LU POUR VOUS

                                      Par François  LÉGER

 

 

« Petit traité de vie intérieure » de Frédéric

   LENOIR : un condensé de réflexions pour

   permettre de découvrir « l’art de vivre »

 

« Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède » (Saint Augustin). Il faut l’avouer derechef,  même s’il est nécessaire de consacrer au minimum deux minutes d’attention pour comprendre tout ce que renferme cette épigraphe, Frédéric LENOIR ne pouvait pas trouver meilleure citation pour marquer le début de son livre et toute la quintessence de son ouvrage « Petit traité de vie intérieure ». Si l’on demande à une épigraphe de donner l’atmosphère du texte qu’elle introduit, il est tout à fait  évident qu’elle joue ici parfaitement son rôle pour ce livre en partant du IVème siècle  (avec Saint Augustin,  théologien, Père de l'Eglise latine)  pour nous mener vers un dialogue (fictif certes, mais très fort) entre un philosophe grec du Vème siècle qui n’est autre que Socrate et un maître de la communication, Jacques Séguéla, qui reviendra dans nos propos à son heure !

En ayant pris connaissance des quelques lignes qui précèdent, vous vous douterez que j’ai  beaucoup apprécié la construction de cet ouvrage qui est presque écrit en boucle sur l’idée  maîtresse qui ouvre et ferme le propos comme j’aime moi-même à le faire pour certaines de mes nouvelles. J’ai d’autant plus apprécié cette construction que je sais quelle rigueur elle demande pour une nouvelle, texte court par définition, et me fait imaginer  ce même travail mené ici sur près de deux cents pages.  De plus, le philosophe qu’est l’auteur s’est efforcé de cadrer l’ensemble de ce cheminement de sa pensée en vingt chapitres pratiquement accessibles à tous les lecteurs. En parlant d’un livre accessible pratiquement à tous les lecteurs, je veux simplement dire que ce n’est pas là un ouvrage que l’on peut survoler dans la cohue du métro parisien,  mais que c’est là un travail qu’il faut découvrir tout de même avec une certaine concentration si l’on veut en tirer la substantifique moelle… Petit traité 001

Toutefois, ces chapitres – je l’ai dit précédemment – sont parfaitement cadrés et traitent véritablement de l’idée par le titre annoncée. Comme je me suis toujours refusé à vous raconter un livre car, pour moi, il n’est alors plus question de recension littéraire, mais de présentation littéraire, deux choses parfois – malheureusement – aux antipodes pour certains livres,  je me garderai bien de le faire aujourd’hui car je n’ai pas cette formation philosophique que l’on ressent constamment sous la plume de Frédéric LENOIR et il serait ridicule que je vous explique moins bien que lui une idée qui vous permettrait d’avancer sur le chemin de la vie.

« Exister est un fait, vivre est un art »

En lisant le prologue,  « Exister est un fait, vivre est un art », on entre directement dans une idée qui sera constamment sous-jacente dans le livre : « Nous n’avons pas choisi de vivre, mais il nous faut apprendre à vivre comme on apprend à jouer du piano, à cuisiner, à sculpter le bois ou la pierre. C’est le rôle de l’éducation. Pourtant, celle-ci se préoccupe de moins en moins de transmettre un savoir-être, au profit d’un savoir-faire ».

Pour vous en persuader, je ne ferai que vous citer les titres des chapitres suivants « Responsable de sa vie », « Agir et non agir », « Silence et méditation », « Connaissance et discernement », « Connais-toi toi-même » ou « L’acquisition des vertus ». Dans l’ensemble de ces chapitres, j’ai plus particulièrement vu l’auteur mettre en exergue l’importance de nos facultés de discernement, la nécessité d’une constante recherche de la vérité et les techniques de connaissance de soi.

Mais, ces titres ne doivent pas vous faire penser à une sorte de prêche, il veut simplement remettre les hommes face à leurs vies et aux réalités. Ainsi explique-t-il même, dans « Devenir libre », que, depuis Mai 68, les jeunes ne souffrent plus de trop d’interdits, mais de trop de possibles, d’une injonction de performance et d’autonomie trop lourde.

