François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

01 décembre 2009

Un écrit sans montée en puissance

                    LU POUR VOUS

                Par François LÉGER

"Enfants  pour l'enfer" de Gilles BIZIEN:
un roman fantastique? Oui!
Un livre palpitant? Certes, non!

La vie est parfois surprenante puisque je viens de recevoir, d'une maison d'édition canadienne, un ouvrage de Gilles BIZIEN, né en 1970 à Harfleur, dans le nord de la France! Cet ouvrage - ayant pour titre "Enfants pour l'enfer" - me promettait quelques moments fort agréables puisqu'il s'agit là d'un "court roman fantastique", un  genre d'ouvrages que je reçois assez rarement... Toutefois, ceux que j'ai eu l'occasion de lire pour cette rubrique ne m'ont jamais déçu, mais il faut croire qu'il y a véritablement une fin à tout...

Nouvelliste de mon état, comme vous le savez, j'attends d'un roman fantastique qu'il soit totalement cohérent, prenant - sans nous faire quitter le monde d'un chapitre pour plonger brutalement dans celui du suivant, la transition entre les deux parties ne venant qu'au bout de quelques pages - et qu'il monte en puissance au fil des événements. C'est dire que j'attends une construction assez rigide sur laquelle l'auteur laissera aller son imaginaire pour nous plonger dans le monde qu'il a d'ores et déjà créé dans son esprit et nous emmener avec ses personnages, parfois des plus inquiétants, dans des situations virtuelles qu'il s'est donné pour tâche de nous rendre réelles au point de nous tenir en haleine sans que, jamais, nous n'ayons envie d'arrêter notre lecture... Une lecture que nous sommes parfois obligés de suspendre à regret, mais le plus temporairement possible...

Bien évidemment, pour nous prendre ainsi en "otages", l'auteur doit développer une histoire - complètement irréelle, inquiétante parfois, nous donnant aussi de temps à autre le frisson - une histoire dont les événements qui se succèdent nous semblent arriver d'évidence presque de la première à la dernière ligne sans qu'il n'y ait la moindre rupture dans le texte mais, bien au contraire, une montée en puissance dans ces événements fantastiques pour que nous finissions par les tenir pour vrais bien avant le mot "Fin" correspondant à une fin inattendue...

L'auteur est libre de ses choix...

Mais il est bien évident que ceci est ma conception du roman fantastique et ne sera pas obligatoirement celle de tous ceux qui liront cette recension littéraire quelque peu curieuse.

En fait, je voulais montrer derechef que le choix de construction de son roman fantastique consistant à écrire quelque cent-quatre pages présentées sous la forme de treize chapitres en nous expliquant, sur la quatrième de couverture, "Enfants pour l'enfer est découpé en treize chapitres pour mieux provoquer frayeurs et frissons", avait été une erreur de conception de la part de Gilles BIZIEN... Je reste en effet persuadé que cet auteur ne provoque pas, dans cet ouvrage, frayeurs et frissons, principalement en raison de ce "saucissonnage" de l'histoire dans laquelle il  voudrait nous entraîner.Pop_Fiction_6_octobre_2009_001

Si j'ai écrit "dans laquelle il voudrait nous entraîner", c'est justement parce que je ne pense pas que l'on puisse se laisser emporter par ces treize chapitres qui ne constituent pas à mes yeux le développement logique d'une situation ou d'un événement qu'attend le lecteur... Pour ma part, j'ai ressenti, à chaque changement de chapitre, comme une fracture dans l'histoire avant de comprendre, quelques pages plus loin, où j'en étais. C'est dire que je me demande, en admettant ce schéma pour un  tel ouvrage, si l'auteur n'a pas manqué ses transitions, ces transitions si difficiles à faire certes, le même problème se présentant au nouvelliste qui doit faire et refaire très souvent ce que j'appelle des "articulations", ces passages qui doivent assurer la fluidité du texte...

En revanche, on trouve parfois quelques digressions comme c'est le cas dans le chapitre IX, digressions métaphysiques intéressantes mais que l'on voit mal dans l'esprit du personnage qui est sensé les élaborer...

Quant à la cohérence globale du livre, cela me laisse pensif.  De fait, je vois mal l'intérêt de ces pages sur l'orphelinat et les fugues de certains enfants, plus exactement le lien entre cet orphelinat et la phase finale de cet ouvrage.

Me demandant pourquoi je n'ai jamais eu de frissons ou frayeurs pendant cette lecture alors que je suis habituellement un bon spectateur dans ce genre cinématographique ou littéraire, je crois que c'est parce qu'il n'y a aucune montée en  puissance. Les événements se succèdent avec platitude: on découvre treize tableaux les uns après les autres, des tableaux dans la plupart desquels l'inspecteur Colombo ferait figure d'un homme ô combien satanique... Il est vrai que l'horreur est présente ici et là, mais avec beaucoup de parcimonie...

Je voudrais cependant remercier l'auteur de ne point avoir massacré notre langue comme c'est trop souvent le cas actuellement: dommage qu'il ne se soit pas vengé en cherchant à faire naître une peur viscérale dans son roman....

En revanche, si ce texte ne m'a pas fait frissonner, je dois souligner que j'aime beaucoup la couverture de cet ouvrage dont l'illustration est de Gilles BIZIEN.

"Enfants pour l'enfer"

Gilles BIZIEN

104 pages - Canada : 12,95 $; Europe: 12 euros.

Éditions Pop fiction - En vente sur www.amazon.com et toutes les librairies françaises sur commande.
En cas de difficulté, s'adresser à  edpopfiction@videotron.ca 

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03 septembre 2009

L'Homme le coeur à nu...

                     LU POUR VOUS

                 Par François LÉGER

Des personnages hors normes, un réalisme sans "misérabilisme" et un style précis...

"D'autres vies que la mienne": un livre poignant d'Emmanuel CARRERE

Quand on a passé trois après-midi avec Emmanuel CARRERE en étant plongé dans son ouvrage "D'autres vies que la mienne", il est absolument évident que l'on a d'abord besoin de se changer les idées, d'évacuer certaines choses avant de revenir à la réflexion qui s'impose, qui est inévitable, qui est inéluctable... Une réflexion non seulement engendrée par le thème du livre, mais bien davantage par ces conduites quelque peu hors du commun des différents personnages qui font de cet ouvrage quelque chose de fort et de poignant qui ne s'efface pas d'un vague coup de gomme...

De plus, il est évident que l'on peut se poser la question de savoir si ce récit est vraiment le récit d'événements vécus par l'auteur comme ils sont présentés sur la quatrième de couverture de l'ouvrage. Mais, tout porte à croire ceci: "Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai."

Mais il est des journalistes qui veulent être certains des faits, qui les vérifient et les recoupent avant d'aller plus avant... Ce qui a été mon cas pendant ces quelques décennies passées à écouter, regarder, chercher à comprendre et analyser les faits avant de les donner en pâture  au lecteur. C'est la raison pour laquelle je suis allé voir ce que l'on disait de cet auteur et de ce livre sur différents sites Internet et la plupart des articles que j'y ai trouvés m'ont énormément surpris...

Ces articles m'ont surpris parce que, pour la plupart, ils n'étaient pas des recensions de cet ouvrage, mais tout bonnement des résumés... Est-ce à dire qu'il est impossible de faire une analyse critique de ce travail? C'est la question que je commence à me poser car j'étais conscient, en refermant cet ouvrage et en relisant mes fiches de lecture, que j'allais avoir fort à faire! Ne peut-on pas aller plus loin que le synopsis de ce livre expliquant que l'auteur a été le témoin de la mort d'une fillette en Indonésie et de celle de sa belle-soeur en France, deux drames qui sont l'objet de ce travail d'un auteur quelque peu métamorphosé? Je pense que ces quelque trois cents pages d'Emmanuel CARRERE, écrivain et cinéaste né en 1956, fils d'Hélène Carrère d'Encausse, méritent que l'on fasse l'effort de transmettre aux lecteurs de critiques littéraires quelques remarques et émotions qui devraient leur donner l'envie de plonger à leur tour dans "D'autres vies que la mienne"...

Alors, je prends le risque tout en étant conscient de la difficulté de la tâche et en me refusant de me livrer à un résumé de ce livre que l'on ne peut lire que dans le calme et avec la plus grande attention en raison de sa complexité. Une complexité dont est d'ailleurs victime l'auteur lui-même qui se croit obligé de préciser (p. 71) : "Juste avant les vacances de Noël, elle avait eu une embolie pulmonaire", une information relative à ce personnage qu'il nous avait déjà donnée à la page 8... Il est cependant possible que l'auteur ait fait là une répétition pour bien montrer que nous allions basculer dans la deuxième partie de l'ouvrage.

La Vérité de l'Homme ne peut pas échapper à une catastrophe...

Car, c'est bizarrement à cet endroit que l'on quitte véritablement la première épreuve terrible vécue par l'auteur: voir un couple perdre sa fille dans le Tsunami de décembre 2004 alors qu'Emmanuel CARRERE était en vacances au Sri Lanka avec sa compagne. En dehors du témoignage qu'il donne sur le Tsunami et les images d'horreur qui se présentent à lui, images que nous avons pratiquement tous vues "de l'extérieur" à la télévision, l'auteur s'intéresse à la conscience humaine dans une telle catastrophe.

En voyant ces parents qui ont perdu leur fille pendant qu'ils étaient au marché, il croit lire en eux ces réflexions "Si nous l'avions emmenée, elle viendrait ce matin encore nous rejoindre dans notre lit. Le monde serait endeuillé autour de nous mais nous serrerions notre petite fille dans nos bras et nous dirions: Dieu merci, elle est là, c'est tout ce qui compte"... L'âme humaine n'est-elle pas ainsi?

Mais il n'oublie pas cette femme dont on n'a pas retrouvé le mari et qui espère tant qu'elle le peut... Il ne l'oublie pas et dit "Je pense en l'écoutant: cette femme a tout perdu, mais c'est qu'elle avait tout, du moins tout ce qui compte. L'amour, le désir qu'il dure, la volonté de le faire durer et la confiance: il durerait. Moi qui en ai tant d'autres, je lui envie cette richesse." Ah, si l'âme humaine était toujours ainsi!

