« Florilège » améliore sérieusement son contenant…

Le contenu ? Il est à cheval sur le passé et/ou le futur !

 

                                      Par François LÉGER

 

 

               Au moment de la « Rentrée », dont nous parlait - ici même, le samedi 1er octobre - notre philosophe et ami Pierre Michel KLEIN, je venais de recevoir le numéro de septembre de FLORILEGE dont la couverture et la retourne fleuraient bon les couleurs de l’été et de l’automne…

          En couverture : la reproduction très intéressante du travail d’un artiste peintre français – Paul JOURNET – accueilli fort logiquement par la revue qui lui consacre une pleine page (p. 55) qui se termine sur la réponse de l’artiste à cette question « Pourquoi et comment, le surréalisme ? ». Puis, en refermant la revue on découvre une photo en quadrichromie de Gérard BAILLY-MAITRE évoquée précédemment.

Florilège septembre

          Ceci non pas sans avoir trouvé encore deux pages en couleurs avec, notamment, le musicien Olivier Félix Hoffmann que vous avez rencontré sur ce site au mois d’août et se trouve ici sur la moitié de la p. 28, l’autre moitié étant réservée à des photographies. Quant à la page de droite, elle accueille, aussi en « quadri », Lyse Bonneville que l’on nous présente comme « Poète, auteure,  chanteuse… »… Voilà la phrase qui « tue » et introduit ce que nous avons indiqué dans notre titre : il y a ici un gros effort de présentation, mais nombre d’auteurs continuent leur petite vie tranquille avec les fautes de français qu’ils font depuis des décennies alors que d’autres pensent faire la littérature de demain…

De fait, il y a bien longtemps que l’Académie française a lancé une note précise sur la féminisation des noms de métiers (celle que j’ai en ma possession date de 1984 !). Mais, apparemment le mot « auteur » (comme trop d’autres) a été oublié : que l’on soit un homme ou une femme on est un auteur

          Cette faute qui me fait bondir est expliquée dans la note de l’Académie de cette manière : « … Il convient tout d’abord de rappeler que les seuls féminins français en -eure (prieure, supérieure…) sont ceux qui proviennent de comparatifs latins en -or. »

          Cela étant dit, nous lirons d’abord l’éditorial de Stephen Blanchard qui, nous ayant précisé être « Délégué départemental du Syndicat des Journalistes et Ecrivains », pose la question « Quelle est la place de la poésie dans les médias ? », une question qui a surpris le journaliste honoraire que je suis devenu après avoir passé quelques décennies dans la presse quotidienne… J’avais presque envie de dire : « Elle n’en a plus ». De fait Stephen Blanchard doit se remémorer, en posant une telle question, les quotidiens que nous avons connus il y a trente ou quarante ans, quotidiens qui avaient - chacun - son feuilleton de bas de page sous forme de bande dessinée, des critiques littéraires d’une longueur certaine (alors qu’aujourd’hui il s’agit d’une présentation livresque la plus courte possible), une météo avec un dessin d’un humoriste attitré, parfois une bande de dessins humoristiques de « l’auteur maison », etc…

Mais, depuis le journal « Paris-Jour », je ne vois pas de quotidiens ayant chaque jour de telles rubriques…

De plus, le lecteur veut de plus en plus d’informations depuis qu’il a VU les tours tomber en direct aux États-Unis… Il estime qu’il a le droit d’être informé de tout (!), un droit qui donnerait au journaliste le devoir d’informer de tout… Or, voilà un « devoir » que j’ai refusé tout au long de ma carrière car un journaliste n’est pas là pour répondre au bon vieux goût du sang des arènes de la Rome antique, mais pour informer, expliquer, faire comprendre au lecteur l’information qu’il donne…

C’est dire que le lecteur de la presse quotidienne a évolué et que le journal du jour s’est vu obligé de répondre à une demande pour garder son titre sur les marchés… tout en conservant, pour la plupart d’entre eux, une certaine déontologie.

