30 octobre 2006
Halloween, Toussaint et Fête des Morts...
Bas les masques! La mort mérite plus de respect et d'ordre...
La deuxième quinzaine du mois d'octobre a coutume de voir les cimetières se remplir d'hommes et de femmes encore certains d'être en vie, venant nettoyer les tombes, les caveaux de pierre ou de marbre, voire ces sépultures que sont les gisants de leurs "chers disparus"... Différentes habitations de ces "chers disparus" - que l'on appelle souvent, à tort me semble-t-il, leurs dernières demeures - différentes habitations qui sont, comme dans les villes de grande solitude, très différentes les unes des autres...
Il faudrait d'ailleurs, pour être complet, évoquer ces autres "dernières demeures" que sont ces petites chapelles rappelant aux visiteurs les petites guérites dans lesquelles s'abritaient autrefois, au passage d'un pays à l'autre, quelques braves douaniers... Une comparaison qui s'impose d'ailleurs d'elle-même puisque ces petites chapelles abritent aujourd'hui des gens qui ont franchi cette frontière devant laquelle se trouvent à cet instant les membres de leurs familles venant leur montrer qu'ils ne les ont pas oubliés... La frontière entre la vie et la mort.
Pourquoi de telles différences entre toutes ces habitations? Pour ma part, je pense qu'elles sont dûes à l'un des trois états d'esprit suivants.
Le premier est la fortune familiale qui, si elle est importante, oblige à donner à celui qui part une sépulture digne de la "classe sociale" dans laquelle il vivait. Le deuxième est la volonté de ceux qui restent de montrer combien ils sont riches et puissants, ou bien capables de s'endetter pour prouver qu'ils ne sont pas "n'importe qui". Enfin, le troisième est la résultante de l'amour porté au défunt et de la fortune qu'il laisse! Cette brave grand-mère pourra "se ruiner" parce qu'elle considère qu'il n'y a rien de trop beau pour cet homme qui lui a donné tant d'années de bonheur. Cette autre femme - qui, au funérarium, s'est jetée sur le cercueil en pleurant avant de se consoler, en quittant ces lieux, dans les bras de son amant - trouvera que moins l'enterrement coûtera cher, mieux ce sera...
Toujours est-il que la deuxième quinzaine du mois d'octobre a coutume de voir se remplir d'hommes et de femmes ces cimetières où prennent un repos éternel (?) tous ces humains qui ont passé leur vie à se croire indispensables, riches, heureux, malheureux, beaux et grands, rarement stupides et méchants... Tous ces humains qui ne voient leur famille qu'à cette époque de l'année et quelques jours plus tard, le jour de la Toussaint, jouant aux plus gros et aux plus nombreux pots de chrysanthèmes en raison des mêmes sentiments éprouvés dans le choix de l'enterrement.
Peu importe d'ailleurs à ce mort qui a été trompé, berné et volé toute sa vie par sa charmante épouse ici présente, avec son pot de chrysanthèmes et son nouvel amant, qu'elle soit venue le jour de la Toussaint... Au contraire, cet homme qui pense, à la manière de Pierre Doris, "Les morts ont de la chance: ils ne voient leurs familles qu'à la Toussaint"... au contraire, cet homme est heureux d'être honoré non pas le jour de la Fête des Morts, mais celui de la Fête de TOUS les Saints... Un homme qui mérite bien, d'ailleurs, cet honneur pour avoir supporté son épouse pendant plus de trente ans!
Mais, ne voilà-t-il pas que je me mets à transcrire des états d'âme d'un mort? Serais-je fou ou serais-je mort sans encore avoir appréhendé mon nouvel état?
Car, en fait, je reste persuadé que la mort n'est pas une fin, bien au contraire. D'ailleurs, pour vous en convaincre, réfléchissez à tous ces vivants qui sont autour de vous et que vous aimez dans leurs morts! Dans leurs morts? Bien évidemment puisque par exemple, tous les parents - en principe! - aiment leurs enfants davantage peut-être quand ceux-ci leur ont donné des petits-enfants, mais ils aiment ces adultes en gardant en tête l'image de leur bébé, de leur enfant, de leur adolescent, tous ces êtres qui sont morts depuis longtemps et qu'ils aiment encore...
Suis-je en train de dire que les morts et les vivants peuvent communiquer entre eux alors que je vous parle de la Fête des Morts, de la Toussaint et d'Halloween? Certes, mais en évoquant ces trois fêtes, il ne peut en être autrement comme vous pourrez vous en persuader en compulsant un merveilleux outil de culture qu'est "Le livre des superstitions" (Mythes, Croyances et Légendes) d'Eloïse Mozzani publié, en 1995, dans la collection "Bouquins" de Rober Laffont.