Or, pratiquement cinq ans après le Tsunami dont l'auteur ne manque pas de nous donner des images terribles, ce Tsunami qui a frappé brutalement en un lieu précis comme dans ce village où il a semé la mort en épargnant d'autres parties de cette entité humaine, ce que je trouve le plus intéressant est ce regard sur les réactions des uns et des autres dans cette détresse, ce regard qui pénètre l'âme humaine qui, dans de telles conditions, ne triche pas mais se montre telle qu'elle est: noire et égoïste ou bien pleine de richesse... Un regard d'autant plus intéressant que l'on est amené à se demander, lors de cette lecture, l'attitude, les actes et les pensées qui auraient été les nôtres à la place de tel ou tel personnage pris dans cette Vague semant brutalement la mort...

Toutefois, ce regard d'Emmanuel CARRERE ne se résume pas tant il est personnel et mérite que l'on s'y attarde vraiment, tant il nous persuade que la Vérité de l'Homme ne peut pas échapper à une catastrophe...

Revenu de cette sorte d'enfer physique pour certains, d'enfer moral pour d'autres, l'auteur va faire connaissance avec une nouvelle catastrophe: l'annonce, une quinzaine de jours après son retour en France, d'un deuxième cancer dont est victime sa belle-soeur. S'il savait que celle-ci avait déjà eu un cancer au cours de son adolescence, il s'aperçoit qu'il ne connaît pas grand-chose de cette belle-soeur, Juliette, en s'interrogeant: "Que savais-je d'autre, alors, à son sujet? Qu'elle marchait avec des béquilles, qu'elle était juge, qu'elle habitait près de Vienne, dans l'Isère".

Il apprend alors à la connaître et, en bon cinéaste, utilise le flash-back (plus qu'à son tour) qui va lui permettre, par exemple, de nous présenter également Étienne qui, lui, a été amputé d'une jambe à l'âge de vingt-deux ans à la suite d'un second cancer ayant atteint le même membre... Oh, ce n'est pas du tout ce que vous pensez: cette rencontre n'est due en aucun cas au fait qu'il soit victime de la maladie comme Juliette mais uniquement parce qu'ils formeront tous les deux un couple de talent dans leur travail...

Devant de "petits" dossiers, certains juges ont de la noblesse!

D'ailleurs, après la mort de Juliette, Étienne rira en racontant sa rencontre avec elle: déjà juge, on a frappé à la porte de son bureau, il a dit "Oui, entrez" et quand il a levé les yeux elle s'avançait vers lui sur ses béquilles quand il a pensé "Chouette! Une boiteuse"... L'instant d'après il s'est intéressé au personnage et l'auteur nous donne presque une joie en écrivant: "Sa façon d'avancer vers lui sur ses béquilles: il a tout de suite pris cela comme un cadeau. Et il s'est tout de suite senti joyeux de pouvoir lui faire un cadeau en retour. C'était tout simple: il suffisait de se lever et de contourner le bureau pour lui montrer que, même s'il n'avait pas de béquilles, il boitait lui aussi"!

Mais ce qui les unira est tout autre chose: l'amour de leur travail, l'amour des autres et leur force à tous deux pour faire face à des situations difficiles et douloureuses, sans oublier le courage de se battre pour le bien des autres. C'est ainsi que, puisque tous deux travaillent pour une commission de surendettement, le lecteur pourra trouver que trop de pages y sont consacrées et qu'il y a là un peu trop de misérabilisme. C'est notamment le cas lorsqu'il est question des méthodes de sociétés de recouvrement à la page 175. Ces pages consacrées aux commissions de surendettement et de faillite civile ne sont pas véritablement passionnantes même s'il n'est pas inintéressant de voir mettre sur le même plan l'abus de crédits et des malheurs qui peuvent vous tomber dessus sans que l'on ait fait quoi que ce soit.

Toutefois, j'en retiendrai quelque chose d'intéressant qu'il faudrait absolument médiatiser au lieu de faire de "l'information" avec des gens qui ne sont rien mais s'imposent partout... Médiatiser ce qui est à l'origine de beaucoup de catastrophes financières familiales: "Le problème est que les établissements de crédit ne respectent pas ces lois et que les consommateurs - qu'elles sont sensées protéger - ne les connaissent pas" (p. 179).

Si l'attitude de quelques-uns de ces juges devant certaines situations inextricables est effectivement noble et digne, l'auteur va un peu loin à mon goût dans l'expression utilisée à la page 181: "D'abord, du point de vue du malheureux surendetté..." De fait, ce surendetté peut effectivement être une victime comme l'un de mes amis qui a eu le tort de faire tourner son usine à 90% pour une grande marque automobile qui, remettant toujours à plus tard ses paiements, l'a mené à la fermeture... Ce peut-être le cas d'un petit garagiste qui se retrouve dans le rouge pour avoir trop de clients qui "paieront bientôt"... Mais, il faut tout de même admettre que la plupart des surendettés sont des gens qui veulent toujours plus et achètent toujours plus ce qu'ils n'ont pas les moyens d'acquérir.D_autres_vies_que_la_mienne

Mais il est vrai aussi que ce travail permet de disposer d'un bon schéma de la psychologie des organismes de crédits et de celle de leurs clients...

Bien évidemment, on l'aura compris, ce sont tous ces dossiers qui permettent à Juliette et Étienne de tenir le coup et d'aller toujours en avant, mais aussi d'avoir, non pas une amitié, mais une sorte de fraternité affective... Ceci pour essayer d'avoir les mots justes, ces mots justes auxquels nous invite l'auteur, pour mon plus grand plaisir, à la page 79...

Se souvenir le plus possible de ce qui est bien...

Malheureusement, après ces années de labeur, Juliette arrive à la fin de sa vie en nous donnant un certain nombre de leçons à ne jamais oublier... Tout d'abord, il est étonnant que l'on finisse par parler de sa mort prochaine sans détour, sans langue de bois, en l'envisageant somme toute comme quelque chose de logique.

Ainsi  assiste-ton à une scène étonnante (p. 249) peu avant le départ de Juliette lorsque celle-ci explique à Etienne qu'elle a, maintenant, peur de la mort. Elle parle sereinement : "Mais, maintenant, à cause des petites, ça me fait horreur. L'idée de les laisser me fait horreur, tu comprends?". Quelle mère de trois petites filles ne réagirait-elle pas ainsi? Mais, en revanche, quel ami répondrait-il: "Si tu meurs, elles n'en mourront pas"?

"Ce n'est pas possible, elles ont trop besoin de moi. Personne ne les aimera jamais autant que moi'" poursuit Juliette qui s'entend répondre par Etienne : "Qu'est-ce que tu en sais? Tu es bien prétentieuse. J'espère que tu ne vas pas mourir maintenant, mais si tu dois...".

Est-ce là de l'indifférence?  En aucun cas, c'est bien au contraire un partage profond, cette volonté d'être vrai qui va s'installer aussi dans la famille.  On verra même Juliette répondre à la question de l'une de ses filles "Maman, est-ce que tu vas mourir?" que "Oui, tout le monde meurt un jour"... Elle explique alors que ses soeurs et son père mourront aussi dans très longtemps mais que elle ne mourra pas dans très longtemps "Mais quand même dans un petit peu longtemps".

Cette relation d'honnêteté réciproque existe entre Juliette et son mari, Juliette et ses parents, mais aussi entre Étienne et elle-même, même si cette relation est différente dans la mesure où, du fait de ce qu'il a vécu, il est le seul à pouvoir tout comprendre et le plus à même de l'aider en ces horribles moments.

Car si Juliette est la première à dire qu'il ne faut pas en vouloir aux autres de leur bonheur quand on est dans le malheur, elle sait que seul Étienne peut tout appréhender, Étienne à qui elle dit, dans l'un de ses derniers moments: "Étienne, tu fais partie des quelques personnes qui ont donné un sens à ma vie, grâce à qui je l'ai vraiment vécue. Je pense que, malgré la maladie, ça a été une bonne vie. Je la regarde, j'en suis contente."

Que dire de tous ces gens qui sont "vrais", dotés d'une volonté et d'une force intérieure hors du commun tout en ayant toujours de la pudeur? Comment ne pas admirer ces gens qui ne savent pas ce que c'est que d'envier et acceptent totalement la maladie en arrivant à considérer qu'elle fait partie d'eux-mêmes, ces gens qui ne larmoient jamais et ne connaissent pas le misérabilisme, mais expliquent au contraire qu'il faut savoir profiter des petits moments de bonheur lorsqu'ils sont là afin d'éviter de se dire plus tard que, à tel moment, on était heureux...

Et pourtant, ils souffrent! Juliette souffre et fait même part de son horreur des traitements, de souffrir sans arrêt et pour rien, sans espoir de guérir, juste pour mettre plus longtemps à crever... Mais elle ne s'ouvre ainsi qu'à Étienne et ira jusqu'au bout tout en demandant au corps médical qu'il l'aide à tenir pour ce qu'il reste à faire, mais pas au-delà... En fait sera-t-elle encore consciente à la dernière venue de ses filles? Toujours est-il qu'elle part en étant persuadée que, malgré la maladie, sa vie a été une belle vie...

Voilà un grand livre qui témoigne de ce dont l'Homme est capable et des forces insoupçonnées qui l'animent.

"D'autres vies que la mienne"

Emmanuel CARRERE

310 pages - 19,50 euros
P.O.L Éditions.

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01 août 2009

Préserver des petits gestes d'amour...

                      LU POUR VOUS

                  Par François LÉGER

"Tobias en errance": un roman de
Bernard TETTELIN? Plutôt un essai!

Des thèmes comme l'exclusion par la différence - ou par l'indifférence - les philosophies du bonheur ou de l'humanisme, ou encore une réflexion sur tous ces hommes et ces femmes qui vivent comme s'il était évident de vivre et ne se posent jamais de questions à ce sujet, largement développés par Bernard TETTELIN dans le dernier livre qu'il m'a fait parvenir - "Tobias en errance" - , me semblent bien plus relever de l'essai que du roman...

