22 novembre 2009
Deux autres vies d'un humaniste...
L'INVITE DU SITE
Par François LÉGER
II) Le premier roman de Bernard TETTELIN : trente ans déjà !
Bernard TETTELIN, invité du site présenté dans un texte en deux volets, constitue une première pour ce site tout simplement parce que j'ai pensé honnête de parler de lui pour plusieurs raisons... Jusqu'ici j'avais par exemple présenté M. GUERARD en tant que photographe, c'est à dire un homme et une facette de grande qualité.
Mais aujourd'hui, pour avoir eu l'occasion de faire la critique de plusieurs ouvrages de M. Bernard TETTELIN, j'ai découvert au fil des mois, au fil des années, trois facettes méritant de faire de lui l'invité du site... Alors pourquoi m'en serais-je privé, vous en aurais-je privés?... Alors que le Web a cette chance de donner à l'auteur la place qui lui semble nécessaire pour traiter un sujet...
Alors, après le professeur, Bernard TETTELIN a achevé sa première vie - celle de professeur - pour nous parler de celle de l'auteur, c'est bien la moindre des choses, puis de lui-même, ce qui est toujours très difficile.
Alors, reprenons notre conversation avec Bernard TETTELIN...
- Si tous les individus ont, sans y prêter généralement la moindre attention, plusieurs vies au cours de leur traversée terrestre, nous allons maintenant nous intéresser à cette autre vie, la vie d'écrivain, qui est encore la vôtre aujourd'hui. Une vie dont l'origine est plus ou moins lointaine...
" Je suis né de parents < imprimeurs >. Mon père était compositeur typographe, ma mère s'occupait des illustrations. Elle aurait, dans notre société actuelle, exercé dans la conception graphique. Mon grand-père paternel, que je n'ai point connu, eût aimé faire partie des "Hussards noirs" de la Troisième République. Mais à l'époque, les ouvriers ne faisaient pas d'études.
" J'ai donc baigné dans les livres. A 6 ans, mon père me fit découvrir les rotatives de l'entreprise dans laquelle il exerçait. Enfant unique et tardif, je n'ai connu que ma grand-mère paternelle qui est décédée alors que j'avais huit ans. Il me fallut dès lors découvrir la solitude car, petits ouvriers, mes parents ne pouvaient pas renoncer au second salaire et les structures d'accueil, en 1954, n'existaient pas. Cette solitude m'a permis de feuilleter tous les livres que mon père avait entassés dans le grenier. J'ai lu de façon précoce (et naturellement sans tout assimiler, parfois en les survolant) des livres qu'on n'oserait pas confier à nos lycéens de 2009.
- Vous faîtes donc partie de ces auteurs qui sont tombés dans les livres en naissant?
" Vous voulez parler d'atavisme familial? Peut-être! Je fus toujours le "premier de la classe" en français : j'étais aussi doué dans cette discipline que nul en mathématiques! Adolescent, comme tant d'autres, j'ai griffonné des poésies, écrit des "Carnets intimes"...
" Toutefois, ma décision d'écrire est en lien direct avec mon métier. De fait, je vous ai expliqué combien je fus déçu du décalage entre l'idée que je me faisais du monde enseignant et sa réalité. J'ai donc, à l'âge de trente ans, vécu une "crise intérieure" que d'autres font plus tôt, ou plus tardivement.
" Allais-je quitter l'Education Nationale ou y rester tant j'aimais travailler avec les adolescents? Chez moi, cela se traduisit par la création de mon premier roman dans lequel, au travers des personnages, je tentai de peser le pour et le contre. Ainsi naquit "Le volcan éteint" (1979) qui aurait dû finir dans un placard sans jamais se réveiller.
" Or, quelques intimes, par gentillesse et/ou par conviction, m'incitèrent à le confier à une maison d'édition aujourd'hui "en faillite" et dont je tairai le nom... Bien entendu, je me suis fait arnaquer et si quelque cent exemplaires ont été placés, je suis resté avec l'essentiel du tirage sur les bras et des économies écornées. On apprend la vie aussi de cette façon.
- Ce premier ouvrage fut donc un coup d'épée dans l'eau?
"Je ne peux pas dire cela car ce "premier roman" me valut la curiosité des radios locales, de la presse locale et je connus une "notoriété de village"... Pas davantage!
" Par ailleurs, cette publicité, à mon grand étonnement, me valut d'être contacté par Jean GRASSSIN, décédé à ce jour, qui m'honora de quelques conseils, sollicita ma participation à ses "Anthologies poétiques" auxquelles j'ai contribué une dizaine de fois.
" J'ai alors écrit régulièrement afin de laisser à mes cinq enfants (nés entre 1981 et 1989 - Génération Mitterrand pour reprendre un slogan nataliste de la période) une trace de leur père avec des mémoires de famille, des poésies (j'en ai composé peut-être plus de 500); des romans qui étaient sensés témoigner de mes options de vie.
" Ma vie et les drames personnels que j'ai dû affronter ont également alimenté "ma production" : quand je vais mal, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je "m'abrutis" dans l'écriture: c'est gratuit, ça ne détruit pas les neurones, ça ne gêne personne!
- Ainsi, l'expérience un peu difficile dont nous parlions vous a-t-elle mis finalement le pied à l'étrier et votre acharnement sur votre écritoire a-t-il dû vous permettre de vous régénérer et d'avancer?
"Effectivement, à partir du < Nouveau Siècle >, comme ma vie associative a toujours été fournie, j'ai eu la chance de rencontrer des créateurs dans mon département - peintres, sculpteurs, poètes, chanteurs - qui ont élargi mes horizons.
" Avec ces copains de circonstance, j'ai collaboré à divers groupes et un petit éditeur local m'a demandé des nouvelles qui mettent le Nord en valeur: j'allais enfin ne plus rester un inconnu plongé dans son isolement. Ce réseau de "collègues créateurs" m'a permis de "placer" mes travaux d'écriture dont je tirai quelques subsides pour alimenter mon association de jeunes, le Comité des Échanges Culturels de Saint André (Nord).
