François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

11 décembre 2009

Amour de la langue française

Michel_Martinez_pensif_001Des mots pour guérir des maux...

          Par Michel MARTINEZ

Comme tous nos concitoyens, j'avoue avoir très longtemps malmené notre belle langue française: un acte dont j'étais évidemment coupable mais en aucun cas responsable! Je n'étais pas responsable puisque je ne faisais que faire des fautes (ou de simples erreurs puisqu'il n'est pas dans mes intentions de disserter ici sur "L'erreur et la faute") sans le savoir... comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir!

Puis, un jour, un homme, professeur de Lettres de son état, m'a ouvert les yeux en m'offrant une liste des erreurs les plus couramment lues ou entendues, des erreurs commentées par ses soins: désormais, si je continuais à les commettre, je devenais non seulement coupable, mais aussi responsable... De plus, ces explications étant passionnantes, j'allais devenir aussi un chasseur de maux de la langue française...

Poursuivi, très probablement, à l'École Supérieure de Journalisme de Paris par son frère jumeau, ma façon d'appréhender l'écriture évolua tant et si bien que certains de mes confrères m'appelèrent - bien plus tard - dans les salles de rédaction où je suis passé: "Me Capello"!

De ce fait, lorsque mon ami Maurice DUSSOL m'a parlé d'un poète de grand talent, professeur de Lettres dans l'Hérault, amoureux de la langue française et de l'information juste, un homme prêt à tenir cette rubrique mensuelle relevant les maux de nos mots en expliquant la maladie et en en donnant le traitement, je ne pouvais pas laisser passer la plume de Michel MARTINEZ qui s'est montré heureux de "continuer" la lutte.

François LÉGER

Cela étant dit, je me retire et laisse la place à Michel MARTINEZ pour sa première rubrique.

La France et la République

Le 20 juillet 2009, sur France 2, lors du journal de 13 heures, le maire réélu d'Aix-en-Provence déclare: "Nous sommes dans un pays qui est la république..."
Non; la France n'est pas la république, et l'on n'est pas en France partout où l'on est en république; on ne saurait confondre un pays avec le régime politique qui y est en vigueur. Quand la France avait des rois, elle n'en était pas moins la France et le peuple français n'a pas changé de pays en changeant de régime.

Commerçants mitigés

Le 20 juillet 2009, sur France 2, lors du journal de 13 heures, Marie Drucker, évoquant les chiffres d'affaires du commerce estival, déclare: "Les commerçants sont mitigés".
Les sens de "mitigé" étant "adouci", "tempéré" ou "relâché", le terme ne convient pas dans ce contexte. Une personne ne saurait être mitigée.

"Teurter" me heurte

Le 21 juin sur France 2, lors du journal de 13 heures, Laurent Delahousse nous informe que des plaisanciers en bateau ont "teurté" je ne sais quel obstacle. Si le "h" dit aspiré n'existe plus, il n'y a plus qu'à appeler ce monsieur "Delousse".

Conclave n'est pas concile

Un ami me signale que Le Midi-Libre du 24 mai 2008 écrit que les membres du jury du Festival de Cannes "sont entrés en concile", alors qu'à l'évidence l'auteur voulait dire, par métaphore, "conclave". C'est en conclave que l'Église élit le meilleur, c'est en concile qu'elle fixe le dogme.

"De pourquoi"

Le 11 décembre 2008, sur France 2, Arlette Chabot, annonçant le contenu de son émission "A vous de juger", dit: "...et nous parlerons de pourquoi on ne s'aime pas en politique."
Monstrueuse formulation.  Il suffisait de dire "Nous nous demanderons pourquoi..." pour s'exprimer correctement. On n'emploie pas ainsi une préposition avec un adverbe interrogatif; on ne peut pas dire "je parle de pourquoi", "je m'interroge sur comment faire", etc. Il y a toujours une formulation très simple et à la portée de chacun, pourvu que l'on se donne la courte peine de la chercher.

