François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

21 septembre 2008

Pourquoi accepter l'inacceptable ?

Fran_ois_2_copieQui a intérêt à faire disparaître cette forme littéraire qu'est la "Nouvelle" lorsqu'elle émane de plumes françaises?

Le discours plein de hâbleries affirmant que c'est là un genre qui n'est pas prisé de nos concitoyens a vécu: ceux-là même qui osent cette affirmation prouvent son contraire!!!

                     Par François LÉGER

En écrivant mon premier article concernant la Rentrée littéraire 2008, j'ai voulu avoir l'honnêteté de faire la recension d'un livre annoncé comme étant un ouvrage incontournable et j'ai fait l'effort de le lire avec la plus grande attention jusqu'à la dernière ligne, même si je pense que c'est un livre à contourner sans détour! "L'inaperçu" de Sylvie GERMAIN est un roman de kiosques de gares que l'on oublie souvent dans le train sans même s'en apercevoir... Et pourtant, voilà qu'on nous le présente comme  un grand livre et que la médiatisation qui l'accompagne en fera un ouvrage trouvant aisément de nombreux chalands. C'est dire que ce qui fera la plus grande partie du succès de cet ouvrage est ce qu'en diront éditeurs, critiques littéraires, chroniqueurs, présentateurs et animateurs d'émissions de télévision ou de radio qui inviteront Sylvie GERMAIN à venir expliquer ce livre dont il n'y a rien à dire! Sans oublier l'emplacement que trouvera ce livre dans les librairies!

N'allez surtout pas croire que les lignes ci-dessus aient la moindre intention de blesser Sylvie GERMAIN! Non, il se trouve simplement que j'ai là l'antithèse de tout ce qui se passe pour tout ouvrage - écrit par une plume française - de cette forme littéraire qu'est la "Nouvelle"! Or, y avait-il meilleure occasion que cette Rentrée littéraire pour demander aux amateurs de livres de cesser d'accepter l'inacceptable! N'y avait-il pas meilleure occasion de mettre les éditeurs et tous les gens ci-dessus face à leurs mensonges effrontés dont j'ignore les raisons: la "Nouvelle n'est pas un genre prisé par les Français... Ça ne se vend pas!" disent-ils en prouvant le contraire!

Bien évidemment, je ne vous cacherai pas avoir entendu cette phrase des centaines de  fois avant - mais aussi depuis! - la parution de mon premier recueil de nouvelles, mais je veux que les choses soient bien claires entre nous: je n'écris pas ce "papier" pour mettre en avant le petit écrivaillon de province que je suis, un petit écrivaillon qui vit de sa plume  depuis plus de quarante ans et est aujourd'hui parfaitement heureux d'être venu finir ses jours paisiblement sur la Côte d'Azur en travaillant avec ses trois compères sur ce site. Non, il s'agit de défendre cette forme d'écriture qu'est la "Nouvelle" et d'expliquer que cet argument n'a aucun sens, si ce n'est celui de faire renoncer à ce genre littéraire nos grandes plumes et d'évincer tous ces jeunes qui se voudraient être "nouvellistes". J'ignore les raisons présidant à cette volonté évidente et indiscutable que je vais maintenant vous prouver.

Tout  d'abord, on peut être surpris de savoir que les Anglo-saxons raffolent de la "Short story" et que les habitants de pays du Sud comme l'Espagne ou l'Italie ont la même attitude avec la célèbre "Novela" alors que les Français ne s'intéresseraient pas du tout à la "Nouvelle". Or, après avoir entendu des centaines de fois "La nouvelle n'est pas un genre prisé par les Français... Ça ne se vend pas", voilà plusieurs salons littéraires (dont ceux de Nice, Alpes-Maritimes; et de Fuveau, Bouches-du-Rhône) au cours desquels j'ai entendu d'intéressantes questions de visiteurs faisant désormais partie de mes lecteurs...

Des amateurs de "Nouvelle" déclarés...