- Normalement, vous devriez, à partir de ce moment-là, avoir mangé votre pain noir tant il est vrai qu'il est difficile de trouver quelqu'un qui fasse confiance à une plume qui n'a pas de nom. Vous n'étiez plus véritablement un inconnu de par vos nouvelles?
"Mars 2005 marque pour moi un tournant. Comme je suis moniteur de secourisme, intéressé par tout ce qui touche à la médecine, je participe à une conférence, dans ma ville, sur "l'accident vasculaire cérébral".
" Cet exposé était réalisé par Henri DERIMAECKER, fondateur de l'association France A.V.C. sur la région, touché deux fois par la maladie dont il reste handicapé. Il avait été choisi comme bénéficiaire de la subvention spéciale de Saint André aux associations d'intérêt général qui se créaient.
" Or, à l'époque, j'écrivais "Les sursitaires", roman consacré à la souffrance humaine "en général". Je proposai à Henri (qui est devenu un ami) de lui faire don de mon livre: il avait un large réseau d'acheteurs potentiels et il pouvait se faire deux euros de bénéfice par livre vendu... J'ai modifié quelque peu la trame du livre pour la faire "coller" avec l'A.V.C., puis Henri, le Docteur ROUSSEAUX, spécialiste de l'A.V.C. au C.H.R. de Lille, et moi avons relu la maquette...
" Ce fut un franc succès humain et financier pour le roman et donc pour l'Association. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je suis surpris qu'ils n'aient pas "suivi" avec "Le chemin des pathes"...
" Arrive l'année 2006 où je fais la connaissance, encore une fois "par hasard de presse", avec Simone BONNET, puis, de fil en aiguille, avec un certain François LÉGER... Ces rencontres appartiennent aux plus belles choses que la vie m'ait accordées. Vous connaissez la suite.
- Si, vous le permettez, pour avoir lu "Le chemin des pathes", je pense que ce travail, qui est le récit d'une vie parmi les plus difficiles que l'on puisse imaginer, ne cadre pas véritablement avec les problèmes d'A.V.C. En revanche, il pourrait intéresser des professionnels gérant les services hospitaliers accueillant des personnes en fin de vie car il pourrait être très utile aux familles de ces malades.
" J"y réfléchirai mais, pour achever de répondre à vos questions, je dirai qu'à la sortie de mon premier livre, si j'excepte le piège dans lequel je suis tombé, je me suis senti tout drôle: cela fait bizarre de voir son nom sur une couverture de livre. Mais, déjà assez ventru, je me suis gardé de laisser la tête en faire autant!
" Si vous lisiez ce "premier roman", je suis persuadé que, par charité, vous vous contenteriez de sourire... Bien sûr que la plume, comme toute pratique dans la vie, a besoin de bonifier au fil du temps. Il a fallu que je vous connaisse pour savoir si j'étais digne d'écrire, et encore, à ce jour, je dirai : < Oui, je sais utiliser ma belle langue française, j'ai des idées, mais si je traduisais l'opinion que j'ai de Bernard Tettelin en le comparant au monde du football, je dirai que je suis un honnête club de seconde division. >
- Si telle était mon opinion, je ne vous aurais évidemment pas contacté pour être l'invité du site! Mais, je ne vous ai toujours pas demandé si, à l'époque, vous avez considéré votre premier livre comme le livre de votre vie....
" En fait, je crois que, lorsque l'on prend la plume, c'est toujours pour "écrire le livre de sa vie", parce que cette vie, justement, évolue.
- Bien évidemment, mais il reste un point que vous avez laissé dans l'obscurité, un point essentiel qui intéressera tous ceux qui veulent publier leur livre. De fait, vous avez évoqué la fâcheuse expérience de votre premier livre avec un éditeur, mais vous ne nous avez pas dit de quelle manière vous procédiez aujourd'hui pour faire devenir livres vos manuscrits. Votre expérience dans ce domaine me semble être une bonne conclusion à l'entrevue que je viens d'avoir avec l'écrivain.
"A l'exception du livre "Les sursitaires", dont l'impression a été payée par France A.V.C. qui a par la suite empoché la totalité du produit de la vente, je prépare mes maquettes sur ordinateur, j'assure tout le travail de A à Y et un ami reprographe fait le tirage (à prix d'ami) de cette maquette.
" Comme je n'ai nulle prétention de me prendre pour un graphiste ou un imprimeur, mes < productions > restent artisanales et je suis responsable des < coquilles > que j'oublie parfois dans mes livres.
" Mes amis, mes proches, mes connaissances me font l'honneur d'acheter mes livres; la presse locale a la bonté de me soutenir autant que faire se peut. Ce qui me permet de dégager de ces souscriptions des bénéfices qui vont de 100 à 300 euros (Merci de ne pas rire) que je répartis entre certaines associations qui me sont chères. J'en cite quelques-unes: Association Le Faucon - Père Guy Gilbert; France A.V.C.; S.O.S Enfants Sans Frontières; Petits Frères des Pauvres."
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En revendiquant une philosophie de Gauche, Bernard TETTELIN est avant tout un Humaniste...
- Si vous le voulez bien, nous allons abandonner la vie de l'enseignant et celle de l'écrivain pour vous demander "Qui est Bernard Tettelin?"
" Comme le chantait Maxime Leforestier, "On n'a pas choisi de naître sur les trottoirs de Manille ou d'ailleurs...". On vient au monde marqué par un certain nombre de paramètres. Quels sont les miens? Mes parents appartenaient à cette génération qui a vécu les deux guerres mondiales, qui a subi des crises économiques et leurs cortèges de dérèglements sociaux.
" Je tiens de mon père un sens aigu de l'Honneur, un attachement à la Patrie, un contact précoce avec les réalités socio-économiques du monde ouvrier, une ouverture aux autres qui lui valut bien des déboires (autant des patrons que de ses < camarades syndiqués >).