Dans l’« Amour de soi et guérison intérieure », un chapitre important dans ce qu’il implique pour vous et moi, j’ai cependant regretté que l’auteur n’aille pas au fond des choses ou,  plus exactement, ne perde un phénomène en chemin. De fait, ici  Frédéric LENOIR indique en substance que « avoir été mal aimé ou pas, voire trop aimé, d’une manière possessive ou ambiguë, entraîne des confusions affectives, une distorsion de la relation à soi et par conséquent aux autres ». Il  s’étend alors longuement sur les « dégâts » d’un manque d’affection mais ne développe pas l’autre tête de chapitre : « Avoir été trop aimé, d’une manière possessive ou ambiguë ». Dommage !

En prenant connaissance de son chapitre intitulé « La règle d’or » et en constatant que, pour lui, le socle universel de la morale est : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te fasse », peut-être vous souviendrez-vous de votre « Missel ». Mais il vous faut vous demander pourquoi l’auteur parle de socle universel de la morale : parce que, nous dit-il, « Elle est formulée dans toutes les cultures orales et les civilisations de l’écrit ».

La puissance de la non-violence

Après avoir parlé de l’amour et de l’amitié, il en vient à traiter de la non-violence et du pardon.  C’est ainsi qu’il explique parfaitement l’attitude de Gandhi et la raison de sa réussite dans la libération de l’Inde et celle du dalaï-lama se trouvant en situation similaire avec la Chine, utilisant la même méthode qui a échoué jusqu’ici  (l’ouvrage date de décembre 2010).

Et, d’expliquer que cette attitude de non-violence de Gandhi a été prise face à une démocratie alors que le dalaï-lama a face à lui un régime totalitaire. Toutefois, Frédéric LENOIR pense que le dalaï-lama a tout de même choisi la voie du bon sens : « Les autorités chinoises attendent que les Tibétains commettent des actions terroristes pour justifier une répression plus terrible encore et légitimer la tyrannie qu’elles exercent sur ce peuple ».

L’auteur a notamment pris cet exemple en pensant que ces actes héroïques peuvent nous servir de modèles dans notre quotidien.

Les chapitres se suivent sans que l’on ne s’en aperçoive et je m’arrêterais bien par exemple sur « Apprivoiser la mort », mais n’est-ce pas, finalement, trop intime ? 

Je vous ai dit beaucoup de bien de cet ouvrage, mais je dois tout de même regretter  de lire, p. 177, « J’ai cité l’exemple qu’il en donne dans Le Banquet (le « il » est évidemment Platon), où l’on voit Socrate expliquer comment l’on peut passer de la contemplation de la beauté des corps à celle de la beauté des âmes qui, à son tour, nous conduit à la contemplation de la Beauté en soi. »… De fait, certain d’avoir fait une lecture des plus attentives, je n’ai pas le souvenir de cet exemple…

Si tout cela vous a paru simple ou vous paraîtra simple dans l’ouvrage, Frédéric LENOIR précise sur la 4ème de Couverture : « De tous mes livres de philosophie et de spiritualité, celui-ci est certainement le plus accessible, mais sans doute aussi le plus utile. Car ce n’est pas un savoir théorique que je cherche à transmettre, mais une connaissance pratique, la plus essentielle qui soit : comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres. Ce que je dis ici avec des mots simples et des exemples concrets, comme au cours d’une conversation avec un ami, est le fruit de trente années de recherches et d’expériences. » Je tiens à vous préciser que, effectivement, dans ce livre, l’auteur n’hésite pas  à se « livrer » au lecteur dans cette quête de bonheur et à présenter des erreurs qu’il a faites et des différents chemins escarpés devant lesquels il s’est souvent retrouvé… comme nous tous.

Mais, il est l’heure de terminer avec cette brillante envolée, le 13 février 2009, sur le Plateau de Télé matin, du publicitaire Jacques Séguéla : « Comment peut-on reprocher à un président de la République d’avoir une Rolex ? Tout le monde a une Rolex. Si, à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! » qui vaudra un petit dialogue savoureux de Seguelus avec Socrate… Un dialogue à ne manquer sous aucun prétexte et dans lequel Socrate amène la conclusion de cet ouvrage : « La vie est trop courte et trop précieuse pour la passer à nous distraire et à accumuler un trésor périssable. Cherchons plutôt à en comprendre le sens véritable et à enrichir notre âme. »

Sur le fond, la boucle avec Saint Augustin est bouclée.

 

« Petit traité de vie intérieure»

Frédéric LENOIR

195 pages – 18 €

Plon Éditions