François Léger

Journaliste honoraire et membre Adhérent de la Société des Gens de Lettres, François Léger - essayiste et nouvelliste - présente ses livres, ses réflexions et des travaux de ses amis partageant la même passion.

24 août 2007

Pas de furtive larme en septembre!

Partir vers une autre vie, faite de liberté... Avancer dans cette nouvelle vie tant attendue, radieuse et généreuse, sans jamais se retourner...

La_derni_re_classe

En me faisant parvenir, début août (pour parution en fin de mois), cet émouvant poème intitulé "La dernière classe", mon ami Pierre VIRMES m'a surpris car cet envoi fait à cette période de l'année devait être chargé d'autant de sens que ces très beaux vers eux-mêmes...

On pourrait - bien évidemment - faire remarquer à l'auteur que cette maîtresse d'école n'en est plus à sa dernière classe, mais bel et bien à sa première rentrée scolaire déchargée de responsabilités! Autant lui indiquer que le titre de son poème n'est pas d'actualité et que son horloge biologique est complètement détraquée puisqu'il versifie sur le dernier jour d'une carrière alors qu'il s'agit du premier jour d'une nouvelle vie!

Vous avez parfaitement raison, ami lecteur! D'autant plus que j'ai eu une réaction un peu similaire à la vôtre avant de me pencher un peu plus sur le contenu de ce texte et de comprendre, en le lisant dans l'esprit de l'auteur, que le poète était tout simplement un homme qui ne parvenait pas à partir sans jamais se retourner... Nous n'en avons, certes, jamais parlé mais je suis persuadé que mon ami Pierre VIRMES est homme à avoir beaucoup de difficultés à tourner les pages du Grand Livre de Sa Vie... N'écrit-il pas: "Il n'est pas vraiment gai le moment du départ (...) Restent nos souvenirs qui servent de rempart"?

Serait-il donc homme à ne pas pouvoir, au cours de ce passage terrestre, vivre ses "vies de vie" sans regarder très régulièrement les pages tournées de son Livre avec affection, avec regret, en pensant que c'était beaucoup mieux en ce temps-là?

Car, enfin, s'il est certain que cette institutrice se souviendra du jour de son départ, de ce moment où elle fut mise à l'honneur pour tout le travail fourni au fil de ces années dans "son école", mais  - aussi et surtout - pour toute l'oeuvre accomplie, pour toute l'humanité qu'elle aura donnée et tenté de faire partager par nos "chères têtes blondes", en ce matin de rentrée scolaire qu'elle "ne fera pas", il n'y a aucune raison pour qu'une "furtive larme perle dans un coin de ses yeux"... Bien au contraire, je verrais plutôt cette brave femme qui a tant donné aux autres et à la Société, en ce jour de la rentrée, se lever gaiement, soulagée du poids des responsabilités et, un sourire illuminant son visage, se dire qu'elle a bien gagné le droit de la vivre cette vie à elle, cette vie nouvelle dans laquelle elle se reconnaîtra le droit de penser maintenant un peu à elle, de se donner du bon temps, de se livrer à ses activités préférées, tout cela sans remords, sans regrets, avec la satisfaction du devoir accompli.

N'allez pas pour autant croire que je fais partie de ces gens qui sont capables de partir vers une autre de nos "vies de vie" sans jamais se retourner, de tourner les pages du Grand Livre de Leur Vie sans jamais avoir un regard en arrière. Que nenni! Il y a de nombreuses pages que nous tournons dans la douleur, que nous tournons par la force des choses, mais sur lesquelles notre âme ne peut pas se passer de revenir jeter un oeil attendri sur un être cher disparu à jamais de notre passage sur cette planète... Alors, effectivement, perle une furtive larme dans le coin de nos yeux qui lâchent parfois une larme dont  nous nous rendons compte uniquement en la voyant tomber sur le sol.

Mais, comment notre maîtresse d'école pourrait-elle ressentir un tel événement survenant en elle parce qu'elle ne "fait pas la rentrée"? Certes, elle se souviendra peut-être de cette réception de fin d'année dont elle était l'héroïne, mais cela devrait s'arrêter là. A moins que cette femme n'ait sombré dans le dévouement total de soi pour ces enfants dont elle aura eu bien du mal à leur éviter de devenir, au moins pour quelques-uns, des sauvageons..