Encore un "ne" de trop

Le 11 décembre 2008, sur France 2, dans "La santé à tout âge", la présentatrice, commentant un cliché, dit "On sent qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que cette hanche ne casse".
En réalité, il ne faudrait pas grand-chose pour qu'elle casse; je ne vois pas ce que le "ne" de la négation vient faire ici. Mais c'est une mode de l'employer à tout bout de champ.

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15 janvier 2007

Faut-il une expérience grandeur nature?

La "bravitude" et le "charisme" d'une "France respirante" permettront-ils au pays d'avoir suffisamment de souffle pour sortir des "Vingt Calamiteuses" qui se comptent déjà vingt-six?

Choisissons nos mots pour guérir nos maux!

Les habitués de ce site savent que le journaliste honoraire que je suis écrit toujours en employant le mot "nous" avant d'exprimer une pensée et non pas le "je", ce "Je" qui prédomine dans la société actuelle, mais que les journalistes n'emploient jamais hormis dans des billets quotidiens ou des éditoriaux.

D'ailleurs, si c'est là une tradition dans le journalisme, il faut aussi se souvenir d'avoir appris à l'école que "Le <Moi> est haïssable"... Une formule qui a fait florès chez les auteurs ou hommes célèbres, des plus sérieux aux plus amoureux de l'humour... Pour notre part, nous pensons qu'il serait difficile de choisir entre tel ou tel commentaire que l'on peut trouver dans un dictionnaire de citations tant chacun présente d'énormes qualités... Préféreriez-vous ce fonctionnaire anonyme expliquant "Le moi est haïssable... Le mois double est agréable" à Max Stirner qui précise, dans "L'Unique et sa propriété", "Pour Moi, il n'y a rien au-dessus de Moi", ou encore à Paul Valéry affirmant: "...Que si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie"?

"Pourquoi un tel préambule?" demanderez-vous. Eh bien, tout simplement pour vous prier d'excuser à l'avance l'auteur de ces lignes dont l'inquiétude est personnelle - inquiétude qui n'est, heureusement, pas celle de tous - de se mettre à parler à la première personne. Certes, une autre solution avait été envisagée par François LÉGER... Celle-ci consistait à faire comme Alain Delon dont chacun aura remarqué qu'il ne parle pratiquement pas à la première personne lorsqu'il s'exprime en public. On a tellement pris l'habitude d'entendre l'acteur dire "Dans ce film, Alain Delon a été heureux de se couler dans le personnage principal..." ou bien "Si vous demandez l'avis personnel d'Alain Delon, il vous dira..." que l'on ne remarque  plus cette manière de parler qui pourrait ressembler à un "TOC" (trouble obsessionnel compulsif) ou à un "Ego" démesuré...

Mais, s'il faut bien comprendre que cette façon de s'exprimer ne répond pas à la préoccupation du journaliste qui est - en principe - de ne pas se mettre en avant, elle est en réalité une façon de se protéger... Nous sommes persuadés que l'acteur a voulu, au fil des ans, dissocier sa vie professionnelle et sa vie privée, ne pas se faire avaler par le personnage publique... La démarche est donc tout à fait différente et François LÉGER n'aura donc pas de scrupules - une fois n'est pas coutume - à employer le "JE" et le "MOI" tout en prenant garde de ne pas tomber dans un narcissisme exagéré.

Un article présentant une aussi longue introduction serait, je puis vous l'affirmer, immédiatement refusé par la plupart des journaux quotidiens de notre pays. Je me demande même si la très grande majorité des responsables de rédaction serait allée jusqu'au bout de ce préambule qui ne permet même pas au lecteur de savoir quel est le sujet qui va être traité par l'homme de plume! Car, beaucoup de responsables de journaux ont fait confiance à la "bravitude" et au "charisme" de leurs lecteurs qui les ont menés à faire évoluer le contenu de la presse comme nous allons le voir.