" Ma mère était sans aucun doute plus modérée, plus discrète, avec une finesse intuitive qu'elle utilisait merveilleusement pour préserver l'harmonie, apaiser, rendre l'analyse des événements moins passionnée.
" Je suis sans nul doute "l'enfant de mes parents" et les seules divergences que j'avais avec eux de leur vivant se situaient au niveau religieux...
- Il est vrai que, de notre temps, puisque nous avons le même âge, nous étions pratiquement tous "les enfants de nos parents", ce qui n'est plus forcément le cas aujourd'hui... Mais dîtes-moi ce que "L'enfant de ses parents" en a retenu pour sa vie d'homme...
" J'avoue avoir fondé mon existence sur des Valeurs que mes parents avaient eux-mêmes adoptées: l'honnêteté, le respect des engagements pris, le sens du travail bien fait, la solidarité.
" Ceci explique que, dès l'âge de 14 ans, j'aie gravi tous les échelons de la vie associative et appartenu à une multitude d'associations sociales, culturelles ou sportives. Mon engagement associatif a été, plus tard, mon second métier, ou plutôt un prolongement "civil" de ma vocation de professeur.
" Grâce à ces activités multiples, en tant que directeur de centres de loisirs, de président d'association, j'ai acquis une "valise de brevets en tous genres" et, surtout, j'ai pu côtoyer tous les milieux sociaux (ce qui est rare chez les professeurs qui ne sortent jamais ou si peu de leur monde). J'ai fréquenté le Haut patronat, les milieux bourgeois, le monde rural, les employés, les ouvriers...
- Est-ce cette expérience qui vous a amené, vous que l'on voit comme Humaniste dans vos livres, à prôner une politique de Gauche à "concevoir avec modération"?
" En fait, tout cela m'a amené à revendiquer une philosophie de Gauche, mais j'ajoute que, comme ce fut le cas dans l'enseignement, il y a loin entre l'idéal de Gauche auquel j'adhère et le triste cinéma auquel se livrent ceux qui prétendent l'incarner. Ceci est vrai dans tous les milieux: les socialistes ont trahi Jaurès, les communistes ont tourné Marx en dérision, les curés ont oublié Jésus, à gauche comme à droite, les uns et les autres se servent des grands noms de l'Histoire et des plus belles idées à des fins personnelles
" Je revendique ma part de vérité et j'affirme que la bêtise et la méchanceté humaine comme la bonté et la générosité n'appartiennent à aucun mouvement, aucun groupe en particulier.
" Si je contiens mal ma colère quand je vois le grand capitalisme traiter les hommes en "marchandises", je la contiens aussi mal quand je vois des travailleurs casser l'outil de travail: on peut comprendre la désespérance, on doit tenter de la soulager, on ne doit pas la confondre avec la violence et la destruction de ce qui appartient à tous.
" Je considère les patrons, les sociétés qui délocalisent des entreprises viables pour plonger les hommes dans la misère et exploiter d'autres hommes ailleurs en Europe ou dans le monde comme des "déserteurs"! En temps de guerre on envoie un soldat au poteau pour cela.
" Je hurle de rage quand je constate la désinvolture de certains travailleurs qui n'ont aucun respect de leur travail, d'un client. Ils sont représentatifs d'un monde pourri qui n'est pas le mien!
" Je nage en pleine utopie quand j'affirme que la société des hommes ne pourra pas faire l'économie d'un dialogue clair, d'un partage réel et objectif des responsabilités COMME des profits.
" Il n'existe pas de < mauvais patrons > ni de < mauvais ouvriers >, mais l'Humanité manque de repères acceptés par tous, la rigueur lui fait défaut autant que la générosité et le Socialisme, à mes yeux, n'a pas pour mission de < bouffer du patron > ni d'assister les profiteurs, mais de promouvoir le dialogue social, de rassembler les hommes et les femmes autour d'un consensus et d'assurer la stricte application de ce consensus.
" On a le droit de rêver..."
Les photos de Bernard Tettelin au fil de ses vies nous ont été aimablement prêtées par lui-même.
19 novembre 2009
Rencontre avec un humaniste...
Par François LÉGER
Aujourd'hui à la retraite, l'enseignant laisse l'écrivain travailler à plein temps... ou presque!
Bernard TETTELIN ne compte pas en effet le temps donné aux jeunes et à des oeuvres ou associations caritatives.
Combien de fois ai-je entendu, dans les salons littéraires, des auteurs d'un certain âge - je dirai même d'un âge certain - dire "Vous savez, maintenant, j'écoute ce que me disent les uns et les autres mais, pour ma part, je m'en tiens au vieux dicton de mes pairs < Montre-moi comment tu écris et je te dirai qui tu es >".
Cela peut paraître une pure formule d'homme de plume alors qu'il n'en est absolument rien, croyez-le bien... Pourquoi? Tout simplement parce que vous débusquerez forcément un auteur au coin d'un chapitre, d'une description, de certaines réflexions... à condition de lire son livre avec une réelle attention pour ne pas prendre une mauvaise piste!
J'éliminerai, ici, bien évidemment des amis ou des proches de l'auteur car, pour ma part, je fais en sorte de ne jamais écrire la moindre chose, le moindre événement autobiographiques et tous lisent ma vie dans mes ouvrages! Je crois que ceci est dû au fait que, me connaissant bien, ils extrapolent beaucoup de choses dont je parle dans mes livres. Toutefois, cela étant précisé, je crois tout à fait que les auteurs ont parfaitement raison de dire: "Montre-moi comment tu écris et je te dirai qui tu es"!
De fait, même en ne parlant jamais de sa vie privée, de sa vie familiale, des heurs et malheurs que subit l'auteur, je crois qu'il est pratiquement impossible pour lui de prendre suffisamment de recul dans ses écrits pour ne pas y être omniprésent!