De plus, en lisant ce livre avec attention, on ne peut pas ne pas se rendre compte que le personnage de Tobias, créé pour la circonstance par l'auteur, ne nous emmène pas dans une rêverie pour jeunes filles en fleurs, mais bien davantage sur les questions que se pose un sexagénaire sur sa vie, sur La Vie, sujets que ne pourrait pas traiter un tout jeune écrivain faute d'avoir vécu et d'avoir vécu en regardant... la Vie et les gens vivre. La trame, qui n'est pas vraiment romanesque, ne m'apparaît donc que comme la structure sur laquelle l'auteur a pu se livrer à ces réflexions sur des questions parfois aussi vieilles que le monde...

Toutefois, avant d'aller plus loin - devant être vendu par souscription au profit des associations que soutient l'auteur - le livre que j'ai reçu est, je l'espère vivement, une sorte de "prototype" car il demande quelques améliorations sur le plan technique et, parfois aussi, dans sa rédaction.

De fait, comme je crois m'en être déjà ouvert dans cette rubrique, il va de soi que lorsque je mets une recension en ligne, celle-ci doit respecter à la fois le lecteur et l'auteur, raison pour laquelle j'ai eu, avec le travail de Bernard TETTELIN, quelques difficultés à écrire cette analyse critique.

Respecter le lecteur? C'est lui présenter un livre, non pas de manière objective - car c'est là l'Arlésienne de toute recension - mais de façon honnête: pas de copinage, pas de vengeance, d'envie de quoi que ce soit ou d'animosité. Relever ce qui est digne d'intérêt et apporte une plus-value à l'ouvrage en n'oubliant pas les côtés les plus négatifs qui, bien souvent, malheureusement, l'emportent.

C'est ainsi qu'avant d'écrire toute recension, je m'enferme dans mon bureau avec l'ouvrage sur lequel je dois travailler, fiches de lecture à portée de main, pour découvrir un livre en faisant une totale abstraction du nom de son auteur. Ce n'est qu'au moment de faire mon titre que je retrouve l'identité de l'auteur ou bien lors d'un thème qu'il ne peut pas s'empêcher de traiter dans chacun de ses ouvrages...

Tenir compte de certains cas de figure...

Mais il est parfois d'autres cas de figure dont je pense devoir tenir compte. De fait, je le dis tout net: si ce livre de Bernard TETTELIN  m'avait été adressé par l'éditeur après sa mise en rayons dans les librairies, je n'aurais pas manqué de dire que c'était là un produit artisanal, non fini et aucunement un ouvrage à conseiller malgré sa richesse intellectuelle et humaniste.

Toutefois, ici, la situation est différente si, comme je le pense, j'ai en mains une sorte de "tapuscrit" devant se transformer en un vrai livre qui vous sera proposé pour dix-huit euros (20 euros frais de port compris)après une relecture attentive, des corrections d'auteur et un peu plus de sérieux de l'éditeur! Toutes choses parfaitement réalisables entre le moment où j'écris ces lignes - jeudi 23 avril, en en faisant part à l'auteur par courriel ce même jour - et celui où cette recension doit paraître: le samedi 1er août. Ceci me donne le droit de penser que Bernard TETTELIN aura fait le nécessaire et vous rassurera par un courriel que je mettrai en ligne à la fin de ce papier si tel est le cas.

De fait, ce qui frappe immédiatement en ouvrant ce livre est de constater, à la page 106,  un changement de police de caractères et un changement de grosseur de corps! Ceci est si peu courant que je n'ai jamais vu cela dans les livraisons actuelles des éditeurs et en ai cherché vainement la raison...

Quant à des paragraphes comme "Sans doute avait-elle trop dansé, trop chanté autour du brasero, elle avait-elle pris froid.", qui sont sans nul doute à imputer à l'imprimeur, ils sont d'autant plus désagréables - et cassent la lecture - qu'ils sont accompagnés de l'oubli de mots ici et là qui nous donne une langue quelque peu enfantine ou amène le lecteur à s'interroger sur ce qu'a vraiment "voulu dire" l'auteur!

Un auteur qui n'est pas exempt de reproches car il a aussi quelques tournures malencontreuses qui font s'arrêter dans la lecture... Ainsi en est-il de celle-ci qui, sortie du contexte, devient une énigme: "Pourtant, et Tobias aurait pu en témoigner s'il l'avait pu...". Ainsi en est-il de celle-ci qui surprend par sa redondance: "Voulait-il garder une certaine neutralité ou laisser son amie tisser sa propre appréciation des choses?".

C'est dire que le travail que j'ai entre les mains mérite une très sérieuse relecture qui permettra également de faire les accords manquant!

Un périlleux voyage dans les mondes...

Comme nous l'avons laissé entendre au début de cet article, l'auteur cherche - à travers un roman fictif - à comprendre la Vie et, pour expliquer la genèse de ce travail, il dit avoir "créé le personnage de Tobias et lui avoir demandé d'entreprendre ce périlleux voyage dans un monde où le Mal pourrit l'âme, où le Bien fait de la résistance".Tobias_en_errance

Mais, qui est Tobias en vérité? Acteur certes dans la mesure où il est un être vivant, il me paraît cependant être beaucoup plus que cela: il est le témoin privilégié de différentes conceptions de la Vie, en quelque sorte cet oeil envoyé dans différents mondes d'aujourd'hui faits d'indifférence et d'habitudes dénuées de toute réflexion, faits de structures mentales différentes que présentent de véritables tribus, voire ethnies.

Que de questions! Mais, si l'on n'a pas le courage de les aborder, on risque fort de faire la traversée de cette vie terrestre sans même chercher à comprendre! Au fait, chercher à comprendre quoi? "Y a-t-il quelque chose à comprendre d'ailleurs?" Tout dépend  si l'on ne se pose pas de questions et vit en se levant chaque matin en ayant simplement le plaisir de vivre ou si l'on est épris de réponses aux questions fondamentales expliquant notre existence et nos comportements...

Après un coup d'oeil en France, Tobias, un sans-papiers!, fait un séjour en Angleterre où il peut très vite constater que "le légendaire flegme britannique est devenu une image d'Epinal" et admettre qu'il n'est pas vraiment le bienvenu dans ce pays. Dès lors, c'est le voyage annoncé qui le mène notamment en Belgique et va surtout faire de lui, le brave Tobias, un moment "un loup parmi les loups": ce sont les circonstances de la vie qui vont le faire exceller dans la pratique de la férocité même s'il a, parfois, des relents de bonne conscience.

Puis il a la chance d'être intégré dans une tribu tzigane et de découvrir que chez ses nouveaux amis - bien différents de notre propre société! - "chacun serait mort pour l'autre sans hésitation"... Mais il constate aussi que "Ces gens généreux, solidaires, partageurs et si accueillants peuvent engager des rixes, souvent violentes, justifiées par des moeurs surannées au nom d'un honneur particulier..." Ainsi va la vie d'un monde à l'autre dans notre monde... Avec celui-là, il fait la connaissance du monde germanique et doit bien vite admettre que la convivialité du folklore cède le pas à ce que l'auteur appelle "l'artifice de la vie sociale".

Chassez le naturel...

Dans ces différentes façons de concevoir la vie, l'auteur ne peut pas s'empêcher de céder à son thème récurrent dans chacun de ses livres en y revenant par les deux tirades qui suivent et que je ne commenterai pas.

Bernard TETTELIN ne manque pas en effet d'écrire: "Qu'en était-il de la Valeur de l'Homme dans un monde où l'on sacrifiait le respect dû à l'être humain pour survivre dans une société fondée sur l'argent, l'ignoble domination de quelques millions de nantis, l'étalage du luxe et de la fornication d'un faible pourcentage de privilégiés au détriment d'une masse populaire qui survivrait des miettes du festin de Lazare?".

Deuxième tirade et frapper "coup droit" (!) : "Les travailleurs valaient moins que les cours de bourse et constituaient un simple bétail que l'on abandonnait à la jachère économique au nom de la rentabilité poussée au paroxysme".

Mais Bernard TETTELIN, à l'issue de son voyage dans lequel il s'est fait son petit plaisir de sa déclaration livresque habituelle, semble tirer une espèce de substantifique moelle de toutes les observations et questionnements de son ami Tobias... C'est ce qu'appelle l'auteur "Une autre idée de l'Apocalypse" qui rejoint en quelque sorte ma façon d'appréhender la Mort qui ne serait que le départ de notre être: ce moment où l'on voit son corps désincarné sur lequel on ne peut plus agir... Toutefois, il est évident que cette vue de la Vie ne contente pas l'auteur qui émet l'idée que le Créateur puisse souhaiter qu'on le consolât de la bêtise des hommes, qu'on lui permît de pardonner les humains de rester si médiocres... Peut-être alors déciderait-il de nous octroyer une nouvelle Espérance...

"Tobias en errance"

Bernard TETTELIN

Éditions de La Margotpierre (13 rue des Bouvreuils, 59350 SAINT-ANDRE)

248 pages - 20 euros frais d'envoi inclus (livre vendu par souscription au profit des associations que soutient l'auteur).

En réponse à mon courriel du jeudi 23 avril, Bernard TETTELIN m'a demandé de vous faire part des propos suivants: "Je tiens à remercier Monsieur F. LEGER qui, à propos de < Tobias en errance >, a attiré mon attention sur un certain nombre de < coquilles >, de mise en page notamment. Il va de soi que j'ai repris toute la maquette et apporté les solutions qui convenaient pour que l'édition définitive soit lavée des erreurs signalées."

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01 juillet 2009

Dis-moi: où vas-tu, où nous emmènes-tu ?

                   LU POUR VOUS

                Par François LÉGER

"Le fait du prince" d'Amélie Nothomb: des héros et des situations très improbables...

"Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate": voilà une courte quatrième de couverture dont il ne faut pas trop chercher le rapport avec le contenu de l'ouvrage! Certes, on retrouve cette phrase dans le corps du texte mais elle n'apporte rien de plus - et rien de moins - que cette autre phrase: "Peut-être le secret d'une personne ne tient-il pas à ce qu'il y a à dire à son sujet"?