Répondre à l'attente des lecteurs

Sans savoir exactement ce que sont la "bravitude", ni même le "charisme" des gens, je puis vous affirmer que les Français - disons "certains Français" - ont bien expliqué ce que devait être le journal et sont responsables, avec les dirigeants de presse qui ont suivi ces hommes et ces femmes dans leurs incroyables certitudes trompeuses, d'une sorte de "descente aux enfers" des chiffres de vente des quotidiens de notre pays.

De ces Français ainsi interrogés dans leur "bravitude" - un mot dont j'ignore le sens exact pour ne pas avoir fait l'ENA tout en pensant qu'ils étaient, en tout cas, bien braves - le "charisme" m'a cependant surpris. De fait, en compulsant mon "Petit Robert", j'ai trouvé la définition suivante du mot "charisme": "Don particulier conféré par la grâce divine". Et, le dictionnaire de nous donner pour exemple: "Charismes et visions des grands mystiques"  (Daniel-Rops).

N'ayant pour ma part, pas de don particulier conféré par la grâce divine, voilà des mois que je m'interroge lorsque l'on me parle du charisme de tel ou tel acteur, des footballeurs, patineurs sur glace, etc.

Mais, je me suis résolu à être confiant lorsque certains quotidiens de province ont décidé de réunir des lecteurs ayant les qualités ci-dessus énoncées pour participer à ce qu'ils appelaient des "Focus-lecteurs". Cette expression de "Focus-lecteurs" parle d'ailleurs d'elle-même et je me demande s'il m'est besoin de donner davantage d'explications. Toutefois, ne voulant pas vous laisser sur votre faim, je vais vous donner toutes les informations en ma possession sur ces "Focus-lecteurs".

Certains responsables d'organes de presse, voyant leurs tirages et leurs chiffres de vente baisser, ont pensé que cette situation devait être due au contenu du média qu'ils dirigeaient. Conscients parfois que ce contenu n'avait, souvent, guère évolué, depuis longtemps, et pouvait ne plus du tout répondre à l'attente des lecteurs de la fin du XX° siècle et du début du XXI°, ont voulu en avoir le coeur net.

Jusque là, rien que de très normal car je ne peux pas contredire Pierre ALBERT, alors professeur à l'Université Panthéon-Assas Paris II (Institut français de presse), lorsqu'il écrivait dans un ouvrage de 1996: "La presse écrite est finalement beaucoup plus le miroir des idées et des goûts de ses lecteurs que des opinions et des choix de ses rédacteurs"... Une analyse qui rappelle également cette affirmation de l'un de mes anciens professeurs, professeur au Collège de France, Alfred SAUVY, "Tout informateur désire avant tout être lu ou entendu, qu'il soit commercial ou non. Il s'efforcera donc toujours plus ou moins de plaire".

Les images sont plus faciles à lire...

Certains quotidiens ont alors décidé d'aller au plus près de leurs lecteurs, organisant ici ou là, dans des villes importantes où ils avaient des bureaux dont les journalistes présidaient au contenu de ces éditions, des réunions entre journalistes professionnels, responsables de services du siège se déplaçant dans la "France respirante" et lecteurs.

Mais, le problème est que ces "patrons de presse" ont généralement laissé la responsabilité de l'organisation de ces réunions aux chefs des agences intéressées... Or, comment organiser de telles réunions à 17 ou 18h, une heure où les gens sont encore généralement au travail? Eh bien, tout simplement en prenant des personnes libres à ces heures-là et en leur expliquant que les réunions se terminent toujours avec du champagne (à boire avec modération) et des petits-fours... C'est ainsi qu'ont été volontaires pour participer à ces réunions nombre d'hommes et de femmes traînant les rues la plupart du temps, venant lire la "gazette" dans la vitrine de l'agence chaque matin ou ces gens qui n'hésitent pas à s'installer dans les locaux pour regarder "leur" journal, un journal qu'ils n'achètent pas... En ajoutant à ces participants quelques personnes ne connaissant que très peu le journal, à qui l'on promettait un "produit" qui leur conviendrait, on avait là la plupart des participants non professionnels à ces réunions.