Il est présent tout d'abord dans sa façon d'écrire: il écrit avec le langage d'aujourd'hui, il ne se permet pas la moindre erreur dans la langue de Voltaire ou écrit dans une sorte de style ampoulé? Voilà déjà que l'on cerne un peu la personne cachée derrière sa plume.
Dans certains de ses livres, il vous emmène dans des familles de la "France d'en-bas" ou dans des familles pauvres bien que l'homme de la maison aille travailler tous les matins. Dans la plupart de ses ouvrages, il traite de la difficulté de la jeunesse d'aujourd'hui en employant, bien souvent, le langage de celle-ci... Puis il vous fait penser de temps à autre à Zola en vous dépeignant la situation ouvrière d'aujourd'hui. Vous voilà avec une idée de l'auteur: encore un gauchiste prêt pour une nouvelle révolution pour nous faire une société où il fait enfin bon vivre!
Or, dans le cas de Bernard TETTELIN, si vous ne lisez pas plusieurs ouvrages, il se peut que vous ayez cette image de l'auteur! Mais si vous aviez lu cet ouvrage avec davantage d'attention ou en aviez lu un deuxième pour vous faire vraiment une idée de l'homme caché derrière sa plume, vous vous seriez aperçu que votre première image était fausse et que le révolutionnaire que vous aviez vu en lui est en fait un Humaniste, mais un véritable Humaniste. Il ne fait pas partie de tous ces gens qui donnent des conseils: il retrousse ses manches et fait le maximum..
Dans une première vie, il a retroussé ses manches pour tenter d'obtenir une certaine connivence avec ses élèves car il est persuadé que le drame de notre société est que les professeurs et les élèves ne soient pas heureux d'aller à l'école! Vous pourrez prendre connaissance ci-dessous de l'interview qu'il nous a accordée à ce sujet, une interview d'autant plus intéressante qu'elle est celle d'un homme qui a aimé son métier et ses élèves: ceci est tellement vrai qu'il recherche parfois sur la toile ce qu'est devenu l'un ou l'autre dans sa vie d'adulte.
Puis, dans une deuxième vie, menée un temps en parallèle avec la première, Bernard TETTELIN s'est lancé dans la grande aventure de l'édition qu'il nous explique clairement dans une nouvelle interview dont je ne vais pas dévoiler les thèmes dans ce chapeau de présentation.
Enfin, il s'est livré à une interview peu courante pour répondre à nos questions concernant la troisième vie de Bernard TETTELIN : la sienne! Il nous explique sa conception de notre société et, en se réclamant Homme de Gauche il a l'honnêteté de reconnaître les erreurs du passé et du présent et de voir dans le mot "Socialisme" ce qui est le plus important pour lui : le mot "Social"...
C'est ainsi qu'il s'est engagé dans un certain nombre d'oeuvres et associations caritatives tout en s'occupant de jumelage et de jeunes, ces jeunes qu'il essaie de tirer vers le haut en les intéressant par exemple au théâtre et en les y amenant!
Relisez bien l'un de ses livres et vous verrez que le citoyen transpire au travers de ses ouvrages et que, malgré l'erreur que nous eussions pu faire à son sujet, il est bien vrai que l'on peut dire: "Montre-moi comment tu écris et je te dirai qui tu es".
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Bernard TETTELIN: "Merci, mes élèves, d'avoir fait de moi un Professeur".
- Monsieur Tettelin, il me semble vous avoir entendu dire un jour que l'enseignement avait été pour vous une vocation subite. Ne serait-elle point venue, comme pour beaucoup d'autres, de votre vie d'élève ou de collégien?
" En fait, mon adolescence s'est passée à l'époque des premières aventures spatiales et, à l'âge de 13 ans, je conçus le projet d'être astronaute jusqu'au jour où mon professeur de maths me tapota l'épaule: "Tettelin, vous avez pris conscience de votre niveau en maths?" Je l'ai haï une semaine pour avoir cassé mon rêve, mais, bien sûr, il avait raison.
" De façon plus réaliste, amoureux des trains miniatures (j'en possédais un qui faisait l'admiration de tous), je décidai d'être agent de conduite à la SNCF. Cette passion du rail ne m'a jamais quitté.
" Cependant c'est mon entrée en quatrième qui fut déterminante. Mon professeur principal était une demoiselle de dix-huit printemps (à l'époque, le baccalauréat permettait d'enseigner dans ce que l'on appelait les "Cours complémentaires"). Je n'étais pas méchant pour deux sous, ni misogyne, mais, quand la puberté vous titille, accepter l'autorité d'une "telle demoiselle" m'apparaissait inacceptable!
" C'est ainsi que, un jour, je me suis autorisé une réplique d'une insolence telle qu'elle me valut de la part de cette femme un coup de pied au.... magistral. Impensable à notre époque: elle se ferait tuer!
" Humilié, moqué par les petits camarades, je décidais de me venger. J'allais convaincre mes parents de me changer de collège: moi, le premier de la classe, j'étais un incompris, je voulais changer d'air!
" Je passe sur les détails. Mais une fois l'affaire tirée au clair, je reçus de mon père, qui s'était renseigné, la seule vraie raclée qu'il m'ait jamais donnée en quinze ans et je dus faire des excuses publiques à Mademoiselle GRIMBELLE. La honte! J'étais < cassé > "
- L'aigle que vous pensiez être alors était-il donc définitivement tombé?
"En fait, mon professeur eut la charité de ne pas profiter de ma déchéance. Mieux: à la fin de cette journée infernale, elle annonça à la classe qu'elle avait décidé de constituer - décision d'avant-garde - un Centre de documentation au profit de tous et que, pour gérer ce nouveau dispositif, elle pensait que j'avais les qualités requises pour être son "bras droit". Anéanti le matin, je sortis donc le soir avec un "galon de ministre".
- Il est parfois difficile de prévoir les réactions du sexe féminin...