Encore que cette question eût été intéressante à étudier de la première à la dernière page de ce travail d'Amélie NOTHOMB dont on reconnaîtra l'énorme talent consistant à garder le lecteur en haleine malgré l'absence de ligne directrice dans un roman dont on ne saura finalement pas le rôle de l'un ou l'autre des personnages. Mais il est vrai que l'on ne rencontrera pas davantage le "fait du prince" annoncé sur la couverture de ces pages écrites avec dextérité par une princesse dont on ignore où elle nous emmène, mais que l'on suit avec avidité, avec la plus grande liberté et avec une curiosité dont une toute petite partie sera assouvie quand on refermera ce volume.Le_fait_du_prince

Toutefois, si l'on peut louer le talent de l'auteur de nous mener ainsi par le bout du nez, on peut regretter - à la fin de l'envoi ! - de s'être véritablement "fait avoir". Car, si l'on se laisse emmener tout au long de ces pages, il faut bien reconnaître que celles-ci ne nous apportent rien, : je n'ai rien trouvé là qui puisse enrichir mon esprit, mais bien davantage l'impression d'avoir été traité comme un être immature auquel on n' a pas besoin d'expliquer quoi que ce soit et qui n'a que de suivre!

On reste sur sa faim...

Car, si l'auteur nous emmène avec habileté faire une sorte de voyage dans des situations plus qu'improbables - avec des héros qui le sont encore davantage - en nous prenant en  mains à la fin d'une soirée pour nous lâcher en un autre lieu et un autre temps, il est assez désagréable de refermer un livre en se demandant finalement quelle histoire on a lue et en étant totalement incapable de décrire les personnages, leurs habitudes et leurs rôles... Il est toujours désagréable de rester ainsi sur sa faim...

Quel est le lien entre cette soirée mondaine et Olaf Sildur, cet homme qui demande à téléphoner et meurt brutalement chez Baptiste Bordave qui devient vite Olaf en ignorant tout de lui? On ne sait rien de ces êtres, comme on ne sait rien de Georges Sheneve, mais cela ne nous empêche pas de tourner les pages... Nous tournons d'ailleurs les pages d'un roman qui n'a finalement pas d'intrigue, pas d'histoire, si ce n'est les journées improbables avec Sigrid et le sablage de moult bouteilles de champagne... En un mot: l'auteur nous a rendus dépendants et passifs... Aussi passifs que ces téléspectateurs devant les yeux desquels on dévide un vague feuilleton ayant un "format" de quarante-cinq minutes avec une ou deux énigmes dont une au moins ne sera jamais résolue si toutefois on arrive à s'y retrouver dans cet embrouillamini!

Mais, attention, ici, il n'y a point d'embrouillamini, le seul problème est qu'aucun secret ne sera levé à partir de cette première page et qu'on laissera toute liberté de conclure au lecteur en terminant par ces deux phrases: "Sigrid contemplait interminablement la blancheur et je croyais savoir à quoi elle pensait. Pour moi, ce blanc était celui de la page vierge que j'avais conquise".

On l'aura compris, ce roman aurait dû porter le titre "Le fait de la princesse" puisque Amélie NOTHOMB ne fait que développer devant nous une histoire dont elle tire - seule - les ficelles en nous prenant pour des marionnettes... Elle le fait certes bien, mais il serait dommage qu'elle en abuse car le lecteur s'en dégoûterait rapidement.

"Le fait du prince"

Amélie NOTHOMB

170 pages - 15,90 euros

Éditions Albin Michel.

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01 juin 2009

Humour et réflexions froides...

                   LU POUR VOUS

               Par François LÉGER

"Mon dernier cheveu noir": un bien bel ouvrage de Jean-Louis FOURNIER à prendre aux premier et second degrés.

Si vous vous peignez - déjà - chaque matin avec un gant de toilette lorsque vous entreprendrez la lecture de cet ouvrage de Jean-Louis FOURNIER, vous aurez tout de même la possibilité de bénéficier des "Quelques conseils aux anciens  jeunes" qui émaillent ces magnifiques saynètes que l'auteur nous propose à l'occasion de ses préoccupations relatives à "Mon dernier cheveu noir" dont il ne nous fait pas tout un plat (à barbe) mais la première partie d'un ouvrage que l'on termine en disant  un seul mot: SUPERBE!

C'est étonnant de voir défiler ces saynètes rédigées d'une plume particulièrement alerte et malicieuse dans lesquelles  des "anciens jeunes" - dont je fais partie - retrouvent, ici et là, la marque de l'humour noir d'un Pierre DORIS ou d'un Pierre DESPROGES sans oublier un raisonnement qui ressemble à du Raymond DEVOS!

Toutes ces saynètes sont en fait des pages de vie, souvent drôles, que l'on apprécie sur la plage ou dans un moyen de transport comme le train ou l'avion, cet avion qui vous fait survoler la terre et les hommes en vous promenant dans le ciel... Ce ciel, cette terre et ces hommes auxquels vous accordez enfin une réflexion si vous n'avez pas encore vaincu votre peur de prendre l'avion... Cette terre et ces hommes auxquels Jean-Louis FOURNIER a consacré toutes ces saynètes qui méritent bien plus que ce sourire, ce petit rire ou ce rictus que vous leur accorderez après en avoir pris connaissance. Oui, elles méritent vraiment que vous les replaciez dans cet autre sens qu'elles ont au second degré...

Certes elles ont toutes un lien avec les personnes d'un certain âge - comme Jean-Louis FOURNIER, je vais, désormais, faire attention à mon vocabulaire comme je viens  de le faire à cet instant où je m'apprêtais à écrire "avec les personnes d'un âge certain" - ce qui a l'avantage de pouvoir s'aventurer dans toutes les époques d'une vie avec doigté, avec talent, avec une plume alerte et pleine de dérision... sans oublier ce qui fait peur! Lorsque vous lisez la page 149 - reproduite ci-après : "Avec le youpala l'homme fait ses premiers pas, avec le déambulateur ses derniers pas, entre les deux il court à sa perte" - c'est une sorte d'humour qui devrait générer une sorte de réflexion froide, non?

Comme j'ai changé!!!

De même, les extraits que je vais prendre à Jean-Louis FOURNIER ci-après ne sont pas du pillage intellectuel, de la copie ou du plagiat, mais de simples citations qui ont l'énorme avantage de donner une idée de ce livre que je ne pourrais pas, moi-même, présenter avec un tel brio, un tel réalisme... En ces pages 71 et 72, j'ai été convaincu que Jean-Louis FOURNIER avait beaucoup observé ses semblables et lui-même sans oublier la transformation de nous tous au cours des années.

Lisez plutôt Jean-Louis FOURNIER: "Quand j'étais jeune, je pensais que je le resterais toujours (...) Je voulais changer le monde. J'aimais les ouvriers, les pauvres et les Noirs. Je n'avais rien, mais je voulais tout donner. J'étais un peu communiste (...) Le temps a passé, je suis toujours là (...) J'aime moins les ouvriers, ils font trop de bruit avec leurs marteaux-piqueurs, et les Noirs, je n'ai pas envie de les avoir comme voisins, ils parlent fort et puis j'ai peur qu'ils me mangent. Maintenant que j'ai tout, je ne donnerais rien. L'Etat m'en pique suffisamment."

Présenter ainsi, avec une telle dérision, ce que nous sommes tous, au plus profond de nous-mêmes, fait preuve d'un réel sens de l'humour de l'auteur en première lecture, mais il faut absolument accéder au second degré de ces textes qui doivent nous permettre de nous moquer de nous-mêmes et de tout et, peut-être, de changer un peu notre façon de voir et notre comportement vis-à-vis de nos semblables... En un mot de savoir être réaliste, malicieux et heureux...

Car, c'est un peu ce qui ressort de ces premières saynètes qui ont très certainement aussi pour but de nous faire comprendre que la vieillesse n'est pas un accident, quelque chose qui nous tombe dessus comme une catastrophe: c'est une réalité à laquelle il faut s'attendre et à laquelle n'est pas attaché le malheur...

Quand on a compris, comme l'auteur, que "C'est normal, chez les vieux tout part: les dents, les cheveux, la mémoire, les illusions", il reste à profiter de ce que l'on a avec bonheur sans se morfondre sur ses malheurs.Couv

C'est, finalement, en faisant cette recension après une seconde lecture que je pense avoir trouvé pourquoi l'éditeur de cet ouvrage a eu l'idée - que j'ai trouvée tout à fait saugrenue, au départ - de mettre un bandeau sur ce livre: "Par l'auteur de < Où on va, papa? > "... La réflexion et la manière d'aborder la vie sont, finalement, très proches dans les deux ouvrages même si ceux-ci sont très différents quant à la forme et au contenu littéraire. D'ailleurs, je pense que si j'ai écrit (il me semble) que "Où on va, papa?" est superbe et poignant, je dirai que "Mon dernier cheveu noir" est drôle et alerte, une alerte sur demain et sur nous-mêmes à laquelle il faut réfléchir.

Histoires pour distraire ma psy

La seconde partie de ce travail - "Histoires pour distraire ma psy" - est loin de m'avoir laissé la même impression et je n'ai pas vraiment compris où l'auteur voulait nous emmener: il doit y avoir, ici aussi, un second degré de lecture que je n'ai pas réussi à saisir même si toutes ces histoires ne m'ont pas laissé indifférent. Il en est même que j'ai beaucoup aimées, peut-être parce qu'elles entraient dans un autre niveau de conscience bien controversé de nos jours...

Mais il reste néanmoins vrai que avec "Un orage de grêle", p. 192, l'auteur aborde à pas feutrés le problème de cette croyance de la Vie après la vie terrestre... Nous voici à un enterrement: un homme en jean passe devant le prêtre et celui-ci ne le voit pas ... Notre homme en jean voit la famille suivre le cercueil, reconnaît sa mère, ses frères qui l'entourent et ne le voient pas... Il devra donc finalement aller au cimetière à pied et arrivera à la fin de la cérémonie au moment où l'on a descendu le cercueil au fond du caveau et où l'on jette de la terre: un moment où l'homme en jean entend, au-dessus de sa tête, un fracas, comme un orage de grêle...

