir ce qu'il me manquait: j'avais un cartable de qualité (sans marque) et en cuir et il en était de même pour ma trousse. A charge pour moi de les entretenir en les cirant quand cela était nécessaire... Si mon duffel-coat de l'année précédente était encore en bon état, il n'était pas question de m'acheter autre chose même si le blouson de cuir était devenu à la mode...
N'allez pas croire pour autant que j'étais un enfant de pauvres et un enfant malheureux: j'étais tout simplement un enfant victime de cette éducation que trop de parents renoncent aujourd'hui à donner à leurs enfants. Trop de parents se déchargent de cette éducation sur les enseignants dont ce n'est en aucun cas le rôle car ceux-ci sont là uniquement - et c'est énorme - pour apporter l'instruction aux enfants et permettre aux jeunes pousses de devenir des hommes et des femmes responsables ne commençant pas leurs vies d'adultes en chômeurs à la charge de la société.
Ah, si cette rentrée scolaire pouvait au moins remettre les choses en place et voir les parents avoir le courage d'affronter leurs enfants, de les responsabiliser et de faire d'eux des êtres matures et sociables! Ces êtres qui auront de plus en plus besoin de ces connaissances dispensées par leurs enseignants pour faire de celles-ci une base solide pour l'avenir.
Mais, je ne voulais pas ici seulement jouer les redresseurs de torts au moment où " La cloche a sonné et les vacances sont terminées"...
M. Bernard TETTELIN, ancien professeur de français, brosse un tableau de l'enseignement dans notre pays.
Eh oui, cette fois, "La cloche a sonné, les vacances sont terminées" pour tous nos braves élèves du primaire, nos collégiens et lycéens, les étudiants ayant encore le temps de profiter de quelques rayons de soleil...
C'est dire que certains parents peuvent aussi se demander de nouveau quels seront le niveau scolaire et les connaissances de leurs enfants à la fin du deuxième cycle.
Chacun y allant de son commentaire, j'ai préféré demander son avis sur différents points à un enseignant que les habitués de ce site connaissent bien pour avoir vu quelques critiques d'ouvrages qu'il m'a soumis pour la rubrique "Lu pour vous".
De fait, Bernard TETTELIN a enseigné le français, dans le nord de la France, pendant plusieurs décennies, et évite la langue de bois quand on lui demande où en est le niveau de nos chers bambins.
"Si vous interrogez les représentants de l'Education nationale, presque tous vous diront que les niveaux scolaires n'ont pas baissé, qu'ils se sont même améliorés. Ne leur gardons pas rancune de ce pieux mensonge: ils ne sont pas en mesure de désavouer leur hiérarchie.
"Les garçons et les filles de 2009 (dans leur grande majorité) ne sont pas moins intelligents que leurs aînés, leur bonne volonté est réelle, leurs qualités morales affirmées même dans ce monde où bon nombre de parents ont perdu les leurs. Je vois poindre depuis une dizaine d'années le retour en force de certaines qualités telles que la fidélité, le sens de l'engagement. Non, notre jeunesse n'est ni débile, ni pourrie, en dépit de ses apparences un peu déjantées. Je côtoie chaque jour assez de jeunes gens et de jeunes filles pour m'en convaincre.
" Je suis la carrière de plusieurs centaines de mes < anciens > grâce aux différents sites du type < Copains d'avant > et autres: rares sont ceux qui se sont < perdus en route >, beaucoup me surprennent par la qualité de leur cursus intellectuel et/ou familial, la grande majorité est parvenue là où je les attendais. Ils sont devenus des citoyens dignes, chacun selon ses moyens.
- Voilà, certes, quelques propos réconfortants, mais que pensez-vous de la valeur actuelle de ce fameux baccalauréat dont certains souhaiteraient même la disparition?
"Vous savez, dans les années 50, le Brevet Élémentaire permettait d'exercer la carrière d'instituteur; j'ai commencé ma carrière de professeur avec le seul baccalauréat, diplôme qui, de nos jours, est devenu un "bulletin de sortie du lycée".