Je vois encore cette élégante dame qui, après avoir lu les quatrièmes de couverture  de mes deux derniers ouvrages, a engagé la conversation en me demandant: "Comment se fait-il que l'on ne trouve pratiquement pas de recueils de nouvelles? Personnellement, j'en raffole, mais j'en trouve très peu... Je me doute que cette écriture est difficile, mais quand on pense à la Rentrée littéraire qui voit arriver, chaque année, plus de six à sept cents livres sur le marché, on est surpris par la rareté de ces livres..." Pour un peu, je l'aurais embrassé cette dame qui m'a acheté plusieurs ouvrages, je l'aurais embrassée, non pas pour l'achat, mais pour ces paroles réconfortantes à notre époque!!! Je lui ai également répondu : "Eh bien, Chère Madame, à en croire les éditeurs et les libraires, c'est un genre totalement délaissé par les lecteurs". Et, mon interlocutrice d'enchaîner: "Je ne comprends pas très bien ce phénomène car il y a les gens qui, comme moi, adorent ce style de littérature et je pense que beaucoup de gens n'ayant pas le temps de lire de gros livres doivent être intéressés par cette littérature caractérisée par la faible longueur de chaque texte... De plus, on peut oublier le livre et y revenir une semaine plus tard: il n'y a pas à chercher où l'on en est puisque ce sont des histoires formant chacune une entité même si, comme vous, le nouvelliste propose un recueil construit sur un thème général..."

Il est donc déjà réconfortant de constater qu' "Il n'y a pas d'âge..." pour aimer la "Nouvelle" et surtout pour présenter une réaction beaucoup plus logique et saine que celle de la plupart des éditeurs et de tous ceux, cités plus haut, dont ils ont besoin pour le succès d'un livre!

Des réactions de lecteurs des plus intéressantes...

Mais, il faut être honnête et dire que tous les gens que vous rencontrez dans un Salon littéraire ne sont pas tous comme cette dame et peuvent même, parfois, avoir des réactions  étranges... De fait, il me souvient, lors d'un Salon où je présentais mon premier recueil de nouvelles qui n'était pas thématique, avoir discuté avec un Monsieur pendant plus de trois quarts d'heure! Ce monsieur avait pris le sommaire du livre et me demandait, pour chaque nouvelle, sinon de la lui raconter, de lui expliquer au moins le sens et l'ambiance de chacune d'elles... Or, devinez ce qui se passa après ce long entretien? Ce Monsieur m'a posé la question suivante, en ces termes, car je ne les ai point oubliés, "Alors, finalement, votre bouquin... Il parle de quoi?". Puis il a vu mon air dépité et s'en est allé sans acheter cet ouvrage.

Certes, c'est un événement parmi d'autres arrivant lors d'une Journée du Livre, mais il frappe en plein coeur! Pourtant, en y réfléchissant, j'ai trouvé que ce moment avait été très positif dans la mesure où il mettait totalement en cause tous ces éditeurs qui ne publient pas de "Nouvelle" parce que "ça ne se vend pas!"...

De fait, je me suis souvenu alors d'une réponse fort édifiante de Claude BRASSEUR à un journaliste qui lui avait demandé s'il n'avait pas souffert du manque d'affection de ses parents pendant son enfance et l'acteur avait répondu simplement, en substance, "Non, je n'en ai pas souffert: comment voulez souffrir du manque de quelque chose dont vous ignorez l'existence?" Je crois me souvenir qu'il avait fini en disant si vous n'avez jamais bu de tel apéritif, comment pourrez-vous dire qu'il vous a manqué?

En rapprochant ces deux événements, j'ai senti, en prenant mon bain, comme une poussée frappant de bas en haut dans ma baignoire et me suis dit: "Eurêka... J'ai trouvé!"... J'ai trouvé pour quelle raison la "Nouvelle" pourrait effectivement ne pas se vendre, encore que cela reste à prouver comme on le verra plus loin....

La "Nouvelle" ne se vend pas parce que l'on n'en propose pas aux gens, c'est tout simple!!! Pourquoi les gens ayant une culture moyenne et ne connaissant pas ce genre qu'est la "Nouvelle" en demanderaient-ils? Mais, pourquoi, Messieurs les éditeurs se refusent-ils à proposer des recueils de nouvelles et toute la clique qui suit se refuse-t-elle à faire la moindre promotion d'un recueil de nouvelles étant arrivé en librairies par un chemin très recherché des autres nouvellistes! Car, pour parler de moi, je dois vous avouer que mon éditeur a un mal de chien à obtenir ne serait-ce qu'une critique - bonne ou mauvaise - de la part de critiques qui se disent littéraires faisant fi de tels travaux et ne s'abaissant pas à lire un recueil de nouvelles.

Une question de culture...