" Certes, elle m'a < bluffé > comme diraient les adolescents d'aujourd'hui. C'est bien à son génie pédagogique que je dois cette volonté de suivre ses traces et, sorti du collège, j'entrais donc à cette école que l'on disait "normale", à croire que les autres ne l'étaient point".
- Si je comprends bien, votre décision était définitive mais, comment se sont passés vos premiers pas dans le métier car je suppose que de monter sur l'estrade pour la première fois doit engendrer un certain stress...
" Eh oui, en septembre 1964, avec ma jolie blouse blanche toute neuve, je fis mes premiers pas de professeur au collège de La Madeleine (Nord) dont j'avais été l'élève pendant neuf ans (dans le primaire et en cours complémentaires). C'est là que j'ai fait "mes classes" avant de partir pour Saint André (Nord) durant sept ans, puis de revenir à La Madeleine pour ... 32 ans.
- Nous savons tous que lorsque nous choisissons un métier, celui-ci n'est pas forcément ce à quoi nous nous attendions car chaque profession a son aura. Comment cela s'est-il passé pour vous?
"Je suis entré dans le monde des enseignants persuadé que je m'introduisais dans le monde de la Culture, que j'allais me trouver à la pointe de toutes les innovations dans ce milieu qui, à l'époque, jouissait encore d'un incontestable prestige. L'exemple de mes anciens professeurs que j'avais (presque) tous admirés cautionnait mon enthousiasme.
" Mais, j'ai dû très vite déchanter... Le temps de passer mes différents Certificats d'Aptitude, le temps de suivre un cursus universitaire même si l'on m'avait dit < Avec le bac, tu es paré pour enseigner! >; le temps de me rendre compte qu'on était loin des grands principes humanistes qui me séduisaient et j'ai compris que le monde de l'Education était une bulle très conservatrice qui reposait sur une < vitrine de réformes > dont le seul but est de marquer le passage des nombreux ministres que j'ai vu défiler (une trentaine).
" Pas de vagues! On suit son petit bonhomme de chemin, on ne se pose pas de questions: voilà la philosophie existentialiste en vogue dans cet univers où l'on se sent toujours en retard d'une guerre par rapport à la vraie vie."
- Avez-vous pu vous intégrer dans ce schéma qui, à vous connaître, est loin de vos convictions?
"A mes yeux, l'Enseignement devait être au service des jeunes, non pas à celui des enseignants et des parents. J'ai fait le choix d'être un marginal et de vivre mon métier "en première ligne" et non pas "dans les bureaux". J'ai souvent payé cher mes droits de croire que le métier d'enseignant est le plus beau du monde et d'axer mes efforts sur le service des jeunes et non sur la "reproduction d'un modèle social inaltérable".
" Mais cette marginalité m'a fait deux superbes cadeaux: d'abord j'ai eu la chance d'être contrôlé et agréé par des Inspecteurs officiels de l'Education nationale "d'avant-garde" qui m'ont jugé sur pièces et soutenu de façon claire et nette par rapport à la hiérarchie de l'Enseignement Privé ('j'ai omis de dire que j'étais dans le "Privé" qui n'est sûrement pas, quoiqu'on l'appelle, "libre"). Le second cadeau c'est la merveilleuse complicité qui a régné durant ma carrière entre mes élèves et moi.
" Il me faudrait écrire un mémoire (ou deux) pour évoquer ces années-bonheur vécues avec les jeunes, dans le cadre de mon travail (rémunéré), comme dans le cadre périscolaire (bénévole). J'ai eu la chance de vivre ma vocation à 200% jusqu'au bout et, même si la société actuelle méprise sa jeunesse, même si une frange très minoritaire de cette jeunesse fait tout pour susciter le rejet des adultes, même si ce n'est pas toujours facile pour mes collègues de subir le mépris et les agressions devenues courantes, j'ose dire que les adultes ont les enfants qu'ils méritent et que si, dans un jardin, un arbuste pousse de travers, ce n'est pas lui qu'il faut accuser mais davantage le jardinier.
" Ma conclusion sera tout simplement : "Merci, mes Elèves, d'avoir fait de moi un Professeur".
J'aime beaucoup cette conclusion et c'est avec plaisir que nous retrouverons Bernard TETTELIN, pour deux autres de ses vies, le lundi 23 novembre 2009.
18 juillet 2008
Deux coups de foudre dans une vie...
L'INVITE DU SITE
Par François LÉGER
Malgré de nombreux articles, tout n'a pas été dit sur le photographe Henri GUERARD !
On a loué ses travaux devenus de véritables documents, mais on a trop peu parlé du photo-journaliste et de l'humaniste...
Henri GUERARD m'a beaucoup surpris lorsque je l'ai interviewé car, au-delà du photographe dont le nom est connu - et reconnu - de tous les gens du métier et de tous ceux qui ressentent un penchant pour cette forme d'expression, je suis arrivé à rencontrer l'homme sans aucune difficulté... Or, c'était bien avec l'homme que je voulais parler tant il a été dit et écrit sur ses travaux comme si c'était arrivé facilement grâce à un talent inné! Ah, ce talent dont les gens devront comprendre un jour qu'il est fait de 60% de travail, 30% de chance et 10% de cette petite flamme qui s'allume spontanément dans le coeur d'un être humain! Car, qui aurait pu dire, alors qu'il avait quinze ans, que Henri GUERARD serait un jour un photographe connu et reconnu par ses pairs? Non, le petit Henri n'avait pas trouvé, à sa naissance en 1921, un berceau particulièrement garni...
De fait, la vie commence mal... Alors qu'il a quinze ans justement, sa mère décède et le voilà - à deux mois du brevet élémentaire - employé de bureau dans une compagnie d'assurances "où l'ambiance est détestable" précise-t-il tout en ayant un autre sentiment pour son chef de service.
C'est dire que la vie est alors pour lui pleine de ces nuages derrière lesquels on trouve mille soleils et le premier de ces soleils est sa rencontre, en 1937, avec Simone car cela va être le coup de foudre. Premier coup de foudre de sa vie pour cette jeune femme qu'il épouse en 1942 et dont il parle, aujourd'hui encore, après soixante-six ans de mariage, avec une extrême tendresse.