Loin de moi l'idée de vouloir raconter les histoires de cette seconde partie du livre... Je me suis laissé aller à vous rapporter l'histoire ci-dessus uniquement parce qu'elle réussit à faire réfléchir à la Vie après la Vie sans en dire un seul mot! C'est étonnant et superbe. De plus, pour que l'effet soit complet, vous verrez que cette histoire est construite comme une véritable "nouvelle", une forme d'écriture peu usitée actuellement parce qu'un quarteron de marchands de livres - se disant éditeurs - a décidé que les gens n'étaient pas intéressés par ce style... Le nouvelliste que je suis remercie Jean-Louis FOURNIER pour cette "Nouvelle" fort bien construite et les quelques autres figurant dans ces "Histoires pour distraire ma psy" qui donneront peut-être à réfléchir à ce "microcosme de pseudo-littéraires ne voulant pas entendre parler de la nouvelle" pour,  peut-être, ne jamais avoir lu une seule nouvelle de l'un de nos grands classiques?

Ici, on trouvera l'égoïsme d'un enfant parfaitement illustré: ne comptez pas sur moi pour vous en parler car on finirait par dire que je plagie Jean-Louis FOURNIER, ce dont je serais certainement d'ailleurs parfaitement incapable au vu de sa plume. Vous découvrirez l'effet placebo (le tout est d'y croire comme dans "A la claire fontaine", p. 227); le principe de précaution vu par l'auteur dans "Interdit de mourir", p. 230, etc. Vous serez également obligé de vous demander "Objets inanimés, avez-vous donc une âme?" tout en découvrant les effets pervers que peuvent avoir l'amour d'une mère ou l'idée de s'intéresser aux personnes handicapées.

En fait, c'est plein de psychologie et si on fait bien attention à cette seconde partie, on s'aperçoit que Jean-Louis FOURNIER souffre d'un TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif) car toutes ses séances de psychanalyse ont lieu le lundi à 10 heures... Bizarre! Mais ceci est un détail qui montre le souci de précision dans tout ce qu'il fait... Voilà un livre à lire et à relire sans modération.

"Mon dernier cheveu noir"

Jean-Louis FOURNIER

311 pages - 19,5O euros
Éditions Anne Carrière.

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01 mai 2009

Regards un peu tristes...

                     LU POUR VOUS

                 Par François LÉGER

Dans "Recueil de quelques larmes", Gwenardel entre en peu de mots dans
les maux de l'Homme...

L'éditeur du "Recueil de quelques larmes" a cru bon de préciser notamment, en quatrième de couverture, que ce premier livre d'une jeune étudiante en Lettres Modernes se composait de nombreuses influences: la poésie, le haïku, le lipogramme et la littérature moderne tout en mettant en relief des moments de vie où la souffrance se fait plus aiguë... Mais je ne suis pas persuadé que ces formes d'écriture ou jeux littéraires aient vraiment pu attirer le chaland mis à part les amoureux de la langue française qui cherchent à connaître tous les mystères de celle-ci!
Certain de la culture littéraire de notre bon peuple de France, l'éditeur s'est donc abstenu de toutes explications au sujet de ces termes, mais n'a, en revanche, pas voulu nous laisser dans l'ignorance de l'origine du pseudonyme choisi par l'auteur. D'ailleurs, elle est importante car elle explique aussi un certain climat que l'on trouve dans cet ouvrage.
Alors, laissons-le dévoiler ce mystère: "Alliance de Gwendoline, cercle blanc, représentation de pureté et d'exigence, fée aimée de Merlin, et  Gwaernardel, vampire d'un grande beauté, muse irlandaise des poètes, ceux qu'elle inspire jouissent d'une vie brillante mais éphémère."

En lisant ces quelques lignes, vous avez déjà un peu pénétré dans le contenu de ce livre, contenu auquel seul je me suis intéressé. Toutefois, avant de poursuivre, je pense que - si l'éditeur n'a pas jugé bon de le faire - je me dois de vous donner quelques explications... En effet, comme tout le monde (ou presque)  le sait: "un  < haïku > est une forme poétique japonaise constituée de 17 syllabes, réparties en trois vers de 5 - 7 - 5" comme l'explique l'auteur sur son site Internet sur lequel je suis allé chercher cette précision ainsi que la suivante... Certes, j'ai honte, mais je n'avais pas vraiment clairement en  tête l'appréhension de ces termes pour vous les expliciter de façon claire et précise!!! Donc, vous qui brûlez d'écrire un < lipogramme >, rappelez-vous qu'il s'agit "d'une oeuvre littéraire dans laquelle on s'astreint à ne pas utiliser une ou plusieurs lettres de l'alphabet, la difficulté se portant essentiellement sur les voyelles".

L'usure sournoise et le poids du quotidien...

L'inter-titre que vous venez de lire ("L'usure sournoise et le poids du quotidien") est destiné à introduire le texte "La patience du cri", morceau littéraire que je qualifierai volontiers de conte, ayant obtenu un troisième accessit "En reconnaissance de sa valeur littéraire" au Concours littéraire du monde francophone 2006 organisé par l'Académie Poétique et Littéraire de Provence. Mais, disons-le tout net, cet inter-titre n'est pas véritablement étranger à plusieurs textes précédant ce conte dans cet opuscule: point de stupéfaction d'ailleurs à ce sujet car je pense en effet que par cette phase insidieuse de la vie tout être humain passe un jour ou l'autre.Quelques_larmes__couv

S'il est évident que le rôle d'une critique n'est pas de raconter l'ouvrage, sachez que la première partie de ce texte est nettement marquée par le fait que "La patience du cri est sans limite", la partie intermédiaire - bien que montent la douleur et la volonté de vengeance - est toujours marquée par le fait que "La patience du cri est sans limite" avant que tout ne bascule vers le fait que "La patience du cri est sans mérite". C'est, vu de l'extérieur, la solitude d'un couple au fil des années amenant même le mari à se demander qui est responsable de l'indifférence régnant au sein de celui-ci... Et, l'analyse de l'auteur de tomber: "Par résolution, par facilité aussi, il a cédé à l'usure sournoise et au poids du quotidien. Leur lâcheté prédomine."

Que choisir?

Après quelques autres textes, non sans intérêt, le journaliste honoraire que je suis ne peut pas ne pas faire une escale sur "Médias"!

Voilà un texte avec des phrases sans verbe - qui ne seraient pas pour plaire aux puristes de la langue de Voltaire - mais des phrases courtes: parfois deux ou trois mots, pas plus... Cinq lignes seulement et l'auteur peut enchaîner sans souci de mauvaise interprétation par le lecteur qui lit brutalement: "Les hommes s'autodétruisent" avant de se demander: "Est-ce du courage ou de la lâcheté dont on va devoir faire preuve pour vivre?". Pourtant Gwenardel croit visiblement en des valeurs comme la Vérité, la Tolérance, la Foi et la notion de Citoyen... ce qui m'autorise à ajouter - sur le même registre - la Liberté, la Fraternité et l'Egalité avec le retour à un vrai regard sur soi qui ne soit pas empli de narcissisme: un ego d'une grandeur démesurée régnant partout en ce début de Troisième Millénaire. Arrêtons de croire que l'on est le meilleur et le plus beau en se regardant chaque matin dans la glace avec admiration et de croire enfin que la vie, c'est "Chacun pour soi..."

Après avoir trouvé ce que l'on appelerait, en musique, le "même phrasé" dans "Aveux" avec aussi des phrases courtes et des phrases sans verbe, on ne peut pas ne pas s'arrêter sur "Solitude". Comme le peintre pose son chevalet et vous fait vivre en quelques minutes la façon dont il appréhende ce que vous voyez, Gwenardel vous plonge en neuf lignes dans la solitude des personnes âgées quelque peu abandonnées par les enfants et petits-enfants. Mais saute alors aux yeux le fait que ces neuf lignes ne demandent qu'à être l'introduction d'un texte fort et puissant que l'auteur pourrait faire vivre... Malheureusement, elle se cantonne dans les textes courts, certes intéressants, mais dont certains manquent de la puissance d'un développement, ce qui me semble tout à fait regrettable... Le lecteur reste trop souvent sur sa faim...

Sa "Nostalgie" est évidemment autobiographique car cela ne s'invente pas... Mais c'est une bonne bouffée d'oxygène avant un témoignage sur l'enfer des hommes, il y a un peu plus d'un demi-siècle (témoignage ou... devoir de mémoire)...

Cela donne une bouffée d'oxygène avant "Petit génocide sans importance": une autre réalité qui montre bien que chaque être humain court après la liberté. Ayant ainsi terminé cet opuscule, sans nous préoccuper des diverses techniques évoquées au début de cet article, on a une curieuse impression avec tous ces regards - tristes pour la plupart - sur la vie, sur l'amour et sur les hommes car c'est bien de ces trois thèmes dont il s'agit.

"Recueil de quelques larmes"

Gwenardel

65 pages - 15 euros

Éditions Tho T

 

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01 avril 2009

Alors, elle n'est pas belle, la vie ?

                     LU POUR VOUS

                  Par François LÉGER

Les "Recettes de Bonheur" de Norbert DEKEISTER: réflexions ou pamphlet?...

Sur la couverture de "Recettes de Bonheur" - une belle quadrichromie - figure une sorte de sous-titre écrit en caractères maigres et petits: "Comment travailler et néanmoins vivre avec moins de 1 200 euros par mois..." qui fait immédiatement penser qu'en 2009, dans notre pays, il est des gens qui travaillent et connaissent pourtant la pauvreté en tentant d'attraper des morceaux de bonheur... Est-ce à dire que, dans ce livre, Norbert Dekeister se livre à une observation sociale - sérieuse et pointue - de notre société? On peut le penser avant de regarder la couverture en noir et blanc intérieure, ouvrant véritablement sur l'ouvrage, et d'y découvrir un nouveau sous-titre: "... alors que votre dentiste ne les gagne même pas dans sa journée".

Certains penseront alors avoir affaire à un ouvrage écrit par un homme aux idées d'extrême-gauche et verront là un pamphlet plutôt qu'un travail de réflexions à l'humour caustique. Pour ma part, si c'est le deuxième livre de Norbert Dekeister que je présente sur ce site, je ne connais aucunement l'auteur et serais bien incapable de vous le situer sur l'échiquier politique. Toujours est-il que le style est souvent "décapant" et que nombre de passages prêtant à sourire dans un premier temps vous obligent à y revenir pour une réflexion plus approfondie.

C'est dire que cet opuscule de 56 pages est beaucoup plus riche que nombre de gros livres, qu'il mérite que l'on s'y intéresse même s'il n'a rien d'un travail littéraire et si l'on peut y trouver des choses d'un goût douteux, une langue qui n'est pas toujours très académique et, souvent, une certaine mauvaise foi dans les caricatures de certaines situations.