Tous ces gens qui veulent "tuer les nouvellistes français" ne se rendent même pas compte qu'ils font preuve d'un manque de culture!!! Ont-ils donc oublié Boccace, certainement le premier prosateur italien, dont nombre de nouvelles ont été honteusement plagiées par un certain Monsieur Jean de La Fontaine qui eut ensuite le génie de créer ces animaux qui firent en partie la valeur de ses fables?...

Ont-ils donc oublié, tous ces grands de la littérature du XXIème siècle, un recueil de nouvelles intitulé "Mosaïque" pour lequel Prosper Mérimée rencontra quelque succès? Ont-ils donc oublié une certaine nouvelle de Prosper Mérimée qui servit pour l'écriture du livret d'une certaine "CARMEN" de Bizet?

A cette époque, la culture n'était apparemment pas la même qu'aujourd'hui !!! Lorsque j'étais jeune, je me cachais si j'avais un "bouquin de cul" dans les mains (je vous prie de m'excuser de cette formulation, mais je pense qu'elle s'imposait ici) et, aujourd'hui, c'est la "Nouvelle" qui est malséante! Ainsi, lors du Salon du Livre des Écrivains en Provence de Fuveau, ai-je vu arriver un monsieur d'une petite quarantaine d'années qui m'a demandé de lui dédicacer mon dernier ouvrage... Il n'a pas voulu de sac du Salon et a mis mon livre dans sa serviette avant de s'approcher de moi - presque en catimini - pour me dire: "Moi aussi, j'écris des nouvelles, mais n'ayant pas trouvé d'éditeur, j'ai publié en auto-édition un  recueil que j'aimerais bien vous offrir... Si j'osais, je vous demanderais bien d'en faire la critique sur votre site: aucun journaliste n'a accepté de le lire". Voilà encore quelque chose d'inacceptable!!! Qu'un critique "démolisse" un ouvrage je l'accepte, mais il est intolérable de voir une telle ségrégation!

La Preuve par neuf...

Devant tout ce que je viens d'écrire, j'imagine tant d'éditeurs dédaigneux expliquant que je n'ai rien compris! "Vu de votre perchoir, il est facile de monter des théories, mais la Nouvelle, ça ne se vend pas" disent-ils en choeur!... Bien évidemment, je vois tout l'aréopage de critiques, journalistes, présentateurs, etc. acquiescer...

Bien, Messieurs, alors, vous me devez des explications à moi, pauvre petit écrivaillon de province qui n 'a rien compris et ne veut pas admettre que les gens ne lisent pas de nouvelles...

A vous, Messieurs les éditeurs, de m'expliquer pourquoi il sort tant de recueils de nouvelles traduits de l'anglais ou de l'espagnol (notamment des auteurs d'Amérique du Sud) que vous, éditeurs français, n'hésitez pas à mettre sous presse et à lancer dans votre système médiatique qui suit comme un seul homme... Ne me dîtes surtout pas que c'est parce que ces écrivains sont les seuls à faire de bonnes nouvelles pour les Français alors qu'ils ne sont pas de notre culture et de notre environnement et ne peuvent donc pas voir le monde et les Hommes comme les Français.

A vous, Messieurs les directeurs de journaux de donner aussi vos explications... Je pense notamment au journal "Le Figaro" - auquel je suis d'ailleurs abonné depuis une dizaine d'années - qui fait des recensions dithyrambiques de traductions de recueils de nouvelles et qui refusent avec force de seulement prendre connaissance de mon dernier recueil de nouvelles! D'ailleurs je ne pense pas avoir vu un seul recueil de nouvelles d'un auteur français présenté dans "Le Figaro" ou "Le Figaro Magazine"!!

Encore à vous, Messieurs les directeurs de journaux de donner vos explications... Vous, responsables du "Figaro" qui avez osé, dans ce même contexte, pendant le mois de juillet, annoncer: "Pendant l'été, chaque jour un grand écrivain étranger offre une nouvelle inédite commençant pas la même phrase de < L'Odyssée > d'Homère". Vous avez ainsi publié trente "Nouvelles" occupant chacune une page de votre quotidien ... alors que "La Nouvelle, ça n'intéresse personne... Personne ne la lit"! De plus, ceci ne me concerne en rien car le petit écrivaillon de province que je suis n'a pas une telle ambition, pourquoi avoir fait appel à trente écrivains étrangers?  N'aurions-nous pas assez de grandes plumes dans notre pays: quelqu'un comme l'un de vos collaborateurs qu'est Jean d'Ormesson (pour ne citer que lui) eut-il été incapable de relever un tel challenge? 