Mais il fait aussi partie de ces jeunes qui ne se laissent pas aller en se lamentant sur leur sort: il décide de faire un autre travail et de s'en donner les moyens. Il s'aperçoit en effet que ses yeux découvrent beaucoup de choses que bien des gens ne voient pas, il regarde avec amour autour de lui et se prépare à vivre son second coup de foudre: celui de la photographie!
Il trouve alors l'école PRISMA pour y apprendre non pas ce métier, mais cet art, ce mode d'expression si particulier et intense. Il suit, dans cet établissement, des cours du soir... complétés par des travaux à réaliser le dimanche. Il explique alors que cela lui a aussi permis de fabriquer lui-même du matériel tout en ayant un nouvel appareil... Puis, en août 1944, il entre à la section cinématographique et photographique des Armées en tant que salarié civil. Et d'avouer en substance: "Là, j'ai pu apprendre énormément de choses en traitant notamment des documents photographiques pour la presse... J'ai été là durant un an et demi, un an et demi qui ont parfaitement complété mes trois bonnes années d'école". En fait l'homme a vraiment découvert l'image photographique et en est tombé amoureux au point de s'installer photographe avec sa douce moitié qui va s'occuper de la comptabilité et aussi du classement des photos dont nous verrons l'importance un peu plus loin...
Le chemin n'est pas terminé...
Le petit employé est devenu un artisan à son compte, non pas par miracle mais parce qu'il avait compris que nous faisons la plupart du temps, aujourd'hui, notre demain... Ce demain était arrivé et il aurait très bien pu s'en satisfaire comme l'auraient fait la plupart des jeunes de son âge...
Imaginez: né à Ménilmontant (et non pas Paris!), le voilà installé, dès 1942, avec son épouse dans ce Ménilmontant qui lui aura donné tant d'images, d'impressions, de choses étonnantes et insolites; ce Ménilmontant dont il témoignera par nombre de ses travaux. Il y est heureux et, après avoir dit "On est là depuis toujours", il aurait pu, depuis cette année 1942, se contenter de travailler en "honnête homme"... Mais ce n'est point là son genre et s'il sait si bien regarder avec ses yeux, il sait aussi regarder avec son coeur.
De fait, lorsque, à la Libération, le père Roger MEUILLET vient le trouver en lui disant: "Je monte un journal, < L'ami du 20ème >, j'ai besoin d'un photographe... mais je ne peux pas te payer", il n'hésite pas à accepter ce "job"... pas très rémunérateur! Mais, en quarante ans, il aura ainsi tellement circulé qu'il aura trouvé le vrai visage du 20ème arrondissement: "J'ai découvert pour le journal ce que je découvrais moi-même et j'ai compris que les gens ne savaient pas regarder..." 
Il a également travaillé - vrai travail cette fois puisque rémunéré! - pendant quarante ans pour les Petits Frères des Pauvres "qui m'ont demandé et permis de voir la vieillesse, de montrer la solitude de ces gens et leurs façons de vivre". Il se souvient également d'avoir organisé, avec son épouse, des lieux de randonnée car "Cela a permis de voir autre chose que ce que les autres voient: voir la France à pied ou en voiture ne permet pas de découvrir les mêmes choses". L'homme se souvient aussi d'avoir essayé de transmettre son "virus" à des jeunes: "J'ai donné des cours dans les maisons de jeunes pour transmettre à ceux-ci l'envie de savoir regarder, d'avoir le désir de voir vraiment la façon de vivre d'un quartier..." Voilà une activité que Henri GUERARD a menée durant quinze ans, de 1970 à 1985, une activité qui est une sacrée ouverture sur les autres.... car il a compris que s'il avoue lui-même avoir été "un voleur d'images", il a tenté d'expliquer à ces jeunes qu'il faut discuter avec les gens, voir comment ils sont car ce n'est que lorsqu'on les connaît que l'on peut faire de vraies photos, ces photos qui ont un sens et sont un témoignage.
"C'est ma vie"
Notre photographe journaliste, sa carte de presse étant allée de pair avec son activité dans "L'ami du 20ème", me donne envie de parler ici non seulement d'un photographe mais aussi d'un photo-journaliste... Certes il a eu son activité d'artisan photographe, mais lorsqu'il se promenait ainsi avec son appareil toujours avec lui - que ce soit dans n'importe quelle condition - il fait bien penser au photo-journaliste qui traque certainement l'événement mais aussi un visage, une attitude, un environnement... 
Car, il explique que ses quelque 150 000 clichés qu'il a réalisés sont bien précieusement classés et que, comme à un photo-journaliste, on peut demander des photos de tout ce que nous avons évoqué, mais aussi des illustrations sur des sujets aussi divers que Paris, les enfants ou les personnes âgées...
Toutefois, il finit par une surprise en disant qu'on peut aussi lui demander de nous faire faire, par son objectif interposé, des voyages dans des pays comme l'Autriche, Israël, La Palestine ou la Thaïlande...
On comprend dès lors qu'il ait lâché, au cours de la conversation : "Pour moi, il y a trois choses formidables dans la vie: ma femme, mon appareil photo et ma pipe..."
Si l'homme vous a donné l'envie de découvrir certains de ses travaux - qui sont aujourd'hui de véritables documents historiques - pour montrer une vie d'une partie de Paris qui est devenue notre hier et ne peut plus être découverte que par de tels documents, il vous reste la possibilité d'acquérir notamment le livre "Photographes de Paris" d'Henri GUERARD édité chez Parimagine.
Les illustrations de cet article sont dues à Henri Guérard et son fils Jean-Claude qui nous ont fort aimablement donné l'autorisation de les publier ici.
14 octobre 2007
Le bonheur de vivre pour son prochain...
