Sans avoir rencontré Jean-Claude REY,

le Conteur du Luberon, François LÉGER

n’aurait pas pu écrire ce texte pour lequel

« Le Livre de la cigale » lui a tant donné

 

Honnêtement, après avoir rencontré Jean-Claude REY, le Conteur du Luberon parfaitement dans son personnage, lors d’un salon du livre en plein air à Entrecasteaux (Var), avoir longuement discuté avec lui des fables, des moralités dont « certaines ne sont pas morales », j’ai lu avec un très grand intérêt cet ouvrage qu’il m’a un jour dédicacé : « Le livre de la cigale », livre que j’avais précieusement mis de côté (comme tous les bons livres qui me sont dédicacés).

Mais j’ignorais alors qu’il serait le socle d’un article destiné à mon site et ce, en raison d’une réponse très spontanée faite à un lecteur sans penser que cela irait plus loin. Toutefois je comprends sa réaction et admire sa patience puisque ce papier paraissant en février fait suite à un échange de courriels…du mois de novembre…

De fait, Florent Boucharel m’écrivait, le 17 novembre 2016, après la lecture de l’un de mes commentaires, « Vous écrivez qu’un poème sans titre n’est pas terminé, et vous trouvez cela curieux (et déplaisant), pourtant c’est quelque chose de très courant, chez les meilleurs de nos poètes et les plus classiques. Bien à vous »

Je ne pouvais évidemment pas laisser ce commentaire très correct sans réponse. Cependant, je suppose que, comme d’habitude, mon bureau était plein de choses urgentes ( ! ) et je répondis, ce même jour, rapidement, en toute liberté et en toute franchise. C’est ainsi qu’il put lire : « … Je ne détiens évidemment pas la Vérité, mais ce n’est pas parce que d’autres l’ont fait que c’est de qualité. Je vous donnerai un seul exemple qui n’a pas été écrit par n’importe qui : cette fameuse fable < La cigale et la fourmi > que des milliers d’écoliers ont apprise par cœur, et qui est une ânerie monumentale… Si vous ne trouvez pas pourquoi, je vous l’expliquerai comme l’a fait pour moi un ami du Luberon, malheureusement aujourd’hui disparu mais dont les écrits existent toujours, parmi lesquels on comprend fort bien cette histoire… »

Après avoir envoyé ce message, j’ai pensé ne pas avoir été très aimable et j’ai imaginé ne plus avoir de nouvelles de ce Monsieur. Eh bien, non, il ne semble pas m’avoir pris pour un fou et je reçois de temps à autre un très court message m’indiquant qu’il sera heureux de me lire sur ce sujet. C’est dire qu’il pensait avoir une courte explication – ce que j’avais envisagé au début - avant de me dire que cela pouvait intéresser beaucoup de gens, mais que je ne possédais que les affirmations de Jean-Claude REY et mes propres idées : était-ce suffisant pour faire un écrit cohérent et incontestable tout en pillant le moins possible l’ouvrage de Jean-Claude REY ? Je ne me doutais pas que, sur Internet, j’allais trouver d’autres avis, notamment, pour mieux connaître les cigales. Si vous avez le même désir, je pense que vous devriez aller sur le site PPSchristian flament (vous trouverez là une intéressante vidéo datant de 2012). Cette vidéo, de plus, vous présente « la mutation d’une chrysalide, naissance d’une cigale », dont je ne compte pas parler dans ce papier.

Cigale 003Ensuite, il faut évidemment se rendre sur les sites de critiques concernant cette fable et l’on remarquera que la plupart des critiques relèvent d’une lecture au premier degré : je connais ce problème des lectures au premier ou au second degré car cela change complètement la valeur d’un livre pour un lecteur…  

De fait, la plupart des nouvelles que j’ai écrites l’étaient au second degré, c’est-à-dire que l’histoire était, en première lecture, la relation d’un événement n’ayant, à ma connaissance, jamais existé, relatant en seconde lecture un problème de société, une idée prise dans ma mémoire des cours de philosophie ou chez un philosophe comme Platon qui était très souvent à l’honneur et se trouve dans plusieurs de mes livres sans que la plupart des lecteurs ne s’en soient rendu compte !

                          

                                          Première et seconde lectures…

Si l’un de mes amis, Professeur de faculté à Paris, travaillant pour les Editions du Sagittaire à Wimereux (Pas-de-Calais) qui sortaient surtout des ouvrages d’histoire ou histoire littéraire, m’a dit avoir rencontré Platon sur un marché villageois dans un de mes livres, il a ajouté : « Si tu veux être largement édité, rapproche-toi de grandes maisons d’édition, et si tu veux que ça se vende, quitte Platon et mets du sexe ou du policier dans tes bouquins qui sont trop classiques ».

