François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

05 décembre 2009

Décembre

Maurice_DUSSOL      Le pastiche mensuel

        de l'année 2009

     Par Maurice DUSSOL

   La pendule centenaire

Fidèlement traduit de la langue d'Oc

Refrain

Grains de blé dans la rivière
Les gens sont passés,
Même gravés dans la pierre
Leurs noms se sont effacés

La pendule centenaire
Passe le temps
A raconter, débonnaire,
Les Hivers et les Printemps.
Cette respectable amie
Pleure souvent
En voyant plus d'une vie
Partir dans le vent.

La pendule centenaire,
Saison après saison,
La pendule solitaire
Est le coeur de la maison.
De naissances en baptêmes,
Depuis toujours,
Elle rythme les problèmes,
Les adieux et les bonjours.

Si, dans un coup de folie,
Subitement,
Elle veut sa clé jolie,
Elle s'arrête un moment:
Il fait du bruit son silence
Plus fort qu'un tambour,
Plus cruelle est son absence
Qu'un chagrin d'amour.

La Pendule centenaire
N'oubliera point
Qu'elle a vu l'"Homme" en colère
Lever le poing.
Les luttes se sont suivies
Riches d'espoir
Mais ont coûté bien des vies
Tombant dans le noir.

La pendule centenaire
Passe le temps
A raconter, débonnaire,
Les jamais et les souvents.
Elle a vu bien des folies
Des faux serments,
Et trop de mélancolies
Fuyant dans les vents

Dernier refrain

Grains de blé dans la rivière
Les gens sont passés,
Sur le marbre au cimetière
Leurs noms se sont effacés

Grains de blé dans la rivière
Les gens sont passés
Ils ont fini leur carrière
Au Néant des trépassés.

Oui, mais l'Amour est resté!

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03 novembre 2009

Novembre

Maurice_DUSSOL          Le pastiche mensuel

          de l'année 2009

       Par Maurice DUSSOL

    La jeune fille et la Mort

Inspiré par la musique de Schubert

Lorsque j'écoute, en moi, chanter la mélodie
De l'Andante divin qui coule en ré mineur,
Murmure lancinant comme une psalmodie
Que nous rêva Schubert, je suis près du "Bonheur".

Quel poème oserait, avec autant de charme,
Faire que nous pouvons, et cela sans effort,
Changer en diamants les reflets d'une larme
Que verse une humble fille étreinte par la Mort?

Douce enfant qui serait pudique jouvencelle
Car rythmes et motets sont si mélodieux
Que leur ballet, nimbé de lumière cruelle,
Est, malgré ce, très loin de désirs odieux...

Une fois effacés de la proche mémoire
Les longs rugissements d'un Allegro de fous,
Coule, des violons, comme d'un lac de moire,
La valse la plus tendre au motif triste et doux.

Et ces gémissements d'une âme déchirée
(Qu'écorchent, par instants, des pizzicati secs)
Sont comme les lueurs d'une étoile ignorée
Pleurant sa solitude à dix mille parsecs...

Quand le "Tempo" revient, plus rude, plus sévère
Pour, vers d'autres émois, nous mener brusquement,
Pouvons-nous ignorer que le "Mal" persévère
Et que va survenir l'ultime dénouement?

Mais, dans nos coeurs, la Mort a perdu sa victoire
Car, malgré sa puissance et ses pouvoirs déments,
Son rôle est d'adoucir, dans cette belle histoire,
D'une adorable enfant, les tout derniers moments:

"Elle te prend la main, consentante victime
"Et, tout en te guidant vers le sommeil total,
"Elle écarte de toi, jusqu'au fond de l'"Abîme",
"Ce qui rendrait trop dur ce  voyage fatal!"

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06 octobre 2009

Octobre

Maurice_DUSSOL      Le pastiche mensuel

         de l'année 2009

      Par Maurice DUSSOL

  Et j'en sais d'immortels...

En pensant à Musset et à sa Muse nocturne

Lorsqu'il est arrivé tout au bout de l'errance,
Qu'il voit ses facultés s'éteindre tour à tour,
Lorsqu'il n'a plus la Foi, lorsqu'il n'a plus d'amour,
L'homme se laisse aller à la désespérance...