Tout d'abord, rendons à César ce qui lui appartient et n'hésitons pas à traiter de menteurs et d'usurpateurs ces gens - principalement des commerçants - qui vous disent, depuis quelque temps, "Les jeunes s'écartent de toutes les traditions et même Halloween ne fait plus recette". Car, soyons clairs: la Fête d'Halloween n'est arrivée en France que récemment et a été accueillie avec bonheur par des commerçants qui ont vu en cette "toute nouvelle tradition" un événement porteur de ventes entre la rentrée scolaire et Noël, morne période pour les vendeurs de friandises, gadgets et déguisements divers!
D'ailleurs, Eloïse Mozzani explique : "Dans les pays anglo-saxons, c'est le 31 octobre, à Halloween (ou à All Hallow Even) veille de la Toussaint, que les esprits des morts et les forces surnaturelles peuvent sortir une dernière fois avant l'hiver. Dans la tradition américaine, la Fête de Halloween, caractérisée par une citrouille évidée et illuminée, est très populaire: on se masque ou on se déguise, les enfants font des quêtes de friandises".
Donc, arrêtons les âneries, nous ne sommes pas, que je sache, un pays anglo-saxon! Peu importe que je trouve cette tradition de mauvais goût chez nous l'avant-veille de la Fête des Morts, l'important est de ne pas nous faire coloniser par les Etats-Unis...
Sans faire de l'anti-américanisme primaire, il me suffit d'entendre ces grands joueurs de football français nous expliquer : "Malgré un penalty out et un corner qui ne nous a pas permis de scorer..."! Une phrase qu'un ami m'a traduite: "Malgré un tir au but et un coup de pied en coin, qui ne nous a pas permis de marquer un but"...
Revenons donc dans notre beau pays de France pour y retrouver nos vraies traditions, nos vraies fêtes que sont la Toussaint (fixée au 1er novembre vers l'an 800) - qui fête tous les saints - et le Jour des Morts, consacré aux défunts (2 novembre).
S'il est vrai que la confusion entre ces deux fêtes peut s'expliquer, de nos jours, par le fait que la Toussaint soit un jour férié, ce qui n'est pas le cas pour le jour de la Fête des Morts, la confusion n'est pas réeellement dûe à un problème matériel. Ce problème matériel étant que les familles, désormais de plus en plus éclatées par la nécessité d'aller là où on trouve du travail, choisissent logiquement de se rendre au cimetière le jour où elles ne travaillent pas.
Non, il faut savoir que si, par exemple, les Grecs, les Romains, les anciens Germains ou les anciens Slaves fêtaient leurs morts à des époques différentes et avec leurs propres coutumes. "Les Celtes célébraient, la nuit du 1er novembre, qui correspondait au premier jour de l'année, la Fête de Samain (Samonios). Cette nuit-là, le monde des vivants communiquait avec celui des morts" explique Eloïse Mozzani.
Et, de mes lectures, je déduis personnellement que de nombreuses superstitions font que la nuit de la TOUSSAINT appartient aux trépassés: on en trouve la trace en Bretagne, dans les Vosges, en Franche-Comté, à Aurillac (Cantal), voire en Alsace.
Que de coutumes différentes dans toute l'Europe!!!
C'est dire, plus clairement, que cette confusion est dûe surtout à notre histoire qui a, très souvent, fait côtoyer nos racines judéo-chrétiennes avec des rites païens...
Et, cette histoire de mériter le respect puisqu'elle est la base de notre façon de penser et de notre société... Puis, dîtes-moi, après avoir renvoyé Halloween dans ses foyers, est-il important d'honorer nos morts le jour de la Fête des Morts ou celui de la Toussaint? Personnellement, je ne le pense pas mais ce qui est tout à fait regrettable est de voir tous ces gens déposer leurs pots de chrysanthèmes en pensant qu'ils ont fait "leur bonne action"... L'amour porté aux disparus ne se mesure pas à la sépulture ou aux chrysanthèmes, mais à une pensée régulière dans notre coeur. De fait, tant qu'il y a un seul être sur terre pour penser à un disparu, celui-ci reste parmi nous, en nous, tout en continuant à évoluer dans son cadre de vie par des morts successives comparables à toutes ces morts vécues dans sa vie sur terre.
François LEGER