Car, si, en quittant ces enfants, elle n'a pas de "plan de retraite", elle n'a pas rêvé cette nouvelle vie de vie s'offrant à elle sur cette terre, si ces enfants étaient sa seule raison de vivre, il est bien évident que ce ne sera pas une furtive larme qui perlera dans le coin de ses yeux en cette rentrée, mais que ce sera les chutes du Niagara qui salueront son arrivée dans un véritable désert puisqu'elle ne sera plus utile à qui que ce soit et n'aura plus de raison d'être...

Mais, comment pourriez-vous, chers enseignants, arrêter votre vie aux portes des établissements scolaires? Comment pourriez-vous regretter ces journées passées sur le "qui-vive" face à ce que notre poète appelle pudiquement, comme  certains de nos dirigeants, des "sauvageons" qui sont bien souvent la méchanceté personnifiée et adoubée par des parents qui leur donnent constamment raison pour avoir la paix...

La paix? Mais, c'est déjà un énorme cadeau qu'apprécie la maîtresse d'école de notre versificateur... Car il n'y a que dans la paix que l'on peut vraiment s'épanouir, ce qui est l'essentiel au moment de la retraite...

Alors, Chère Madame, avancez dans cette  nouvelle vie, tant attendue, radieuse et généreuse, sans jamais vous retourner: la page est tournée, vivez enfin pleinement.

François LÉGER

Posté par ARMEE à 13:31 - Se tourner vers l'avenir - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 février 2007

Machine et travail

Refusons explications simplistes et affirmations démagogiques: soyons enfin adultes et menons - nous-mêmes - notre propre réflexion... Tout le monde ne s'en portera que mieux!

Dans notre article intitulé "Jacques Stroumsa: des ressources humaines insoupçonnables...", publié dans la toute nouvelle rubrique de ce site - "Lu pour vous" - le samedi 20 janvier, nous avions abordé un problème de société sur lequel nous nous étions promis de revenir...

De fait, nous écrivions ce qui suit à propos du livre d'Elisabeth Cousin intitulé "L'archet de l'espoir". "Ainsi, toute personne sérieuse s'intéressant de près à l'économie et à la société qui est la nôtre ne peut pas ne pas réagir en lisant, sous la plume de l'auteur, < Des machines pilotent d'autres machines, ce qui a supprimé énormément d'emplois et rejeté hors de la sphère du travail des cohortes de salariés qui vivent le chômage comme un drame >. La plupart de nos concitoyens approuveront certainement une telle interprétation des choses après une lecture rapide tant cela paraît évident, même si cela est totalement faux. D'ailleurs, ne voulant pas - ici - faire comme l'auteur et imposer notre conception des choses, nous ne développerons pas ce sujet tout en nous réservant de le faire en regardant les faits tels qu'ils s'imposent et non pas tels que nous les imaginons ou pensons qu'ils sont certainement".

Bien évidemment, il ne s'agit aucunement ici de défendre telle ou telle conception politique, ce qui ne nous semble être en aucun cas le rôle d'un écrivain, à moins de s'appeler, par exemple, Émile Zola! Mais, pour l'écrivain, comme pour le lecteur d'un ouvrage, il est intéressant de voir combien une phrase comme celle d'Elisabeth Cousin peut être pernicieuse en se présentant simplement comme une évidence... Voilà en effet, dans cette phrase, à la fois une explication particulièrement simpliste d'un phénomène de société - dont l'écrivain reste un témoin privilégié - et une magnifique envolée de démagogie!!!

                    Une France à plusieurs vitesses...

Évacuons tout d'abord, si vous le voulez bien, le côté démagogique de cette petite phrase qui est digne d'un candidat à n'importe quelle élection : "Des cohortes de salariés qui vivent le chômage comme un drame"! Voilà une idée porteuse qui fera toujours mouche même s'il est patent que tous les chômeurs ne vivent pas le chômage comme un drame, loin de là!

Tout en renvoyant le lecteur à l'ouvrage de François LÉGER intitulé "Un pays à deux vitesses? Morale des médias et moral des Français" publié, en octobre 1999, par la Société des Écrivains, nous dirons simplement que le point d'interrogation du titre est aujourd'hui tout à fait inutile! Il est en effet évident que la France est un pays au moins à trois vitesses comme l'auteur le laissait déjà entendre dans cet essai socio-économique dont le fond n'a malheureusement pas changé en raison de cette terrible réticence de la France et des Français à devenir adultes et responsables... En réactualisant toutes les données économiques de cet ouvrage, on pourrait absolument publier de nouveau, aujourd'hui, ce livre: il n'a pas pris une ride sur le fond!