Pourtant Norbert Dekeister essaie, au tout début de ce travail, de se plier à une habitude littéraire - qui n'a rien d'une obligation - celle de dédier son ouvrage... Et, d'avoir raison de le faire car il le fait avec talent, un talent qui, en deux pages, nous explique ce qui va suivre... Si je vous dis, par exemple, qu'il dédie ce livre "A Bernard Tapie volant grand ami de Bouygues, de TF1, François Mite et du petit Nicolas" ou "A  Jean Marie Messier, ce paon de l'économie tout entier qui s'effondre et à tous les Alain Duhamel prophètes qui lui ont ciré avec béatitude les pompes du temps de sa grandeur"... vous comprenez immédiatement le ton de ce travail.

Questions pour un lecteur...

Oui, ce n'est pas du MAUPASSANT, mais bien plus souvent du COLUCHE, avec une pointe de Francis BLANCHE ou de Pierre DAC. Je dirai même que, dans un premier tour d'horizon sur nos contemporains, leur conduite et la nôtre, tour d'horizon qui va déjà de la France d'en-bas à celle d'en-haut... au quatrième étage sans ascenseur, on pense à DESPROGES en lisant: "Si vous demandez à un piéton si ça va, il vous répond: < Ça roule... > tandis que les automobilisés, eux, vous disent < Ça marche >. Simple remarque...."Recettes_de_bonheur__couv

Toutefois, s'il est évident qu'il ne faut pas tout prendre au premier degré, n'allez surtout pas croire que cette prose continue sur le même ton. D'ailleurs, dès la page 11, lorsqu'il commence à poser des questions de fond puisque chacun des chapitres répond à une question comme "Manger correctement?" ou "Se loger?", l'auteur présente des situations tellement caricaturées qu'elles en sont parfois non plausibles même si c'est fait gentiment. Sa méthode de présentation des problèmes d'une vie dans la pauvreté est en effet intéressante et sympathique du fait qu'il a pris le parti de faire de son narrateur un homme heureux et non pas quelqu'un de pleurnichard. De fait, le narrateur est un homme heureux qui analyse les situations en montrant tous les avantages du manque d'argent! Cet homme, qui a des difficultés financières, ne s'en plaint jamais et ne voit que le bon côté des choses, un bon côté des choses justement souvent outrancier qui enlève alors toute crédibilité à l'événement et au sentiment du narrateur.

Dommage, même si l'auteur a la plume facile et se rattrape souvent par ses traits d'humour qu'il affectionne et font arrêter le lecteur sur une situation peu crédible au départ dans son ensemble. Par exemple, après "Culture et pauvreté?" qui assène quelques vérités, on entre dans "L'Education des enfants de pauvres?" qui n'est pas sans intérêt. Là encore, comme dans les chapitres précédents, l'auteur ne manque pas d'appuyer là où cela fait mal par une pirouette pleine d'humour.

Toutefois, pour ce qui est des chapitres comme "Votre banque, une amie fidèle" ou "S'habiller, c'est un peu comme se vêtir", Norbert DEKEISTER semble ne pas avoir réalisé que ces situations  touchaient aussi ceux que l'on aurait tendance à appeler des nantis par rapport à son héros qui sait vraiment prendre la vie du bon côté!

Mais, au fait, Norbert DEKEISTER ne nous promène-t-il pas dans un travail livresque à plusieurs entrées? La première serait ce que nous venons de voir en ne se privant pas des piques envoyées ici et là car son humour, je vous l'ai dit, est caustique mais généralement bienvenu... Quant à la seconde entrée, ce serait une leçon adressée à tous ces Français qui se plaignent sans arrêt, qui croient que le voisin est mieux loti que lui, que tout est bien mieux ailleurs. En tout cas, quel que soit le but recherché par l'auteur, le lecteur ne peut pas ne pas prendre quelques leçons de vie, être obligé de s'intéresser à telle ou telle chose et cesser par moments de penser à son seul ego.

C'est un travail court, bizarrement monté, mais riche car on ne peut pas en sortir sans réfléchir.

"Recettes de Bonheur"

Norbert DEKEISTER

Éditions BTF Concept.

56 pages - 7 euros (port compris) en s'adressant à Norbert DEKEISTER, 36 rue Porte Gayole (ex auberge de jeunesse), 62200 Boulogne-sur-Mer.

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01 mars 2009

Rencontres amoureuses avec des mots...

                      LU POUR VOUS

                  Par François LÉGER

"Au-delà du dernier horizon" de Nicole CASTALDI-MARIN: un auteur à la recherche de lui-même dans ses luttes intérieures...

En découvrant "Au-delà du dernier horizon", le dernier roman de Nicole CASTALDI-MARIN, je viens d'avoir la surprise de rencontrer - pour la seconde fois en quelques mois - un ouvrage se présentant non seulement en deux parties, mais pratiquement en deux livres distincts car le seul lien romanesque véritable existant entre la première petite centaine de pages et la seconde est le fait que l'héroïne du second volet soit la fille de celle du premier! Oui, vraiment, à la pages 95, c'est dans un travail différent de l'auteur que l'on plonge!

Mais, bien évidemment, tout au long de cette recherche de l'écrivain dans ses luttes intérieures, on trouve et retrouve un certain nombre d'éléments qui lui sont propres et qui donnent à l'ensemble une tonalité assez curieuse qui pourra même sembler quelque peu rébarbative à certains lecteurs car partir à une rencontre amoureuse avec les mots comme le fait Nicole CASTALDI-MARIN est une chose, tomber dans des erreurs linguistiques et de syntaxe en est une autre.

De fait, lorsque l'on veut faire partager au lecteur quelques rencontres amoureuses avec des mots ou de belles sonorités de la langue de Voltaire, ce qui est d'évidence l'une des recherches de Nicole CASTALDI-MARIN dans ce travail qu'elle a visiblement peaufiné, léché, lu, relu et modifié, il faut être, comme la blanche colombe, vierge de toute erreur pour que le lecteur ne doute pas de votre plume... Or, par exemple, comment faire admettre au lecteur une phrase, parfaitement correcte comme celle-ci malgré les apparences dues aux sonorités auxquelles nous sommes habitués: "J'eusse voulu m'exprimer en toute franchise sur ma condition de femme seule" alors qu'on lui sert dans la même page un "pallier aux tristesses" qui est un affreux barbarisme puisque tout le monde sait parfaitement que le verbe "pallier" est un verbe transitif direct! En vérité, je ne me serais pas arrêté si longtemps sur cette page 67 du livre où figure cette erreur de syntaxe si l'auteur n'avait pas en même temps voulu faire des effets de manche.

Car, si ce n'est pour faire arrêter le lecteur, quel est véritablement l'intérêt d'utiliser ce passé 2ème forme du conditionnel alors que le passé première forme serait passé comme une lettre à La Poste... Qui se serait arrêté sur cette formulation : "J'aurais voulu m'exprimer en toute franchise sur ma condition de femme seule"? Personne et pratiquement personne n'aurait relevé la grossière erreur qui la côtoie!

Un travail quelque peu hors norme...

On l'aura compris derechef, la manière dont est écrit cet ouvrage nous mène à nous préoccuper bien plus particulièrement de la forme que du fond et ce d'autant plus que les deux histoires - même si la seconde est générée par la première - avancent à pas lents, presque à pas comptés, de par la plume qui préside à leurs destinées...

Car, bien évidemment, la tournure grammaticale ci-dessus évoquée n'est pas isolée et revient à plusieurs reprises accompagnée d'un vocabulaire peu courant qui oblige le lecteur à avoir à ses côtés à la fois le "Petit Robert" et le "Petit Larousse" qui, la plupart du temps, ne suffisent pas à expliquer ce mot inconnu du lecteur, mot inconnu qui lui arrive brutalement en pleine face, mot inconnu que l'auteur emploiera à plusieurs reprises avec une certaine délectation... Ainsi, tout au long du "premier livre", le lecteur doit-il se plonger dans le Larousse en dix volumes qu'il abandonne bientôt pour ne pas y trouver le fruit de sa recherche...

D'ailleurs, quand ce fruit est présent, on s'aperçoit que l'état de maturation est souvent dépassé car l'auteur aime employer des mots peu courants qu'il sert et ressert lorsqu'il en est tombé amoureux... Mots de la littérature classique, mots quelque peu ampoulés, mots d'une bourgeoisie qui n'en fait pas partie, mots savants, mots surannés et désuets, mais aussi de vrais néologismes dont le sens apparaît comme collé à une ambiance, à un état d'esprit. Cette forme d'écriture qui n'apparaît absolument pas naturelle nous fait quelque peu penser à un certain style des années 50...

Écrire pour être lu!

Honnêtement, combien de lecteurs vibreront-ils en lisant la fin de la page 71: "Si Adrien était poète, il eût répandu sur le papier sa verve lyrique en vers vibrants pour célébrer sa vénusté délectable, au-dessus de toute comparaison, pareille à celle d'une fleur qui répand sa fragrance capiteuse en ouvrant ses pétales. S'il était peintre ou sculpteur, il eût créé un chef-d'oeuvre empreint des blandices exquises d'une grâce inamissible" ? Tout en restant partisan d'un style relativement rigide et en ne me laissant pas aller à transcrire des expressions très "In" dans certains quartiers de banlieues, je pense que l'auteur gagnerait énormément à parler de nouveau comme tout un chacun en ce début de XXIème siècle.

La citation ci-dessus me fait penser à l'un de mes professeurs de l'École Supérieure de Journalisme de Paris qui aurait dit et répété à propos d'un tel texte: "Dépoussiérez, Messieurs, on n'écrit plus comme avant la guerre!"

De même, Alfred SAUVY, l'un des plus grands économistes français du XXème siècle, Professeur au Collège de France, dont j'ai eu l'honneur d'être l'élève, n'aurait pas manqué de dire en substance: "Tout informateur, qu'il soit commercial ou non, écrit pour être lu et entendu. Aussi, même s'il ne doit jamais perdre l'idée qu'il doit choisir l'information qui enrichit et élève notre esprit, il devra tenir compte du but à atteindre".