Faut-il en déduire que seule la "Nouvelle" écrite par des étrangers trouve grâce aux yeux des éditeurs et des journaux? Cela me paraît évident, mais ne serait-ce pas quelque peu suspect: faut-il y voir une volonté de dissuader les écrivains français de devenir "nouvellistes" - même à temps partiel! - ou une  sorte de collusion à un certain  niveau? Mais à quel niveau et pourquoi?

Dans le pays des libertés de penser et d'expression, il y aurait ainsi des formes d'écriture proscrites! Si cela était, le lecteur et l'écrivain seraient condamnés à accepter l'inacceptable et c'est justement pour que cela ne soit point le cas que je viens de vider un peu de bile de ma bille.

Vive la "Nouvelle": elle a eu un beau passé et elle aura forcément un bel avenir malgré un présent difficile en raison de quelques personnes dont on ignore les motivations.

   

Posté par ARMEE à 10:04 - Rentrée littéraire 2008 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 septembre 2008

RENTREE LITTERAIRE: un premier livre à la loupe...

Le nouveau roman de Sylvie GERMAIN n'est pas "L'inaperçu"  des rayons
des librairies, loin de là... Et pourtant...

                 Par François LÉGER

Un style alerte, malgré la gêne d'une ponctuation déficiente; des termes relevant parfois de la littérature classique côtoyant des néologismes curieux, voire vulgaires, que je perçois comme une déstructuration de la langue de Voltaire destinée à plaire à certains lecteurs; un peu de sexe lorsque le roman tombe dans la platitude... Une rare finesse dans la connaissance de l'âme humaine, une belle étude du regard que l'on peut avoir sur les autres et sur soi-même, un art consommé des longueurs pour que celles-ci passent inaperçues, une bonne dizaine de pages, enfin, livrant des émois, pensées et impressions qu'il faudrait peut-être lire en "rap": Sylvie GERMAIN a utilisé tous les outils littéraires en sa possession pour permettre à son nouveau roman de ne pas être "L'inaperçu" des rayons des librairies en cette Rentrée Littéraire, mais au contraire de toucher un large lectorat.

Pourtant, il semble patent que "L'inaperçu" ne restera pas dans les mémoires comme un grand livre et que je ne serai pas le seul lecteur à trouver la première partie attachante avant d'être frappé par la déception d'un ouvrage qui devient ensuite commun tant il est visiblement fait pour plaire, plaire à un maximum de lecteurs... Si, comme Alfred SAUVY, l'un des plus grands sociologues français, qui fut professeur au Collège de France, j'admets bien évidemment que  "Tout informateur désire avant tout  être lu ou entendu" et que, dans ces conditions, "Il s'efforcera donc toujours plus ou moins de plaire" et si je pense qu'il en va de même pour les romanciers, je suis comme Alfred SAUVY qui a toujours préféré "Le renseignement qui instruit l'individu, l'enrichit et élève son esprit". Malheureusement, je ne suis pas sorti enrichi de ce livre, si ce n'est par la première partie... qui ne constitue que soixante-dix des deux cent quatre-vingts quatorze pages que l'on ne referme pas à regret si ce n'est en pensant que l'auteur a les capacités - évidentes - d'écrire pour enrichir notre esprit.

Or, si, sur ce site, nous n'avons pas la prétention de satisfaire pleinement Alfred SAUVY, nous tentons de ne jamais céder à la facilité et de faire en sorte qu'il soit de qualité sans chercher à avoir un maximum de lecteurs...

C'est la raison pour laquelle nous ne cédons pas à l'emportement médiatique de la Rentrée Littéraire d'automne avec la présentation de "Belles pages" liée au même événement, ni à l'indicible qualité de Prix Littéraires avant même de les avoir lus!!! .... Les fidèles visiteurs de ce site savent parfaitement ce que je pense de ces "non-événements" pour m'en être expliqué ici à maintes reprises et je ne leur imposerai pas une nouvelle mouture des articles que j'ai déjà mis en ligne sur ce sujet. En revanche, ceux qui le souhaitent peuvent prendre connaissance de ces textes en lisant, dans la rubrique "Rentrée littéraire 2006", "Des belles feuilles à la feuille de chou" (publié le 22 août); et dans la rubrique "Rentrée littéraire 2007": "Laissez les lecteurs choisir!" (paru le 1er septembre) et "Nos < Belles Pages > de la Rentrée littéraire 2007" (arrivé sur le site le 7 septembre).