 

Evolutions de contenus…

Nous venons de parler de l’évolution du quotidien que Stéphane Blanchard devrait comprendre d’autant mieux qu’il s’est vu obligé de changer le contenu de FLORILÈGE, un changement des plus heureux…

De fait, depuis que je connais cette revue se disant « Revue trimestrielle de création littéraire et artistique », je m‘étonne de n’y voir que des poèmes – bien trop nombreux à mon goût et, probablement, à celui des nouvellistes, conteurs, auteurs de théâtre, romanciers,  etc… -  et je cherchais la « création artistique »… arrivée - enfin - dans ce numéro de septembre 2016 qui s’ouvre à la « peinture », comme déjà dit,  à la musique avec Olivier Félix Hoffmann ; à la photographie, à une personne à la fois poète, auteur, chanteuse animant des ateliers d’écriture…

Là, les poètes ont beaucoup de place, trop peut-être puisque m’étant plaint qu’il y avait des textes que je ne pouvais pas lire tant la grosseur de corps des caractères était faible, le responsable de la revue m’a expliqué qu’il ne pouvait pas faire autrement s’il voulait plaire à tous ses « auteurs » et poètes… Mais n’y aurait-il pas la solution de trier ce qui mérite vraiment d’être publié… Car, soyons honnêtes, dans tout ce que l’on peut lire dans ce numéro, il y a pas mal de choses qui seraient à remettre sur le métier… ce qui permettrait de rendre une véritable lisibilité aux textes qui le méritent bien davantage.

Je pense, par exemple, à ces deux poèmes de la page 6 : l’un de Florent Boucharel et l’autre de Gérard Mottet : deux poèmes non terminés puisqu’ils n’ont pas de titres ! Serait-ce au lecteur de les faire ? Toujours est-il que cela me paraît curieux et me déplaît… Page 11, en plein milieu de page, un texte – sont-ce des vers, est-ce un poème, de quel sujet traite-t-on ? – l’auteur, Marielle Beaumont, pense peut-être attirer le lecteur en ne faisant pas de titre ?

Il y a d’autres curiosités dans tous ces textes ! Ainsi ai-je lu avec plaisir le conte « Nuit féline » de Philippe Veyrunes. C’est là un vrai conte que l’on a plaisir à découvrir en regrettant que l’auteur laisse au lecteur le soin d’imaginer une fin…

On n’oubliera pas de citer une « vraie nouvelle » : celle de Juliette GONTARD intitulée « Reflets » : c’est là une nouvelle qui fait réfléchir, une nouvelle, presque à deux niveaux de lecture, comme je les aime. On voit qu’il est bien difficile – quelles qu’en soient les conditions – d’abandonner sa vie pour se présenter comme quelqu’un d’autre… Un homme l’avait fait devant lui et notre héros va tenter de « continuer la vie du suicidé » : il ne pensait pas que cela était aussi difficile, mais il y a tant de détails dans chaque être humain…

Vous avez dit « Nouvelles » ? C’est dommage car ce texte intitulé « La passante » que nous livre Kathleen Hyden-David est tout d’abord un écrit parfaitement correct. Un écrit dans lequel l’auteur fait preuve d’un regard étonnant sur le monde, tout ce monde qu’il fait vivre ici. Ce n’est pas une nouvelle, mais c’est un très beau texte.

 

 Une vraie nouvelle…

Comme, à chaque fois qu’un texte de la revue m’est présenté comme une nouvelle, ou presque, j’affirme que c’est un bon texte ou non, mais pas une nouvelle vous allez penser que je crois être le seul à faire de vraies nouvelles !

Eh bien, non ! Voici qu’arrive une excellente nouvelle à quatre mains (ce que je serais incapable de faire !)