Dans le même temps, je recevais le journal local de la petite ville du Nord que j’avais quittée après plus de dix ans de travail dans cette région et dans lequel je pus lire : « M. Léger vient de sortir un nouvel ouvrage que vous aimerez autant que les précédents : vous trouverez de nouvelles petites histoires bien sympathiques comme celles que vous avez aimées »

N’allez pas croire que je viens de faire de l’égocentrisme car il est facile d’étayer ce que je viens d’écrire par quelques exemples trouvés ici et là :

« La fourmi est travailleuse, elle anticipe le mauvais temps de l’hiver. Elle est assez proche du paysan qui connaît bien les saisons… »

« La cigale, tout au contraire, chante sans se préoccuper du froid à venir. C’est une sorte d’artiste qui profite de la vie… »

« Généreux et bon vivant comme la cigale… Prévoyant et économe comme la fourmi »

Voilà quelques « moralités » engendrées par une lecture faite au premier degré !

 

                              La même fable lue au second degré…

 

Après cette lecture faite au premier degré, on s’aperçoit, en reprenant le même texte dans une lecture au second degré - comme le fait notre ami Jean-Claude REY- que les personnages, finalement assez sympathiques, changent du tout au tout et que ce texte trouve un sens qui nous avait échappé…

J’avouerai d’ailleurs que cette lecture au second degré m’a même laissé quelque peu rêveur, pas totalement convaincu par les dires de l’auteur et ce à tel point que j’ai repris la première page de ce livre publié par les Éditions « Autres Temps », page de présentation signée « Maurice Bertrand, Professeur honoraire, Lauréat de l’Académie de Marseille ».

Le livre de la cigaleIl estime en premier lieu : « Il n’y a pas d’animal plus courageux et dévoué que la cigale. Pensez donc, accepteriez-vous de passer quatre ans sous terre pour accéder au soleil – et encore, si les prédateurs gourmands vous épargnent, et pour une vie qui ne durera pas tout l’été ? »

Et, Maurice Bertrand de terminer ainsi sa page : « Je ne vous recommande pas ce livre seulement pour la plaisanterie et les récits, dont vous me devinez friand, mais aussi pour son inattaquable sérieux (celui des vrais conteurs, des vrais humoristes)

« Le savant s’incline ici devant le savoir de Jean-Claude REY, et envie son talent à faire rêver ».

Il est parfaitement évident que si l’on se lance dans une analyse des vers, des problèmes vont rapidement surgir car beaucoup de choses sont impossibles…

Jean-Claude Rey prend les deux premiers vers :

« La cigale, ayant chanté

« Tout l’été »

Et d’estimer  que le fabuliste se trompe fort peu car la cigale chante à la saison chaude, à partir du solstice de juin, mais ne parvient jamais à l’équinoxe d’automne. L’été dure trois mois et la cigale ne se fait entendre que deux mois sauf exception.

Quant à l’emploi ici du verbe chanter, il serait peut-être plus juste d’employer le verbe striduler pour la musique émise par les instruments sophistiqués de la cigale…

Continuons les vers de La Fontaine :

« Se trouva fort dépourvue

« Quand la bise fut venue

Jean-Claude REY bondissait alors : « Là, c’est un peu gros puisque la bise ne peut pas souffler sur les cigales qui ont cessé de vivre généralement avant que l’automne n’arrive. C’est l’occasion pour l’auteur de ce livre de bondir sur une autre erreur en poussant l’hypothèse que la cigale soit en vie, en expliquant qu’elle ne se trouverait pas dépourvue en raison de son mode d’alimentation à partir de la sève des arbres qui, même l’hiver, lui en offriraient   encore bien assez pour son petit appétit…

Ne voulant pas non plus trop piller l’auteur de cet ouvrage, nous sauterons quelques vers :

« La fourmi n’est pas prêteuse,

« C’est là son moindre défaut.

« Que faisiez-vous au temps chaud ?

« Dit-elle à cette emprunteuse

« -  Nuit et jour à tout venant

« Je chantais, ne vous déplaise.

« - Vous chantiez ? J’en suis fort aise :

« Eh bien ! Dansez maintenant ! »

Dédicace cigaleDans ces huit vers, Jean-Claude REY indique : « Dans ces huit vers amenant l’immorale moralité  finale, se glisse l’énorme erreur révélatrice de l’imbroglio où se fourvoya le fabuliste faisant dire à la cigale : « Nuit et jour »… Hélas, les cigales ne chantent pas la nuit, même s’il fait très chaud. Les plus accros de la sérénade chantent parfois jusqu’à 22 heures, puis s’endorment jusqu’à leur heure d’aubade, vers 10 heures du matin…

 

Voilà une heure qui me convient  et je vais laisser les personnes intéressées se plonger dans le travail de Jean-Claude REY qui me reprocherait certainement de ne pas avoir dit que, dans le monde des cigales, ce sont les mâles qui chantent…