Nos fidèles visiteurs et ceux qui viennent de prendre connaissance de ces articles comprendront pourquoi je ne veux pas me laisser emporter par un système marchand qui n'a plus grand-chose de culturel, mais aussi que je ne veuille pas m'enfermer dans des certitudes trompeuses en dédaignant la Rentrée Littéraire et les Prix du même nom qui vont arriver sur le marché.

L'un des trente romans à ne pas manquer!

Voilà pourquoi j'ai voulu faire preuve d'honnêteté vis-à-vis de vous, lecteurs, en consultant, dans "Le Figaro et vous" du mardi 19 août une "Une" m'annonçant, au milieu de la reproduction des couvertures de ces ouvrages "Rentrée littéraire : 30 romans à ne pas manquer" suivie d'une double page à ceux-ci consacrée...

C'est ainsi que je me suis procuré, dès son arrivée chez mon libraire, le livre de Sylvie GERMAIN intitulé "L'inaperçu" que l'on m'avait présenté comme l'un des "Trente romans dont on va parler" et dont je vais par conséquent vous parler!!!

Dès les premières pages, si j'ai trouvé le style alerte, j'ai été véritablement attaqué - brutalement - par une ponctuation des plus fantaisistes qui gêne la lecture et par un vocabulaire "très imagé" ou de vieille littérature dont la cohabitation surprend. Sylvie GERMAIN m'a donné l'impression d'avoir un sac de tirets, virgules, points et conjonctions de coordination qu'il lui fallait à tout prix répartir au fil des pages. C'est ainsi qu'elle m'horripile franchement avec ces virgules suivies d'un "ET" que j'avais déjà reprochées à Mazarine PINGEOT dans "Le cimetière des poupées".

De fait, comme dans le travail de Mazarine PINGEOT, on  peut se demander si l'auteur a un jour, un instant ou une minute entendu parler de ponctuation. Si tel était le cas, elle nous ferait grâce de ses virgules suivies - on se demande bien pourquoi - de la conjonction de coordination  qu'est le "ET". Sylvie GERMAIN trouvera, dans ma recension du "Cimetière des poupées" de Mazarine PINGEOT (parue le 24 septembre 2007 dans la rubrique "LU POUR VOUS") toutes les explications qu'il sied concernant l'utilisation de la virgule et de la conjonction de coordination "ET".

En évoquant ce travail de Mazarine PINGEOT, je dois aussi préciser à Sylvie GERMAIN qu'elle a un autre défaut en commun avec cet auteur! Pourquoi croit-elle bon, en effet, de faire débuter nombre de ses phrases par "ET"? N'a-t-elle point appris que cette forme d'écriture est parfaitement incorrecte en français: ce n'est pas un gallicisme mais un anglicisme, ce qui fait que cette formulation ne poserait pas de problème de linguistique en anglais... Que dire enfin, pour en finir avec ces problèmes d'écriture qui fâchent toujours, de ses tirets simples, isolés, qui remplacent certainement chez cet auteur les deux points classiques?

Une expression toute personnelle

Comme je l'avais indiqué au début de cet article, le vocabulaire de l'auteur m'a laissé médusé avant de m'agacer!Sylvie_Germain

Dès la page 12, on trouve le verbe "PISSER" (très littéraire!) avant d'être pris par surprise par un magnifique paragraphe que l'on pourrait introduire dans les jeux de société: la personne capable de traduire marquerait environ cent points qui seraient triplés pour tous les joueurs de plus de trente ans... Ah, je vous sens curieux et ne résiste donc pas au besoin que vous avez de le découvrir: "Quand la mort fait intrusion si subitement dans l'ordinaire du temps, elle provoque un séisme, le temps à la fois se fige et se désheure, le quotidien se trouve frappé d'inanité, la réalité semble s'évider de toute substance, de toute vraisemblance, par excès même de factualité". Je me suis permis ici de souligner deux mots qui plairont certes et qui montrent que, pour l'auteur, destructurer notre vocabulaire n'est pas un problème... Sa façon de s'exprimer est d'autant plus curieuse qu'elle utilise certains mots, non pas dans leur vrai sens, mais dans celui que leur donne la majorité des gens, d'autres mots que j'ai dû chercher dans le dictionnaire tant ils sont rares et littéraires, enfin d'affreux néologismes, vulgaires si possible.