Un art consommé de la description

Mais, il semble que Nicole CASTALDI-MARIN se contente de cette merveilleuse rencontre qu'elle fait avec les mots même si cette rencontre la mène à se fâcher par moments avec les règles de conjugaison et  à prendre la (très mauvaise) habitude de séparer le verbe de son sujet par une virgule. Or, si tout cela fâchera bien évidemment l'auteur, il faut lui reconnaître un art consommé de la description...

Dans la description de certains paysages, elle nous fait penser à un Maurice GENEVOIX tandis qu'elle excelle également dans la description des gens et des lieux, mais aussi des situations: elle sait faire vivre une atmosphère, en use et n'en abuse aucunement.

On peut même affirmer, sans risque d'erreur, que ses descriptions, présentations de gens et d'événements comblent le manque de vigueur d'un texte sans véritable suspens et faisant avancer les personnages à pas lents, à pas très lents.

Ce n'est que dans les tout derniers chapitres que l'auteur - que d'aucuns assimileront à l'héroïne qui nourrit une création littéraire mystérieuse... - montrera l'impossibilité qui est la sienne de répondre à la question "Qui suis-je?" qui est en fait la ligne de fond de ces quelques deux cents pages...

"Au-delà du dernier horizon"

Nicole CASTALDI-MARIN

211 pages - 17 euros

Éditions Les Presses du Midi.

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06 février 2009

Quand la politique s'en mêle...

              PAMPHLET LU POUR VOUS

                   Par François LÉGER

"Chacun pour soi... ": un réquisitoire de Charles Duchêne contre les actes passés, présents et futurs du président SARKOZY!

Lorsque, sur le conseil de l'un de ses amis, Charles DUCHÊNE m'a adressé son livre "Chacun pour soi..." aux fins de recension de ce pamphlet sur ce site, je me suis senti un peu mal à l'aise en me demandant s'il était possible de faire une critique littéraire d'un pamphlet sans entrer dans ce débat politique qui n'est pas de mise en ces lieux... Toutefois, pour être honnête vis-à-vis de l'auteur et pour ma conscience personnelle, je me suis lancé dans la lecture très attentive de ce travail comme je le fais régulièrement pour tous les ouvrages que l'on m'adresse ainsi...

Si, contrairement à Charles Duchêne, je ne pense pas qu'il s'agisse ici d'un véritable pamphlet - qui eut été un texte de quelques pages incisif et violent - mais bien davantage d'un réquisitoire contre les actes et décisions de Nicolas SARKOZY entre le moment où il est devenu le locataire de l'Elysée et la fin de la rédaction de cet ouvrage sorti en mai 2008, mais aussi entre cette parution et la fin de la mandature du chef de l'Etat, il est évident que le pamphlet est une forme littéraire... Donc, malgré mes scrupules, il me fallait faire comme Jules César au moment de franchir le Rubicon et me dire "Alea jacta est" même si le début de cet ouvrage n'avait pas manqué de me surprendre et de m'inquiéter... en rencontrant derechef une certaine mauvaise foi chez l'auteur!

Le voici qui nous rappelle (p. 22) que la légion d'honneur a été créée, en 1802, par Bonaparte pour récompenser des services "militaires et civils" rendus au pays en précisant: "Jusqu'alors, avec de rares dérives". Et, de souligner qu'une "des dernières vagues a récompensé un des frères de Cécilia, des amies de Cécilia  ex-Sarkozy, dont celle qui avait prêté au couple de l'époque et à sa famille sa propriété des USA pour ses vacances de l'été 2007"... en insistant sur le fait que Céline DION a reçu cette distinction des mains du président. Voilà des informations dont je n'avais pas eu connaissance, mais il n'y a pas de raison pour que je mette la parole de l'auteur en doute. En revanche, s'il n'est point dans mes intentions d'entamer un débat sur ce sujet, je préciserai à M. Duchêne que les "rares dérives" ont été légions bien avant l'arrivée de M. SARKOZY à l'Elysée!!! Un fait précis? Je voulus un jour remplir le dossier de demande de cette distinction pour l'un de mes grands-pères, militaire de carrière, qui avait fait la Campagne de Chine et la Guerre de 14-18 en revenant avec quelques médailles (comme la médaille militaire) et avec des citations, blessures de guerre, autant d'éléments qui lui donnaient grandement le droit à prétendre à la légion d'honneur! Or, lorsque j'évoquai mon idée géniale auprès dudit grand-père, dans les années 60, celui-ci n'eut qu'une réponse: "Je n'en veux pas, maintenant on l'attribue à n'importe qui, artistes et sportifs... Si tu la demandes, je la refuserai: elle n'a plus de sens!"...

Il faut savoir ce que l'on veut...

Ma seconde inquiétude en abordant cet ouvrage: le fait que l'auteur reproche à Nicolas SARKOZY à la fois une chose et son contraire...

En effet, Charles Duchêne nous explique (p.9): " <Faire la politique pour laquelle nous avons été élus > voilà le credo du président...Certes la politique pour laquelle il a été élu, mais pour laquelle il ne le serait en aucun cas aujourd'hui". Bien évidemment, cette affirmation n'engage que son auteur qui écrit (p. 29) : "C'est en Grande-Bretagne que le président SARKOZY a décidé de renier une fois de plus les propos du candidat qu'il fut à la présidentielle"! Et, Charles DUCHÊNE de persister et signer (p. 79) en écrivant: "Quel changement, quel déni du président des positions du candidat"!

Il est patent que l'auteur est de mauvaise foi - à moins qu'il ne change, lui aussi (?), d'idée en cours de route - une mauvaise foi que l'on retrouve à plusieurs reprises dans cet ouvrage que je ne trouve pas vraiment incisif et violent si ce n'est vis-à-vis de Nicolas Sarkozy en personne: l'auteur donne l'impression d'éprouver envers lui une véritable haine personnelle qu'il justifie par une critique acerbe des décisions et des actes du chef de l'Etat depuis qu'il est à l'Elysée mais aussi jusqu'à la fin de sa mandature... Ceci enlève d'ailleurs une certaine crédibilité à ce travail d'écriture que je me garderai bien cependant de juger quant à sa forme... Toutefois, je ne pense pas que ces envolées d'un véritable réquisitoire donnent le droit de s'égarer par trop souvent dans l'orthographe, la ponctuation, la syntaxe et la conjugaison... Dans ce domaine, il est évident que cet ouvrage manque de rigueur et de tenue: c'est le moins que l'on puisse dire.

Ne pas se tromper de cible...

Je l'ai écrit au début de cet article, je ne veux en aucun cas faire de ce site une tribune politique où il ferait bon se disputer copieusement mais il est des affirmations que leur auteur ne peut pas assener sans être de mauvaise foi! Ainsi en est-il de cette appréciation économique (p. 37) qui pourra être admise en cas de lecture rapide, mais qui est à mourir de rire lors d'une lecture attentive. Ne voilà-t-il pas en effet que Charles Duchêne nous dit la bouche en coeur: "La France n'a pas attendu SARKOZY pour se mettre au travail et elle n'a pas quitté le travail, c'est le travail qui a quitté la France et le président en est plus responsable, lui et ses amis politiques, que les travailleurs de notre pays".

Là, l'auteur se trompe d'adversaire puisque même la "Dame des Trente-cinq Heures" admettra, peu après la sortie de cet ouvrage, que cela pose des problèmes dans le milieu hospitalier... Cela pose des problèmes parce que Martine AUBRY a cru que le travail était un gâteau à se partager et qu'elle n'a pas imaginé qu'en mettant cette loi scélérate en place, elle allait casser notre économie et générer la crise économique telle qu'elle est dans notre pays au moment où Charles Duchêne écrit ce livre. Enfin, l'auteur ne peut pas ne pas savoir parfaitement que la majorité des responsables sont dans son camp.

Mais, surtout n'allez pas croire que je veuille polémiquer avec l'auteur de ce livre qui nous donne aussi de saines analyses et a parfois le courage de dire ce que personne n'a jamais osé évoquer...

Chacun_pour_soiPar exemple, il s'insurge contre tous ceux qui s'élèvent contre la génération 68 et dont Nicolas SARKOZY lui-même voudrait ne plus entendre parler. Or, l'auteur de ce pamphlet écrit en substance - à juste titre - ce que tout le monde oublie: "La génération 68 est des plus respectables... La République sociale date de 1945 et les premiers qui ont travaillé et cotisé pour payer une retraite à leurs anciens, qui eux n'avaient pas ou peu cotisé, c'est bien celle-là"  (p. 60). On pourra d'ailleurs s'étonner aussi que, à ce propos, l'auteur n'ait pas parlé des accords de Grenelle qui montrent encore une autre face des "Événements de mai 1968".

Comme on le voit, à côté d'une réflexion incontournable, l'auteur dérape et se répète comme c'est le cas ici (p. 98) : "A force de répéter (...) que l'assistanat et les 35 heures sont responsables de tous nos maux (...) A force de rabâcher ces mêmes litanies, ça finit par prendre, par marcher, par s'ancrer dans l'esprit des gens..."... Eh oui, ça finit par marcher parce que c'est la réalité! Loin de moi l'envie d'enclencher un débat sur ce problème de l'emploi, mais je voudrais tout de même rappeler que personne ne veut plus travailler plus de 35 heures (voire 32), qu'un certain nombre d'assistés se sont installés dans l'assistanat et ne le quitteront que lorsqu'on ne leur donnera plus rien... Croyez le journaliste de province que j'étais et qui a compris tout cela en vivant auprès des gens, très près des gens... Imaginez tous ces gens qui vous souhaitent un bon week-end le jeudi midi! Combien de personnes ne pouvons-nous pas joindre au téléphone parce qu'elles sont en RTT? Comment voulez-vous que cette France en sommeil puisse lutter contre la concurrence étrangère?

Alors, M. Duchêne, croyez-moi, Nicolas SARKOZY ne changera pas la situation du pays demain (pas plus que vos amis de Gauche): il lui faudra d'abord et avant tout changer la mentalité d'une France dont la plupart des habitants sont en parfait accord avec le titre de votre ouvrage: "Chacun pour soi..."...

Il faut se battre...