En juin, l'Académie Poétique et Littéraire de Provence a accordé à HELGI un premier accessit pour ses écrits présentés au concours 2007 de cette Société...
A ce titre et - surtout - pour son humanisme et son altruisme, HELGI est la première élue de notre rubrique "A la rencontre d'un invité"!
Comme j'ai eu l'occasion de le signaler sur ce site, dès le 23 juillet, par un beau dimanche de la fin du mois de juin, salle des Jardins de l'Idylle de Peypin (Bouches-du-Rhône), a eu lieu la remise des prix du grand Concours Littéraire du Monde Francophone 2007 organisé par l'Académie Poétique et Littéraire de Provence. Une remise de prix précédée, avant le déjeuner annonciateur de la lecture du palmarès (!), d'un Salon Littéraire permettant aux "Académiciens de Provence" de proposer - uniquement - des ouvrages édités et aux peintres d'apporter leur part de talent et de lumière à la journée...
N'étant point nominé pour n'avoir rien présenté à ce concours (!) cette année, cela ne pouvait évidemment pas m'empêcher de participer à cette journée permettant de retrouver des amis et de faire de nouvelles connaissances... Je fus donc présent dès le matin et, alors que je terminais une dédicace de l'un de mes ouvrages, un sac en platique fort semblable à celui que vous trouvez dans votre super-marché préféré atterrit brutalement sur ma pile de livres! Je levais la tête et aperçus à peine une femme me disant : "J'ai fait ce CD sur lequel j'ai enregistré dix-sept de mes poésies". Surpris, je lui demandai si elle voulait les vendre puisqu'il y en avait plusieurs dizaines dans le sac et elle me répondit: "Pas du tout. Je vous les donne: il y en aura pour chaque auteur participant au Salon et pour un certain nombre de lauréats du Concours"...
Sur ce, la dame disparut! Plutôt surpris, je remis le précieux colis à la secrétaire de l'Académie pour en faire le meilleur usage et repris mes discussions avec de futurs lecteurs... Le déjeuner passa et, lors de la remise des prix, voilà que j'allais apprendre que la dame rencontrée le matin avait pour nom HELGI... J'allais l'apprendre car HELGI était bientôt appelée par le président, heureux de lui dire que le jury avait décidé de lui attribuer un premier accessit dans la discipline "Roman - Ouvrage divers - Poésie libre" "En reconnaissance de sa valeur littéraire".
Pour ma part, je dois l'avouer derechef, je suis particulièrement hostile à ce genre de nomination car je vois mal comment on peut attribuer un tel prix présenté généralement de cette manière: "Pour l'ensemble de son oeuvre, à M. ......... est remis....." Pour moi, une société littéraire ne peut remettre un tel prix qu'à une personne ayant déjà été lauréate à plusieurs reprises pour ses écrits... Mais, comment ne pas être intrigué par cette lauréate après l'entrevue du matin?
Je ne résistais donc point et commençais par m'intéresser, le soir même, à ce CD (Compatible PC uniquement)... Ceci veut dire qu'en écoutant celui-ci, on obtient sur l'écran de curieuses images de synthèse. Dix-sept titres dont les paroles sont de HELGI et la musique de HELGI, Jérôme Giudicelli et Jean-Luc Carini. Les douze premiers présentent de grandes similitudes dans la conception musicale et pratiquement un rythme similaire, l'ensemble nous emmenant en réalité quelques décennies en arrière et ayant de ce fait un auditoire très ciblé.
Mais à partir du treizième titre, on doit parler d'eux de manière différente puisque le numéro 13 "Seulement voilà" a des sonorités et une rythmique tout à fait d'aujourd'hui, le N° 14 n'a rien de particulier tandis que le quinzième titre a une rythmique assez alerte sur une harmonie très dépouillée, les 16ème et 17ème réservant encore une nouvelle rythmique.
Ceci fait que, bien qu'honoraire, le journaliste que je suis se devait de partir à la recherche de cette inconnue ... pourtant bien connue à NICE (Alpes Maritimes) où elle réside! De contact en contact, les semaines sont passées jusqu'à ce que je reçoive les "tapuscrits" des écrits présentés par HELGI au concous littéraire...
Les 7 Puissances
De gros "tapuscrits" dont je me devais de prendre connaissance, choisissant de commencer par "Les 7 Puissances".
Ce travail est très particulier, ce que l'on comprend dès la préface puisque l'auteur affirme notamment : "Les prophéties bibliques montrent que le Royaume de Dieu et de Christ a été mis en place en 1914 et qu'il est maintenant prêt à détruire l'ensemble du système de Satan". Pour elle, la Bible a annoncé "les événements qui constitueraient le Signe des derniers jours". Et, d'énumérer des événements qui doivent secouer le monde ainsi que diverses conditions qui auraient été annoncées par Jésus à ses disciples....
Au fil des pages, on se persuade que l'auteur est Témoin de Jéhovah avant qu'il ne termine sur une note d'espoir: "Aussi, chaque fois que vous voyez la lune briller avec éclat dans le ciel nocturne, rappelez-vous la promesse que Dieu a faite à David et rendez lui grâce car son Royaume exerce sa domination maintenant, et pour toujours, à la gloire de Dieu et pour le bonheur éternel des humains fidèles".
On remarquera que, pour ce travail, l'auteur s'est appuyé sur une bibliographie importante qui va des "Saintes Ecritures" à la "Grande encyclopédie" en passant, notamment, par des fascicules comme "La Tour de Garde" ou "Réveillez-vous", revues largement distribuées par les Témoins de Jéhovah.
Que cache Otto
Présenté dans la catégorie "Romans", il va de soi que "Que cache Otto" n'est absolument pas un roman: il n'en a aucune des structures! C'est tout au plus un récit, voire un témoignage dont l'originalité est évidente et dont la lecture peut se révéler très efficace face aux dangers quotidiens qui nous guettent.