Un désespoir total m'envahit, sombre et lourd,
Je vis cette douleur, pire que la souffrance:
Elle occulte chez moi jusqu'à l'indifférence,
Cette angoisse que j'ai de ne plus vivre, un jour!

Emporté vers la Mort comme par l'eau d'un fleuve,
Je n'espère plus rien, je n'ai plus de désir,
Je trahis "la Raison", ne cherche plus "la Preuve"
Et ne sais plus très bien ce qu'était le Plaisir.

J'avais aimé, jadis, ce beau vers du Poète:
"Les plus désespérés sont les chants les plus beaux"
Aujourd'hui je le hais car il n'est pas honnête:
Quel chant pourrait monter du néant des tombeaux?

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07 septembre 2009

Septembre

Maurice_DUSSOL          Le pastiche mensuel

         de l'année 2009

      Par Maurice DUSSOL

               Galêné
             Calme après la tempête

Inspiré par un poème de Claire Brocardi

L'orage s'est enfui bien au delà du Rhône;
Un grondement lointain meurt sporadiquement,
L'Aube, en se réveillant, arbore une couronne
De stratus mordorés, lignes au firmament...

Dans le jour qui renaît, ma lagune éprouvée
Va pouvoir oublier la terreur et le bruit
Pour jouir pleinement de la paix retrouvée
Et se fier, sans crainte au Temps qui reconstruit.

Vont pouvoir miroiter les eaux calmes des flaques
Puis s'iriser le sel sur les bords des étangs;
La boue "éclatera" le limon de ses plaques
En pentagones gris aux contours déroutants.

Douceur de ces matins où chante la ramure
Quand la douce senteur des gazons "scintillés"
S'élève sous les pas dans un discret murmure
Qui réveille nos sens, par elle titillés....

Rêver en avançant sous un léger feuillage
S'éloigner à pas lents de l'hideuse Cité,
Ecouter, des oiseaux, le joyeux babillage
Et se fondre, rêveur, dans la rusticité...

Pour un nouvel essor mon pays va  renaître
Par l'ennemi constant trop souvent agressé,
Il va tout rénover jusqu'au fond de son être,
Courbé pour un moment mais toujours redressé.

C'est ce bonheur dont, seul, parfois, l'humble poète
Se permet de jouir dans le jour qui renaît:
Ce "calme de la mer", juste après la tempête
Que les marins d'Hellas prononçaient "Galêné".

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04 août 2009

Août

Maurice_DUSSOL       Le pastiche mensuel

          de l'année 2009

       Par Maurice DUSSOL

             Kochel 467

Inspiré par le génie de Mozart

Imprégné de "Raison", saturé de "Physique",
Tu vins à ce concert, innocent étranger,
Pour suivre un compagnon féru de "la Musique",
Qui ne t'avait pas mis en garde du danger...

Dès les premiers accords, les séquences divines
Ont brisé les remparts de ton entendement:
Ton coeur et ton cerveau, sans que tu le devines,
Se sont laissés ravir, tous deux, éperdument...

L'Andante a fait s'emplir tes yeux de douces larmes,
Le Final triomphant, par ses chants souverains,
Eveillant le grand art et chassant les alarmes,
De frissons inconnus vient de glacer tes reins!

Alors, n'applaudis pas lorsque le chef d'orchestre
Abaisse sa baguette et se tourne vers toi!
Auditeur envoûté, retrouvant le "terrestre"
Attends donc un moment et reste encore coi!

Tu laisseras, plus tard, éclater ta liesse
Dans ce temple où le "Beau" n'est pas fils du "Hasard",
Savoure donc plutôt cette nouvelle ivresse:
Le silence qui suit, c'est encore Mozart !

Ce silence qui suit... c'est l'âme de Mozart !

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08 juillet 2009

Juillet

Maurice_DUSSOL         Le pastiche mensuel

            de l'année 2009

         Par Maurice DUSSOL

               

                     Langue d'Oc

       Traduction (sans trahison) du Languedocien

               

La langue est, pour un Pays,
Comme ses yeux pour l'enfant,
Un ami pour ses amis
Et l'aimée avec l'amant.
Une langue est une glace
Où se voit l'identité
Et quand le miroir se casse
Disparaît la vérité.

Une langue est sur sa "terre"
Comme moineaux dans leurs nids;
IL faut l'enfant pour la mère,
Il faut de l'eau pour les puits.
Les hommes qui font la guerre
Veulent faire tout pourrir:
Pour qu'ils dominent la Terre
La Culture va périr!