De fait, la France est au moins à trois vitesses!

Première vitesse? Tous les Français qui travaillent - qu'ils travaillent beaucoup ou un peu moins, qu'ils gagnent beaucoup d'argent ou un peu moins - et permettent ainsi d'alimenter l'Etat Providence qui a pris en charge deux sortes de chômeurs.

Première catégorie de chômeurs: les demandeurs d'emploi qui, effectivement, vivent le chômage comme un drame, un drame qui pousse même certains jusqu'au suicide... Il est - c'est vrai - des hommes et des femmes qui ne peuvent pas supporter de ne plus avoir de statut social, ce statut social que donne le travail. Ce sont ces hommes et ces femmes que nous nous refusons en réalité à appeler "chômeurs", estimant qu'ils sont en fait des gens en recherche constante d'emploi, donc des "demandeurs d'emploi" ou "chercheurs d'emploi" qui travaillent à plein temps pour retrouver le chemin des bureaux ou des usines.

Bien évidemment, il est logique - que disons-nous? - éminemment naturel que l'Etat intervienne pour aider ces gens-là au maximum puisque si, de par notre Constitution française, le travail est obligatoire, l'Etat a le devoir - de par cette même Constitution - de suppléer à l'emploi que ne donne pas le pays. C'est un devoir, mais aussi sans nul doute un minimum d'humanisme dans un état policé.

Mais, si l'on veut être honnête, il convient de passer aussi la troisième vitesse et de parler d'une autre sorte de "chômeurs" qui se sont parfaitement installés dans cette situation et ne veulent aucunement retrouver du travail... Ils connaissent toutes les ficelles pour vivre le mieux possible de cet Etat Providence qui est le nôtre et semble incapable de séparer le bon grain de l'ivraie... Beaucoup d'entre eux arrivent même à obtenir des sommes d'argent, provenant d'aides diverses, mensuellement supérieures à celles de gens qui vont chaque matin à l'usine pour travailler à la chaîne!!! 

Voilà donc les trois premières vitesses de notre pays qui comportent bien évidemment des sous-ensembles qui font de la France une nation assez hétéroclite. N'étant pas ici sur un site politique, nous n'irons pas plus loin dans les explications qui obligent à rejeter cette démagogie consistant à mettre tous les chômeurs dans une même situation de drame social et humain tout en nous tenant à la disposition de ceux qui le souhaiteraient pour leur montrer combien il est des chômeurs heureux qui ne donneraient pour rien au monde leurs places...

             Une page d'économie sociale....

Ce côté politique étant évacué, intéressons-nous à l'autre partie de cette petite phrase d'Elisabeth Cousin: "Des machines pilotent d'autres machines, ce qui a supprimé énormément d'emplois et rejeté hors de la sphère du travail...". Voilà une phrase que l'on entend souvent et dont on partage immédiatement le contenu tant cela paraît évident... Et pourtant...

Et pourtant, nous sommes persuadés qu'il s'agit là d'une affirmation simpliste.

De fait, s'il est vrai que la formidable explosion technique de la seconde partie du siècle dernier a tué nombre d'emplois, il faut - pour être tout à fait honnête - ajouter que cette explosion a, dans le même temps, créé de très nombreux emplois!!!

Eh oui, l'auteur de cet article se souvient parfaitement que, il y a quelques décennies, il y avait, dans les ateliers des quotidiens, des gens qui poussaient, le soir, des chariots pour transporter ce que l'on appelait des "formes", d'autres qui ficelaient des paquets de journaux à la sortie des presses... Autant de gens qui ont disparu en raison de l'évolution des techniques... Mais, car il y a un "MAIS"...

Il y a quelques décennies, il n'y avait pas d'informaticiens dans les journaux, pas d'ingénieurs en informatique... Aujourd'hui, certes, des machines pilotent d'autres machines, mais il y a des techniciens en charge de ces machines: elles ne sont pas d'une génération spontanée...