" Alors? Pourquoi ce gâchis? Revenons aux sources: du temps de nos ancêtres la mère de famille était le premier professeur de français de son enfant, les familles reposaient sur des bases plus solides: on savait tenir ses engagements, la télévision n'abrutissait pas les jeunes à fortes doses d'émissions débiles d'un niveau affligeant, l'École primaire réussissait à donner aux enfants de 11 ou 12 ans les acquis fondamentaux qui ne sont pas forcément acquis de nos jours à la sortie du lycée!!!
"Mais, dans notre société dite "moderne" - Dieu sait si ce terme m'agace - les parents n'ont plus le temps, ils courent perpétuellement pour acquérir des biens de consommation qui, s'ils facilitent la vie matérielle, n'ont rien apporté à la vie spirituelle, et notamment à la vie familiale. Le mariage s'est transformé en CDD, au mieux en CDI, les tentations du "progrès" ont sapé la notion d'effort et de courage, et, par démagogie, le pouvoir politique a décrété "l'égalité des chances": tout le monde au bac! Tout le monde doit réussir... sans efforts...
- Justement, comment peut-on faire pour que tout le monde ait ce fameux baccalauréat?
"Pour parvenir à la réussite, deux moyens sont possibles: vous donnez un enseignement de qualité à chaque enfant en respectant ses qualités propres sans l'enfourner dans un vague cycle unique commun à tous, vous recrutez les enseignants convaincus auxquels vous apportez une formation solide, vous les faîtes respecter, vous n'envoyez pas dans les zones sensibles de braves jeunes filles de 23 ans qui craquent au bout d'un an! Autre solution: vous transformez l'École en camp de concentration, vous refusez à chaque enfant tout droit à l'initiative, vous lui imposez un cursus tellement allégé que la jeunesse la rejette.
- Vous voulez dire que, dans le second cas, qui semble bien être celui d'aujourd'hui, ce diplôme est un bout de papier que même les jeunes ne respectent plus?
"Vous savez, il est facile d'avoir 80 à 85 % de réussite au bac si l'on a vidé l'examen de sa substance! On distribue aux jeunes un "bout de papier" qui a perdu toute signification, et, à l'entrée en faculté, les trois quarts des étudiants vont à l'échec dès la première année universitaire.
"Cela étant dit, pourquoi une majorité d'enfants rejette-t-elle l'École, perçue comme ennuyeuse, quand des millions d'enfants dans le monde font des kilomètres à pied quotidiennement pour suivre quelques heures d'enseignement?
"La véritable égalité, c'est de faire monter les enfants au niveau de l'examen, non de dévaluer le titre et d'en arriver à ce que la plupart de nos bacheliers soient plus doués en langage SMS qu'en langue française!
"Si aller en classe n'est pas une joie (pour les professeurs comme pour les élèves), cela prouve que la Culture a déserté l'École. Constat inquiétant dans un monde où la ségrégation se fait davantage par la compétence que par la classification sociale. Bref, le monde de l'Enseignement est bien déconnecté de la "vie réelle" et si l'on commence à en prendre actuellement conscience, il est grand temps de tout mettre à plat pour rebâtir. Il est grand temps que les parents comprennent que l'éducation de leurs rejetons leur revient, il est grand temps que les professeurs retrouvent la foi des instituteurs d'antan et qu'ils ne soient pas obligés de porter un gilet pare-balles pour entrer en classe.
- Tout cela est très intéressant, mais que pense le père de famille que vous êtes en tant que père de famille et non plus du côté de ses collègues professeurs?
"Je suis devenu sur le tard père de famille nombreuse: trois filles et deux fils qui sont bien "de leur époque", mais qui assument leurs choix de vie de façon honorable
"Aucun d'eux ne sera professeur "comme papa", et cela m'indiffère totalement. L'époque du "de père en fils" est révolue. Et puis, il faut être un peu fou pour enseigner, tout le monde n'a pas la vocation du Far West.
"Deux de mes filles sont des "battantes", la dernière se destine à l'animation sociale et je retrouve en elle des facettes de ma personnalité. Mon fils aîné est porté sur l'Art et la Musique; il est hypersensible, donc fragile, comme je le suis (mais moi je sais me blinder). Mon fils cadet a choisi une voie inédite chez les Tettelin : le monde hippique."


