LU POUR VOUS

 

               Par François LÉGER

 

Confessions d’outre-tombe

de Martine BÉGNÉ, un livre qui

 ne cherche pas toujours à plaire...  

 

                 Lorsque l’on m’a demandé de redonner vie à cette rubrique, ne serait-ce que pour faire la recension de l’ouvrage de Martine BÉGNÉ intitulé « Confessions d’outre-tombe », j’ai quelque peu hésité après vous avoir déjà présenté près d’une centaine de livres et après avoir eu le temps – depuis -  de choisir mes lectures faites en toute quiétude, sans souci de l’auteur et de vous lecteur, sans souci de trahir l’un ou l’autre.

                 Toutefois, lorsque j’ai pris connaissance du synopsis de ce travail réalisé par une femme ayant été ma consœur pendant un temps dans le métier de journaliste, j’ai finalement accepté et l’éditeur s’est empressé de m’envoyer un service de presse. Le livre arrivé sur mon bureau faisait près de quatre cents pages alors que je m’efforce, dans mes propres travaux, de ne pas dépasser les deux cents pages au risque d’être ennuyeux même si je sais parfaitement que certains amoureux de la lecture sont des « accros » des pavés littéraires, mais combien y a-t-il de pavés littéraires pour de simples pavés ? En revanche, la « quatrième de couverture » de « Confessions d’outre-tombe » - normalement créée par la maison d’édition – était assez « alléchante » - et il y avait bien longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un roman policier...

        

Livre I PagnationsC’est donc sans apriori que j’ai tenté d’entrer dans cette longue histoire en me promenant beaucoup dans la campagne, à la découverte de celle-ci : son ambiance, son parfum et tout ce qui en fait son charme... C’est dire mon  inquiétude de voir plagier Maurice Genevoix, mais – heureusement – à partir du cinquième chapitre, nous allons changer d’ambiance car il va se passer quelque chose ! Ce « quelque chose » est le premier assassinat d’une longue série qui ne m’empêche pas de regretter de ne pas avoir, comme le Petit Poucet, pris beaucoup de petits cailloux avec moi pour être sûr de ne pas me perdre au milieu de ces pages, plus particulièrement les cent vingt premières où, lorsque l’on croit s’y retrouver enfin intervient sans prévenir un personnage que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam : on se demande qui il est et ce qu’il veut !

       Si tout cela est présenté dans un français correct – mises à part deux fautes de grammaire et quelques coquilles que l’on pardonnera aisément tout au long de ces 400 pages  - il y a malheureusement des moments où l’on est obligé de retourner quelques pages en arrière  pour envisager de comprendre et pouvoir faire face à la suite... Plus précisément, il en est ainsi jusqu’au chapitre « Sale moraliste » (p. 125)... Jusque-là il est évident que l’auteur nous promène : on piétine malgré quelques événements...

« Tout informateur désire avant tout être lu ou entendu »...

       Cela me surprend beaucoup car j’ai toujours pensé que le besoin d’écrire – ce besoin d’écrire qu’a bien évidemment Martine BÉGNÉ pour avoir le courage de réaliser un tel travail – s’éprouve surtout devant la page blanche pour être suivi du besoin d’être lu, vu ou entendu... De fait, les écrivains sont comme les informateurs et répondent à l’analyse d’Alfred SAUVY : « Tout informateur désire avant tout être lu ou entendu (...) Il s’efforcera donc toujours plus ou moins de plaire ». Ce constat d’Alfred SAUVY, qui fut professeur au Collège de France, constat dont la véracité est évidente, laisse ici quelque peu pantois puisque l’auteur dont nous parlons ne semble pas entrer dans cette catégorie...

       Mais nous comprendrons mieux au fil des pages qui suivent, des pages qui n’en finissent pas et nous imposent des personnages pour lesquels l’auteur ne semblent pas éprouver beaucoup de sentiments : mis à part Victor et Odile, tous les autres sont comme les occupants d’un train que Martine BÉGNÉ  verrait passer sans le moindre intérêt.

        Mais il faut aussi évoquer les « photos » que cet auteur dissémine ici et là et dont je n’ai pas vraiment compris l’intérêt et la signification...  Ainsi en est-il de la quatrième photo pour laquelle il est bien précisé (en noir et blanc) qui est en réalité un encadré en milieu de page avec un peu de texte... Cette quatrième « photo » m’a fait m’interroger, me demander si, comme au théâtre, avec des plateaux tournants, un tour n’avait pas été fait  pour nous emmener dans un autre temps, un autre lieu avec des personnages que nous devrions reconnaître ?

     Les chapitres se suivent souvent sans aucun lien entre eux... Tout cela est confus, comme la « Cinquième photo », celle que l’on comprend peut-être le moins... Une « photo » suivie d’un texte d’une page et demie qui est probablement la légende mais dont on peut se demander à qui elle se rapporte...

Que signifient ces "Photos" (noir et blanc) ?

     Non, vraiment, j’ai beau m’accrocher au texte, celui-ci ne me donne aucune poussée d’adrénaline, ce qui n’est pas le cas de ces « Photos » dont je ne comprends pas la présence et la signification... Je voudrais savoir ce que veut exprimer l’auteur de cette manière que je rencontre pour la première fois...

     En ayant décidé d’aller jusqu’au bout de l’ouvrage, comme je m‘y suis engagé auprès de l’éditeur et de vous lecteur, je fais de gros efforts pour poursuivre ma lecture.

     Puis, en arrivant à la page 219, je découvre une septième « photo » qui présente un court papier syndical de la journaliste  sans que l’on sache ce qu’il vient faire là !

     Toutefois, malgré cela, il faut reconnaître que cet ouvrage fait partager au lecteur des moments très forts quand il nous entraîne dans une action qui occupe malheureusement à peine la moitié du livre.

     Puis, plus je réfléchis à ces « Photos » moins je comprends car elles ne s’insèrent pas dans l’ensemble du texte qu’elles coupent sans aérer (ce n’est pas une pause musicale, mais plutôt une gamme qui tombe venue d’on ne sait où) et sans offrir le moindre intérêt. Je sais que, en principe, l’auteur n’a pas la possibilité de demander un droit de réponse à la suite d’une recension mais, dans le cas présent, j’insèrerais volontiers une explication de l’auteur concernant ces photos et la construction de son livre.

     En fait, Martine BÉGNÉ me fait penser à un auteur canadien, Claire MARTIN, qui avait une curieuse conception du roman... C’est ainsi que, après avoir commencé une carrière d’écrivain en 1958 comme nouvelliste, Claire MARTIN s’est engouffrée dans le roman en déclarant : « Il permet tout... Des personnages secondaires, de menus faits qui ne mènent à rien, de belles analyses. Il permet une langue chaleureuse... De la passion ou de la haine pour celui-ci ou celui-là, de petits mystères pour égarer le lecteur... Il permet surtout un long fil conducteur qui se noue, se casse, se rattache, se déroule... »

    Peut-être est-ce ainsi que Martine BÉGNÉ voit le roman...Fini les servitudes du journalisme, la rigueur, la longueur des textes car il me semble évident qu’il y a beaucoup de remplissage dans le livre que je viens « d’achever », fini le respect du lecteur... Si c’est cela elle en a parfaitement le droit, mais j’ai aussi parfaitement le droit de ne pas la suivre dans cette démarche tout en lui souhaitant plein succès auprès des lecteurs qui seront les siens.

 

« Confessions d’outre-tombe »

         Martine BÉGNÉ

    380 pages   -    19,50 €

      iPagination Éditions