Nous devons cette nouvelle à Alain Bernier et Roger Maridat qui nous présentent « Trucages ». Alors, est-ce vraiment une nouvelle et si oui, pour quelle raison ? C’est tout simple : voilà un texte de qualité qui présente une entrée étonnante, un excellent développement et une chute inattendue ! Ce sont là des règles de base pour faire une vraie nouvelle de qualité !

De plus, avec Alain Bernier et Roger Maridat, nous avons devant nous un morceau de littérature qu’il serait bien difficile de ne pas apprécier tant pour sa forme que son contenu…

Hommages à… et « Notes de lecture »

Nous arrivons aux rubriques sur lesquelles je n’écris guère car je pense qu’il serait ridicule de ma part de vous parler de Lamartine en reprenant le texte de la page 32.

En revanche, je pense devoir mettre en exergue la chronique de Michel Lagrange intitulée « Sous le soleil de poésie » qui pose une intéressante réflexion en indiquant qu’il pense ne pas être « né poète » mais être devenu poète par ses instituteurs et ses professeurs qui l’ont formé aux vers de La Fontaine ou Racine, puis des tragiques grecs et des grands poètes français et étrangers. Pour lui, « On devient accro à une forme de beauté vitale ».

Et d’ajouter que des événements personnels malheureux ont joué un rôle majeur avant d’expliquer ce qu’est la poésie pour lui.

Louis Delorme rend ensuite hommage à Jacques Charpentreau qui vient de nous quitter.

Suit une chronique intitulée « Entre nous soit dit » proposée par Laurent BAYART avec un sous-titre très évocateur : « Le syndrome de la réunion ou une vie de répondeur ». Voilà une chronique à ne surtout pas manquer tant elle rend compte de la vie des cadres des entreprises, ces cadres que trop de monde imagine bien au chaud dans leurs bureaux, assis tranquillement, presque faisant la sieste… Ce n’est vraiment pas de la littérature, mais bien au contraire un texte au réalisme surprenant.

La vie de l’association…

Je passe sur des notes de lecture et autres nouvelles (!) page 51, une page accueillant encore une plume étêtée… ce qui ne retire rien à la vie de l’association qui bat beaucoup au rythme des séances de lecture ici et là autour de Dijon…

Avant de terminer ce papier au cours duquel j’ai critiqué un certain nombre de choses nouvelles venant des auteurs, je voulais expliquer mon sous-titre « Le contenu ? Il est à cheval sur le passé et/ou le futur ». De fait, depuis qu’existe la littérature, celle-ci a subi des nouveautés, nouveautés de style et nouveautés de contenus, des périodes durant lesquelles nombre d’auteurs écrivaient un peu de la même manière ou très différemment, ce qui est bien préférable à condition d’avoir de la qualité sous chacune de ces plumes… Je comprends donc parfaitement que l’on puisse trouver des évolutions dans notre littérature, mais à condition qu’elles répondent au besoin des lecteurs, que ce ne soit pas simplement une mode d’auteurs pensant ainsi entrer dans l’histoire littéraire…

Car, il n’y a pas que dans FLORILEGE que le lecteur trouve des textes sans titre ou des livres non terminés ! Je n’ai pas encore eu d’explication pour l’absence de titre, mais des auteurs très sérieux m’ont expliqué que de laisser plusieurs possibilités de fin à leurs nouvelles ou leurs romans était moins frustrant pour le lecteur qui ne se voyait pas imposer une fin qui n’eût pas été la sienne ! A quand une trentaine de pages blanches à la fin des ouvrages avec distribution de crayons pour respecter le lecteur, le laisser s’exprimer ?

J’espère que nous ne faisons que traverser une mode, sinon je reprendrai l’écriture de mes propres livres pour ne pas être frustré par la fin ou le titre de mes histoires dont je me chargerais comme je l’ai toujours fait, j’ai déjà été assez frustré par un éditeur qui a publié l’un de mes livres avec une couverture que je n’avais pas souhaitée et qui, apparemment, ne l’était pas non plus par les lecteurs…

Pour contacter « Florilège » :aeropageblanchard@gmail.com