Toutefois, il me semble que cette erreur d'appréciation de l'auteur est normale dans la mesure où il explique ensuite son expérience de cadre quinqua se retrouvant au chômage. Un cadre quinqua qui se bat avec acharnement pour retrouver du travail et qui rend Sarkozy responsable d'une partie de ce qu'il a vécu en tant que chômeur, oubliant - ce que le journaliste que j'étais affirme avec force - que cette situation qu'il a rencontrée existait avant l'An 2000 pour les personnes dans son cas ce qui fait que le chef de l'Etat n'est ni coupable, ni responsable dans cette affaire.

Duch_ne_encadr_Bien évidemment, l'auteur ne manque pas de fustiger la manière d'obliger les sans-emploi à reprendre le travail, les actionnaires "qui veulent toujours plus au détriment des salariés" et "toute cette droite qui détruit l'emploi et la production". Mais, à côté de cela, on mettra à son crédit des choses qui ne me paraissent pas "politiquement correctes" puisque personne n'ose en parler: "... Les indécentes augmentations de revenus (...) des grands patrons, joueurs de foot et autres sportifs de haut niveau, souvent réfugiés dans des paradis fiscaux...".

Il ne faut surtout pas manquer non plus la lecture d'une citation de Guy de QUERCY, extrait de son ouvrage "Politicum cupides" (sorti en 2006), un vrai morceau de bravoure que Charles Duchêne dirige contre Nicolas SARKOZY en fermant les yeux sur le fait qu'il pourrait tout autant s'appliquer à François Mitterrand et la plupart de ses prédécesseurs! (p. 127 et suivantes).

On ne peut pas ne pas s'arrêter encore sur ce passage (discutable quant au présent) dans lequel l'auteur joue encore les pythonisses en s'adressant aux Français: "Vous vous souviendrez en 2012 de ce que furent les cinq années qui auront précédé et principalement des années 2007 à 2009 (NDLR: rappelons que ce livre est sorti en mai 2008!) au cours desquelles vous avez perdu nombre d'acquis sociaux qui ont profité à d'autres... " (p. 160).

Beaucoup d'autres affirmations péremptoires précédent encore la diatribe finale dans laquelle même l'auteur se perd (j'ai dû la relire à plusieurs reprises...) et, à bout d'arguments, se montre vraiment "petit" dans cette péroraison au cours de laquelle il imagine "Nicolas Sarkozy monté sur un tabouret" pour avoir une résonance gaullienne! (p. 173).

Et, de terminer par des commentaires sur les élections de 2012! Mais il est vrai que "Gouverner, c'est  prévoir"...

"Chacun pour soi..."

Charles DUCHÊNE

181 pages - 10 euros

Éditions BTF Concept. Ce livre étant référencé sur "Électre" tout libraire a la possibilité de le commander. Il est par ailleurs proposé dans les FNAC et les "Furet du Nord". Pour tout problème, on peut contacter l'éditeur : BTFconcept@yahoo.fr  .

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01 février 2009

"Elle vit ailleurs, mais elle vit"...

                     LU POUR VOUS

                 Par François LÉGER

"Quand l'Amour s'en mêle", HERVÉ
trouve une belle plume pour
pénétrer
dans le grand Mystère de la Vie...

Primé dans la section "Romans" par La Renaissance Française Nord/Pas-de-Calais lors de son  concours littéraire 2008, "Quand l'Amour s'en mêle" d'HERVE est-il véritablement un roman?  Voilà une question qui mérite d'être posée après la lecture de cet ouvrage, au demeurant fort bien construit et d'une réelle richesse, tant l'auteur a utilisé une structure peu courante et susceptible de dérouter quelque peu le lecteur qui est loin de pénétrer dans un roman de kiosques de gares...

Dans la première partie de ce travail en effet, il est tout à fait évident que l'on découvre bien davantage un "dialogue" - un dialogue qui m'a fait penser au "Banquet" de Platon de par la forme de l'écriture et de par le contenu dans la mesure où il s'agit essentiellement de réflexions et d'appréhensions de différents domaines de la Vie - qu'une aventure romanesque qui n'est point au rendez-vous. Il est d'évidence qu'il faut attendre la seconde partie de cet ouvrage pour pouvoir entrevoir un roman, un roman fait de deux intrigues entrelacées, parfois difficiles à suivre, mais qui retiennent toujours l'attention du lecteur.

Deux intrigues entrelacées et suffisamment fortes pour retenir l'attention du lecteur qui ne voudrait voir dans ce livre que le roman annoncé sur la couverture et par la récompense de La Renaissance Française Nord/Pas-de-Calais alors qu'il est tout à fait évident que l'auteur fait évoluer ses deux intrigues pour plaire tandis qu'elles sont en réalité tout simplement l'arbre qui cache la forêt, mais une forêt qui se mérite. De fait, si je n'avais pas peur d'effrayer le lecteur en lui disant qu'HERVÉ mène dans cet ouvrage à la fois une analyse philosophique de notre monde et une recherche dans la Connaissance, je dirais au moins que ce pseudo-roman est un travail d'humaniste qui s'intéresse à des modes de vie en tentant de les disséquer: les disséquer en cherchant à comprendre et en les étudiant toujours avec amour.

L'amour: une nouvelle naissance...

Car, si l'auteur a donné à cet ouvrage le titre de "Quand l'Amour s'en mêle", il est absolument évident que la véritable trame de ce travail est le sentiment d'amour, cet amour qui transcende un être, cet amour qu'HERVÉ ébauche, débusque, étudie en voulant montrer la force de celui-ci dans sa pureté. Les intrigues du roman ne me paraissent venir qu'en faire-valoir d'une profonde réflexion métaphysique: elles ne sont en quelque sorte que les travaux pratiques des hypothèses avancées pied à pied...Amour_Herv____4__de_couv_

Pour ce faire, l'auteur part de la création, non pas de La Création de l'Homme mais de la création des artistes. Cela permet de mettre en exergue le fait qu'il demeure toujours un écart entre la conception de l'esprit et la réalisation concrète qui permet elle-même d'entrevoir plusieurs directions et clefs d'interprétation qui tiennent compte de la personnalité de celui qui contemple... Partant de l'amour qu'apporte l'artiste à ses créations, HERVÉ peut donner la vraie clef de cet ouvrage, la vraie recherche qui est la sienne, en parlant d'une "nouvelle naissance d'un homme qui comprend que le vrai amour est celui de la gratuité, celui du Mystère, celui qui bouleverse l'ordre du monde, de son monde".

Cette ligne force lâchée, il peut parler de l'un des héros de son roman qui, par ce vrai amour, se refaçonne de l'intérieur et quitte cette vie où l'absence d'un père, d'une mère et de repères en avait fait un être qui ne demandait finalement qu'à se transformer... Toutefois, cela n'empêche pas la plume d'HERVÉ de revenir sur l'amour en expliquant que le problème de l'un de ses héros est l'appropriation des personnes de la même manière que l'on s'approprie des capitaux... Suit alors un passage sur la jeunesse de l'une de ses héroïnes, une jeunesse qui est longue, très longue, lente, trop lente, tant et si bien que l'on a l'impression qu'elle ne vieillira jamais et que nous n'en sortirons pas...

Des valeurs fondamentales...

Mais, chassez le naturel, il revient au galop... C'est ainsi qu'HERVÉ revient à des valeurs fondamentales qui sont les siennes et qu'il pense devoir être celles de tous les hommes pour vivre dans le bonheur: donner spontanément plein d'amour et de consolation, se battre pour faire quelque chose de son existence, lui donner un sens; respecter l'autre même dans ses silences interminables qui nous sont difficiles à supporter; donner enfin "cet amour qui ne compte pas, qui ne calcule pas, mais qui se donne", comprendre un échange de vie et de richesses...

Il est étonnant de constater la faculté d'adaptation de l'auteur qui, tout en évoluant à un tel niveau de réflexion, sait parfaitement utiliser le vocabulaire qui s'adapte aux êtres et aux situations et faire vivre des personnages nouveaux qui sont parfaitement fondus dans le contexte où ils évoluent.

Cependant, n'allez surtout pas croire que l'auteur est un rêveur, un utopiste inconscient des plus bas instincts de l'homme et, pour vous le prouver, il vous fait plonger dans la drogue en tentant d'ailleurs d'y voir le "signe de la capitulation, de la démission de nos sociétés"... HERVÉ aborde ainsi beaucoup d'aspects de la vie de l'homme en en donnant des commentaires dont on ne partage pas obligatoirement le bien-fondé si ce n'est lorsqu'il nous affirme "Maintenant, je crois qu'il n'y a que l'amour qui puisse faire vivre l'homme" (p. 149).

De même lorsqu'HERVÉ parle du sens à donner à sa vie en vue d'autre chose après - "Tu sais, ta mère, elle aussi fait partie du Mystère. Elle vit, ailleurs, mais elle vit" (p 159), il est certain que c'est un sentiment qui est loin de faire loi chez la plupart de nos congénères qui approuveront toutefois cette définition de l'amour: "Faire confiance et se défier de tout esprit de possession" (p. 172). Ils approuveront, mais seront-ils capables de mettre une telle maxime en pratique pour eux? Eux qui doivent comprendre que les "paumés" "crèvent tous du manque d'amour et de reconnaissance", mais se retrouvent sans moyen de les aider...

Il ne faut pas s'étonner que l'auteur nous entraîne alors dans une visite sans concession des ghettos avec leurs habitants, leurs façons de vivre et les raisons qui les ont amenés là avant de nous expliquer ce que sont, à son sens, '"les valeurs de la rue"...

Mais l'amour prédominant dans cet ouvrage, HERVÉ ne manque pas, avant de nous laisser abandonner son livre (pour y revenir obligatoirement un jour ou l'autre), d'évoquer la fin de vie des malades...

Tout comme moi, vous ne partagerez probablement pas toutes les affirmations de l'auteur, mais vous ne pourrez pas ne pas approuver sa façon d'appréhender l'amour qui nous ramène à des valeurs fondamentales par trop oubliées en cette époque où chacun a un ego surmultiplié et ne pense qu'à sa personnes à laquelle il a tendance à tout ramener.

"Quand l'Amour s'en mêle"

          HERVÉ

228 pages - 17,90 euros

Éditions Thélès.

Posté par ARMEE à 10:52 - Lu pour vous... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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