En réalité, si l'on veut bien être honnête, au lieu de dire que la machine a mis hors course beaucoup de travailleurs, il faudrait expliquer que cette machine a éliminé le travailleur sans aucune qualification, elle a tiré les gens vers le haut... C'est à dire que l'on n'a plus besoin de gens n'ayant aucune qualification, mais que l'on recherche ceux qui se sont laissé tirer vers le haut, ceux qui ont évolué avec leur temps et ne se sont pas laissé distancer.

Certes, on n'a plus besoin de la secrétaire tout juste capable de prendre note du courrier pour le taper à la machine: elle a dû s'adapter à l'ordinateur... Son travail n'a pas disparu, mais s'est transformé!

Pour notre part, après avoir écrit des "articles" à la main pour des journaux, nous avons dû passer à la machine à écrire sans avoir le droit de faire un brouillon que les patrons jugeaient comme une perte de temps. Puis, nous avons dû passer au traitement de texte avant de faire connaissance avec la publication assistée par ordinateur... Mais, nous sommes toujours vivants!

C'est dire que l'homme qui ne veut pas se remettre en question et qui n'a pas la moindre formation sera effectivement mis à l'écart de la société ipso facto...

Or, il faut tout de même admettre que, dans le même temps, la scolarité est devenue obligatoire jusqu'à seize ans et que l'adolescent qui est capable d'appréhender la situation  et veut réussir sa vie, peut faire un effort pour ne pas tomber dans les 12% d'analphabètes que compte notre pays! Un chiffre ahurissant!

Or, il faut tout de même admettre que, dans le même temps, la formation continue s'est imposée dans les entreprises et que l'employé qui le souhaite peut toujours viser une qualification plus pointue...

Or, ce que nous pensons justement est que l'on doit faire comprendre aux plus jeunes comme aux moins jeunes que l'on aura toujours besoin de plus de connaissances si l'on ne veut pas rester sur le bord de la route.

Pire, il faut comprendre que l'on n'arrêtera pas l'évolution - elle est en marche tout comme la mondialisation dont on peut dire que l'on ne veut pas mais qui s'imposera comme la mort... même si l'on n'en veut pas - et que tous les jeunes doivent chercher à avoir un maximum de connaissances pour ne pas risquer  que notre pays vive une fracture qui serait irréparable...

De fait, en dehors d'une fracture sociale ou économique due à un manque total de qualification de certains - qui voudraient pourtant gagner autant d'argent que ceux qui se comportent en adultes responsables - on risque une rupture dans la vie quotidienne...

Même si tous les jeunes ont leurs portables, leur ordinateur - sur lequel ils s'intéressent plus qu'à leur tour aux jeux - il arrivera un moment où, même si financièrement ils peuvent avoir les téléviseurs, DVD, ou autres appareils informatiques ultra perfectionnés, ils ne seront plus capables de s'en servir... Peut-être pensez-vous que nous sommes un peu faibles d'esprit, mais nous pouvons vous affirmer que ce jour-là est proche pour avoir vu le nombre de vendeurs d'appareils de ce type tout à fait incapables de répondre à nos questions... Pensez que, désormais, les réparateurs se déplaçant à votre domicile sont rares: en cas de problème, il faut téléphoner et obtenir la personne qui soit capable de comprendre et de vous faire résoudre votre problème. Cela ne peut pas ne pas vous être arrivé!

Alors, au lieu de rester dans ces idées passéistes, il serait temps, grand temps, que l'on fasse en sorte de tirer cette "France d'en bas" vers le haut en lui en donnant les moyens, mais aussi en la persuadant que c'est quelque chose de vital dont elle est le facteur déclenchant. Car, s'il n'y a pas volonté d'avancer de la part d'un individu, à quoi pourraient servir les moyens mis à sa disposition? Que serait un peintre, avec un beau chevalet, toutes les peintures et matériels possibles, s'il ne rêvait que de regarder les mouches voler?

Arrêtons de dire que la machine a tué le travail et mettons-nous au travail pour maîtriser des machines qui doivent être nos outils et nous permettre d'avancer encore et encore...

Arrêtons les explications simplistes et les affirmations démagogiques et menons, comme nous venons de le faire, notre propre réflexion et agissons pour que tout le monde s'en porte mieux.

Arrêtons de pleurer sur le passé et allons avec enthousiasme vers un futur qui nous réserve bien des satisfactions si nous faisons en sorte de le maîtriser.

                                              François LÉGER

Posté par ARMEE à 19:50 - Se tourner vers l'avenir - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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