C'est dire si ces gens étaient représentatifs du lectorat du journal! Des gens qui ont expliqué qu'ils voulaient beaucoup plus de photos, des articles proches d'eux, de la vie de leur cité, des articles très courts, etc. Il faut comprendre tous ces gens dont beaucoup lisaient encore en suivant les lignes avec leur doigt et pour lesquels la synthèse d'un long article était "mission impossible"...

Alors, on a décidé d'aller dans ce sens... C'était une formule idéale puisqu'elle répondrait à la demande des lecteurs et serait économique: plus besoin de journalistes ayant fait Sciences Po ou des étude d'économie politique pour parler de la foire du coin et reprendre l'information formatée par La Pensée Unique avant d'être distillée à la télévision... C'est dire des économies substantielles sur les salaires...

On est parti pour donner beaucoup de photos, des articles courts, en quelque sorte un journal prédigéré au lecteur... Pour ma part, je puis d'ailleurs affirmer que de grands magazines sont "tombés dans le panneau"...

Il est ainsi des revues que je prenais pour découvrir des enquêtes - longues, minutieuses, de haut niveau et ô combien formatrices - ainsi que de grands reportages sur différents pays de la planète qui ont emboîté le pas à cette politique... Aujourd'hui, je n'achète plus ces revues qui, sous prétexte de présenter des articles courts et accessibles à tous, ne proposent plus que de vagues choses insipides, sans couleurs, sans saveurs et sans odeurs... Foin de mes grands reportages qui sont devenus moins intéressants qu'une page d'un guide touristique quelconque...

Quant aux quotidiens, savent-ils pourquoi leurs tirages continuent de baisser et les lecteurs de se désabonner, de se désintéresser de ces titres? Combien de gens ai-je entendu dire: "Je ne prends plus le journal... Il n'y a plus rien dans ce quotidien, même les reportages locaux sont publiés une ou deux semaines après l'événement"...

Est-ce que ces responsables de journaux vont enfin se réveiller pour ne pas laisser mourir la presse et demander à leurs journalistes de remettre leurs organes cérébraux en route?

En attendant, il y a une conclusion importante dont il faut prendre conscience de par cette expérience malencontreuse - c'est le moins que l'on puisse dire - une conclusion importante qui est celle-ci: la "bravitude" et le "charisme" d'une "France respirante" n'ont pas suffi à redonner du souffle à une presse malade... Une presse malade qu'il faut sauver pour ne pas avoir un seul "journal" dispensant la bonne parole en faisant taire l'esprit critique et d'analyse.

Dans ces conditions, peut-on raisonnablement penser qu'une expérience du même type puisse avoir lieu dans ce pays pour remettre en marche une France qui a sombré dans les "Vingt Calamiteuses" qui se comptent aujourd'hui déjà vingt-six?

Pour ma part, un candidat à la présidence de la République qui viendrait demander aux Français ce qu'il faut faire m'empêcherait de dormir! Il m'empêcherait de dormir en raison de l'expérience de la presse, mais aussi parce que ce serait montrer que ledit candidat saurait qu'il veut aller à l'Elysée sans savoir ce qu'il devra vraiment faire ensuite.

Non pas que je pense les Français incapables de jugement... Que nenni! Mais, soyons sérieux et restons conscients que personne ne sait tout faire: les Français sont suffisamment grands pour se prononcer sur un programme, mais ne sont pas aptes à donner des solutions pour des problèmes dont ils ne connaissent pas les dossiers!

Alors, arrêtons les mots, même s'ils sont de "bons mots" car ce n'est pas eux qui remettront une France malade sur pied... Arrêtons-nous bien plutôt aux mots explicitant les solutions proposées à chacun des problèmes actuels de notre pays.

                                                                     François LÉGER

Posté par ARMEE à 21:56 - Mots et maux... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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