La langue d'oc n'est pas morte!
Cela serait trop vexant
Même si le vent l'emporte
Il nous restera "l'accent"!
Sans lui tout serait "foutu":
A l'école, au vieux marché,
Il faudrait parler "pointu"
Et l'Espoir serait fauché.

Refrain

Devant ma fenêtre
Est un oiselet chantant,
Toujours en occitan,
Qui, de tout son être,
Chante ses chansons
Pour filles et garçons.

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10 juin 2009

Juin

Maurice_DUSSOL        Le pastiche mensuel

           de l'année 2009

        Par Maurice DUSSOL

        Le Héron et le Destin

A l'opposé d'une fable de La Fontaine

      

Un jour, sur ses longs pieds, en longeant le courant,
Un tout autre héron, un héron conquérant,
Suivit à contre sens la fameuse rivière;
Celle où le vieux héron plutôt mal avisé,
Avait pris un chemin par trop improvisé
(Il n'avait semble-t-il aucune "marche arrière"
Et n'avait pas songé à faire des détours
Vers sa première proie, en remontant le cours).
Ce héron au long cou, chanté par La Fontaine,
Cet oiseau qui allait le long d'une fontaine,
A marcher vers l'aval, sottement obstiné
D'un maigre limaçon avait très mal dîné!

Mon deuxième échassier trouva, dès le début,
Le petit limaçon qui faisait sa prière...
Fidèle à son régime il le mit au rebut:
Un limaçon pour lui? C'était une misère!
Un peu plus loin, la tanche, en poisson trop curieux,
Vint frôler la surface et briller sous les cieux.
Elle obtint son mépris: elle était trop petite,
Indigne de nourrir un oiseau de mérite!

C'est pourquoi notre ami poussa plus loin sa quête,
Remontant le courant de l'aval vers l'amont,
Tel un preux chevalier pourchassant un démon
Il parvint, à la fin, aux lieux de sa conquête...
Il avait eu raison d'attendre plus longtemps:
Il  vit dame la carpe "ondoyant" sous les ondes
Qui profitait gaiement des douceurs du Printemps,
Faisant "cent et cent tours" en de joyeuses rondes
Avec les grands brochets qui vivaient en ces lieux.

Après avoir dûment remercié les dieux,
Notre héron têtu fit un repas splendide
Dix fois plus copieux et plus revigorant
Que celui de l'oiseau, pas plus que lui stupide,
Mais qui, par l'autre bout, avait pris le courant.

Et ce "Mutos délolï" * que, pour l'Homme et la Bête,
Que l'on soit grand savant ou bien analphabète,
Les Heurs et les Malheurs dépendent du Destin:
Nous prenant par la main, nous menant au festin
En montrant les endroits où baigne l'abondance
Ou bien nous laissant choir pour hâter notre fin,
Démontrant envers tous sa morne indifférence,
Il nous laisse parfois, hélas, mourir de faim.

* A la fin de chaque fable, Esope annonçait la "morale" par ces mots que l'on peut traduire par "la fable démontre".

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05 mai 2009

Mai

Maurice_DUSSOL       Le pastiche mensuel

           de l'année 2009

       Par Maurice DUSSOL

   Testament pour une main

   Inspiré par le spirituel Sacha Guitry

      

S'adressant à la main de sa future veuve
Le caustique "Sacha", près du "fatal départ",
Donnait, de son esprit, comme une ultime preuve
Faisant, d'un jeu de mots, un étrange rempart.

Il disait, sous couvert d'un élan de tendresse,
Qu'il la soupçonnait fort, ayant fermé ses yeux,
De se muer très tôt en rapace traîtresse,
Pour jouer sans pudeur à des jeux odieux:

Cette main, qui veillait à la douceur des gestes
Allait se transformer en serres de vautour
Et rechercher ses clefs aux tréfonds de ses vestes
Pour ouvrir, sans remords, ses tiroirs, tour à tour...