Malgré cela, on trouve attachante la petite Marie qui est en fait l'héroïne de la première partie de ce livre... Elle est attachante et touchante tant elle est bien présentée par Sylvie GERMAIN qui a l'art de ciseler ses personnages. Voilà une enfant d'une dizaine d'années qui a une vision étonnante du monde : elle appréhende avec précision l'attitude des adultes quels qu'ils soient... Elle essaie de comprendre le monde tout en vivant dans le sien: elle voit tout...

Un véritable saut en parachute

Voilà une première partie dans laquelle, je le répète, on découvre des personnages bien ciselés et la plupart du temps attachants, mais le passage à la deuxième partie est une véritable épreuve de force... J'ai eu l'impression de faire involontairement mon premier saut en parachute. Après avoir été poussé à l'extérieur de la carlingue, j'ai fait une très longue chute dans des flots houleux. Des flots houleux dont j'ai cru ne pas arriver à sortir pour regagner la terre ferme et ses réalités.... Mais celles-ci sont-elles vraiment présentes? Toutefois, là encore, l'auteur ciselle ses personnages dans un contexte sans grand intérêt et frustrant tout en mettant constamment en exergue les sentiments des uns et des autres, le regard des uns sur les autres apparaissant aussi dans des pages longues à souhait.

L'auteur lui-même a du mal à reprendre pied et le roman s'endort quelque peu - tout comme le lecteur - aussi un peu de sexe plaira-t-il sûrement? Puis, au fil de l'histoire - dont mon rôle exclut de la dévoiler - on avance avec beaucoup de réflexions sur l'Homme : sentiments gardés, enfouis en soi et toujours vivaces, dédain et mépris, le regard que l'on a sur les autres et ces certitudes qui ne correspondent à rien de réel, rien de concret... Mais ces passages sont quelque peu enfouis sous un énorme remplissage... Parle-t-on d'un peintre? L'on cite alors douze peintres différents et l'on se lance dans la description  des peintures alors que cela n'a rien à voir avec le sujet....

Puis, arrivé à la page 171, on se trouve devant le parcours du combattant: difficile de se lancer lorsque, comme moi, l'on n'est plus en âge! Voilà des pages au cours desquelles la mère ou la fille - à moins que ce ne soit la narratrice - qui se laisse livrer des pensées (sont-ce véritablement des pensées?); des impressions,  des émois (sont-ce là impressions ou émois?) à exprimer des sentiments ou extérioriser un Moi profond (là encore, l'interrogation est grande). Tout ceci est tellement intéressant que l'auteur juge opportun de se justifier! N'écrit-il pas en effet: "Là s'arrêtait le recueil de phrases semées par Zélie sur tout support de fortune. Comme à travers les dessins, une fugue courait dans ces propos épars, des obsessions s'y martelaient, mais le puzzle restait trop lacunaire...". Personnellement je n'ai pas trouvé la fugue en question, même si j'ai failli en faire une pour échapper à ces pages décousues qui n 'apportent rien au texte qui suit, texte fait maintenant de mots et de verbes qui me suivent depuis mon enfance et que je comprends...

Puis, pris de court, l'auteur pense certainement: "Vous reprendrez bien une pincée de sexe, voire plus si affinités..." Si l'auteur regarde bien l'Homme et connaît bien l'âme humaine, elle est la seule à être à l'aise dans ce livre où l'on évoque la "dégueulasserie" (p. 236) avant d'offrir un peu d'homosexualité (sans situations scabreuses pourtant) précédant la vengeance des bien-pensants décrite avec une vulgarité courtoise!

Enfin, comme vous avez été sages, vous aurez un petit rebondissement de soixante-dix pages, un petit rebondissement qui n'avait pas lieu d'être ainsi présenté avec le plus de détails possible, mais ainsi vous ne pourrez pas dire que l'auteur ne vous a pas tout dit... De plus, si vous êtes sensible, vous pourrez refermer cet ouvrage en écrasant une petite larme à l'oeil... Malheureusement, je dois être totalement insensible...

    L'inaperçu

Sylvie GERMAIN

294 pages - 19 euros
Albin Michel Éditions.

Posté par ARMEE à 19:12 - Rentrée littéraire 2008 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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