Dans ce travail, où HELGI prend un autobus pour narrateur et lui fait relater ce qu'est sa vie, c'est à dire en fait la vie de nous tous qui prenons l'autobus, l'auteur en profite également pour glisser quelques positions religieuses ou syndicales. Cet autobus raconte donc la vie de ses passagers, ces passagers qui sont très divers, qui constituent la société faite de grincheux, de gens aimables, de personnes toujours insatisfaites, d'êtres compréhensifs même si l'égoïsme domine nettement.
D'anecdotes en anecdotes, on prend conscience que l'on ne peut se fier à personne dans cette jungle qu'est la vie... à Nice comme ailleurs, bien évidemment. Et, l'auteur de nous parler par exemple de ce monsieur, à qui l'on a dérobé sa sacoche avec tous ses papiers, qui reçoit un appel téléphonique anonyme pour qu'il se présente à une adresse où on lui rendra son bien. Une bande de voyous l'attendent en fait et lui réclament de l'argent en échange de ses papiers. Mécontents de la modique somme qu'il leur donne, ceux-ci le rouent de coups.
Ces anecdotes sont pleines de leçons qu'il faut savoir tirer et proposent une grande leçon d'humanité. Puis HELGI elle-même pose la question "Pourquoi la vie d'un bus?" avant d'y répondre: "C'est peut-être le hasard, mais surtout parce que le bus est devenu un élément essentiel de la vie quotidienne. Il porte dans ses flans, au long de ses nombreux trajets, toute une humanité aux multiples facettes. Chaque homme, chaque femme, jeunes, vieux, en un tour de ville ou entre deux arrêts, révèle un peu de son caractère, de son tempérament, parfois même dévoile une partie de son existence".
A noter que ce livre a été écrit du temps de Jacques MEDECIN et que trois maires lui ont succédé: MM. BELLET, Jean-Paul BARETY et PEYRAT.
Ceci dit, on bascule alors dans la seconde partie permettant à l'autobus, après avoir été "dénudé" par HELGI, de restituer quelques pensées de celle-ci sous forme de poèmes. La plupart de ceux-ci se retrouvant d'ailleurs dans le "Recueil poétique sans titre" présenté au concours.
Un être peu banal
A travers ces écrits, on découvre un être peu banal et nous avons eu avec elle plusieurs longues conversations téléphoniques, dont une de plus d'une heure durant laquelle elle s'est "mise à nu" si vous me permettez l'expression.
En ce qui concerne le "tapuscrit" dont nous venons de parler, il faut savoir que HELGI a mis cinq ans pour le faire car toutes les histoires, toutes les anecdotes de ce travail sont la relation fidèle de propos entendus dans l'autobus... Elle aurait aimé que ce "tapuscrit" devînt livre, mais si cela ne se fait pas, pour elle ce n'est pas grave: le principal est qu'elle soit parvenue à l'écrire, elle qui "n'a que son certificat d'études"...
Il en va de même pour le recueil poétique même si l'on sent qu'elle est fière de ses soixante-trois poèmes...
Quant au "tapuscrit" "Les 7 Puissances", il en va de même. Pourquoi ne pas le faire éditer par les Témoins de Jéhovah? Si elle a été fidèle Témoin de Jéhovah pendant quinze ans et l'est encore profondément dans son coeur, elle élude gentiment la question.
Il paraîtrait que le journaliste qui l'a débusquée pour venir sur ce site en invitée lui ait donné l'envie de faire sa biographie. Elle a déjà écrit une bonne vingtaine de pages et cet ouvrage ayant pour ossature "sept défauts et sept qualités", décliné en sept chapitres, elle le publiera!
Mais en dehors de ses écrits, que fait de ses journées cette brave dame? A un âge où d'autres s'ennuient, elle, elle est occupée comme toute sa vie l'a été: en témoigne le singulier curriculum vitae qu'elle nous a fourni et dont vous pourrez prendre connaissance confortablement d'un clic de souris sur le document.
Dévouement
Elle était déjà à la retraite lorsqu'on lui a demandé d'être dame de compagnie d'un couple d'un certain âge, il y a de cela douze ans... Elle n'a pas su dire "non" et, depuis douze ans, elle est donc dame de compagnie, entre autres choses... Depuis ce temps, le monsieur est mort, il y a deux ans, à 98 ans, mais HELGI ne pouvait pas abandonner Madame... ayant aujourd'hui 91 printemps. Ainsi, chaque jour que Dieu fait HELGI part de chez elle pour aller à l'hôpital Cimiez de Nice s'occuper de sa patronne, l'aider à manger vers 12 h 15, puis, avant de revenir près d'elle dans l'après-midi et pour le dîner, elle passe nombre d'heures à faire de l'animation dans cet hôpital Cimiez où un accordéoniste, bénévole comme elle, l'accompagne dans ses chansons...
Et, si elle vient à s'ennuyer (!), HELGI n'hésite pas à faire des travaux au crochet pour une aide-soignante attendant un heureux événement, ou à tricoter des chaussons ou faire des couvertures pour des personnes âgées.
Hasard comme tu fais bien les choses: HELGI est venue vers moi comme vers un autre, mais le destin voulait que je la retrouve pour donner ce coup de chapeau des plus mérités à une Niçoise très connue... A ce propos, si HELGI m'a demandé de faire en sorte que les gens voulant la joindre puissent le faire, je n'ai pas voulu donner son adresse car son emploi du temps pourrait inciter quelques malandrins à lui rendre visite... en son absence puisqu'elle travaille sept jours sur sept... Alors, pour la satisfaire, si vous voulez la joindre, cliquez sur "Contacter l'auteur" (dans le sommaire de gauche) et envoyez vos remarques et coordonnées que je me ferai un plaisir de lui faire parvenir.
HELGI, j'ai été heureux de vous rencontrer et souhaite que vous puissiez encore dire longtemps, très longtemps, comme vous me l'avez dit encore il y a peu au téléphone: "Je suis très heureuse, bien dans ma peau et en bonne santé; que demander de plus? ".
François LEGER