A la main qui (bientôt) fermera mes paupières
Je voudrais aujourd'hui, laisser un testament
Comportant des pardons autant que des prières,
Lourd des mots inspirés par le dernier moment:

Le droit serait acquis de feuilleter mes livres,
De trier mes tableaux, de jeter mes chansons,
De verser de mon vin à des buveurs trop ivres
Pour pouvoir, dignement, mimer les échansons;

A la main qui pourrait rayer l'antique glace
Ou draper sur un cou mon foulard de Cardin,
Je pourrais pardonner de restreindre la place
Qui permet à mes fleurs d'enchanter mon jardin...

Cette main, du perron, pourrait briser les pierres,
Arracher au bassin ses cheveux de roseaux,
Détruire, par plaisir, mes guirlandes de lierres
Et vider l'abreuvoir de mes petits oiseaux...

Tous ces agissements, si dignes d'un vandale,
Iraient jusqu'à salir mes murs de Comblanchien
Mais je les subirais sans rage ni scandale
Si cette main, parfois, caressait mon vieux chien.

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05 avril 2009

Avril

Maurice_DUSSOL         Le pastiche mensuel

        de l'année 2009

      Par Maurice DUSSOL

    La trilogie du bonheur

Inspiré par Sardou et la musique de "La maladie d'amour"

L'Espoir, l'Espoir,
Il brille dans le noir;
Aux coeurs désespérés
Il offre des jours libérés.
Toi, l'être humain,
L'adulte ou le gamin,
Il te prend par la main
Pour t'aider sur ton dur chemin...
Il chasse les nuages,
Ensoleille les plages

A tous offrant des fleurs
Pour qu'elles effacent les pleurs;
Il écarte les ronces
Des fourrés où tu fonces
Et, pour chaque réveil,
Il te façonne un gai soleil!
L'Espoir, l'Espoir,
Il chasse aussi le noir
Car, de l'astre du soir,
Il fait un splendide ostensoir.

L'Amour, l'Amour,
Il  connaît plus d'un tour
Pour écarter, des coeurs,
La solitude ou les rancoeurs;
Quand vient ton tour,
Sans le moindre détour,
Il t'offre un vrai bonheur
Dont tu seras le "butineur".
Il ranime les flammes
Qui font brûler les âmes,
Mais fait aussi fuir les noirceurs
Qui pourraient souiller les douceurs.
Il oublie et pardonne
Et jamais n'abandonne
Ceux, de bon gré, de bon aloi,
Qui viennent vivre sous sa loi.
L'Amour, l'Amour,
Entraide tour à tour
Des amoureux en fruits
Et des tristes amants détruits.

La Joie, la Joie
Sait découvrir la voie
Qui mène vers la paix
Des Paradis presque parfaits;
Ell' prend le temps,
De Printemps en Printemps,
Pour offrir aux enfants
Des lots de rêves triomphants.
C'est une belle actrice,
Une douce complice
Entrouvrant, pour nous protéger,
Son blanc manteau doux et léger;
Elle nous accompagne
En mer, à la campagne
Et, de chants en aveux,
Elle répond à tous nos voeux.
La Joie, la Joie,
Grandit pour qu'on la voie
Protéger les mortels
Laissant aux faux dieux, leurs autels.

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06 mars 2009

MARS

Maurice_DUSSOL         Le pastiche mensuel

         de l'année 2009

      Par Maurice DUSSOL

            Merci Charles

Elan  de gratitude pour Charles Trenet sur la musique de "Douce France"

                                          

Merci Charles,
Dans tes chansons tu nous parles
De la Sept qui court vers Arles,
De soleils coquelicots;

Tu dévoiles,
Scintillant au ciel, sans voiles,
Ces yeux qui sont des étoiles;
La France "cocoricos".

Quand tu chantes,
Meurent les rumeurs méchantes,
Tu m'enchantes
Sans faire pleurer Margot!

Mon jeune âge,
Le vieux piano de la plage
Evoquant un doux visage,
Grâce à toi vivent en moi
Toi, le prince de l'émoi!

Il s'arrête!
Il ne meurt pas, le poète;
Il survit dans notre tête
Pour nous aider à rêver:

Poésie,
Cette douce frénésie
De parfums et d'ambroisie
Jamais ne va s'achever.

Ses images,
Beaux cadeaux pour enfants sages,
Ses voyages
Sur musiques de velours,

Lui, l'esthète,
Fit de la "vie" une fête
Il sera notre interprète
Chez les Muses pour toujours
Lui, le roi des troubadours.


   

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